Toute première fois n°278

L’Heure du loup

Revisiter la filmographie d’un cinéaste aussi reconnu qu’Ingmar Bergman peut laisser perplexe. Pourtant, l’hasardeuse aventure réserve quelques étonnantes surprises. Témoin, cette indispensable HEURE DU LOUP, premier et unique film d’horreur du metteur en scène suédois. Un essai anxiogène parfaitement transformé dont il faudra bien mesurer un jour toute l’importance.
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Suède. 1968.
Réalisation : Ingmar Bergman.
Interprétation : Liv Ullmann, Max von Sydow, Ingrid Thulin, Erland Josephson…
Sortie France le 15 mai 1968.

Quoi qu’on en pense, et de manière plus générale, Ingmar Bergman fut, est, et sera un cinéaste de la plus haute importance. Un metteur en scène hors pair qui s’est attiré dès le début de sa carrière les faveurs d’une certaine critique trop heureuse de trouver dans cette oeuvre a priori difficile d’accès matière à explication de texte. Des devoirs trop scolaires et la plupart du temps pénibles et laborieux qui, au final, débordèrent de leur fonction première et transformèrent le pessimisme existentiel de l’auteur en une forme d’élitisme toujours en vigueur aujourd’hui. En quelques années, l’affaire était entendue. Dès le début de son parcours de metteur en scène de cinéma, Ingmar Bergman s’est vu placé sur un piédestal dont il ne redescendra quasiment jamais. On lâche le mot chef-d’oeuvre peut-être trop souvent pour des films aussi différents que La Nuit des forains, les Fraises sauvages, Sourires d'une nuit d'étéet quelques autres. La commune mesure n’existe plus. Même les frères ennemis, Positif et Les Cahiers du cinéma, chantent en choeur les louanges du réalisateur suédois. Le point d’orgue est atteint avec la projection en compétition du Septième sceau au Festival de Cannes 1957. La coupe est pleine et chacun veut s’en payer une lichette. Logiquement, Bergman devient une mode qui se mue très vite, dès le début des années soixante, en un stéréotype. Dès lors, la parodie n’est pas loin. En 1963, l’Américain Christopher Miles pastiche déjà le style Bergman dans une vignette de son long court-métrage The Six-Sided Triangle. Plus près de nous et dans le cadre de l’hommage, John McTiernan s’amuse de la célèbre partie d’échec avec la Mort du Septième sceau dans son blockbuster intello Last Action Hero. On apprécie le geste, mais il semble qu’au fil du temps, le Nordique metteur en scène soit passé du statut de surdoué à celui, réducteur, de symbole. Pour les uns, il représente ce que doit être un cinéaste, pour les autres il figure simplement l’inverse. Dès lors, un film comme L’Heure du loup ne sera presque jamais perçu et considéré comme un film d’horreur pur et dur par l’une ou l’autre des deux radicales églises. Et s’il s’engage sur les chemins du drame intimiste, ce n’est que pour mieux basculer petit à petit dans l’horreur à l’accent gothique. Cauchemardesque déambulation à l’intérieur d’une psyché malade, L’Heure du loup travaille au corps et à l’esprit et dévoile sur grand écran l’histoire personnelle de son géniteur. Une cruelle autobiographie d’où les démons sortent victorieux. 

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