Rencontre Christopher Smith

Rencontré à l’occasion de sa venue au NIFFF pour présenter son excellent néo-noir Detour, Christopher Smith s’épanche sur son nouveau bébé et sur une carrière aussi discrète que stimulante en nous parlant de Black Death, de Triangle, de Ridley Scott, de Carice van Houten et de l’évolution du cinéma horrifique hollywoodien.
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Votre dernier film, Detour, ne cesse de jouer sur les points de vue et la temporalité, un peu comme dans Triangle

En fait, j’ai écrit Detour alors que j’étais en pleine préproduction de Triangle. Je voulais un film plus centré sur l’histoire et les personnages que sur les effets narratifs ou les conséquences de leurs actes. Triangle était plus linéaire et construit comme une sorte de formule mathématique. Detour, c’est le voyage de trois personnages dans le style d’un road movie indé. Si, au début, le film fait appel au split screen, il l’utilise de moins en moins au fil du récit. Donc, oui, les deux longs-métrages jouent un peu sur le même terrain, mais de manière assez différente. En réalité, Detour est beaucoup plus simple qu’il en a l’air.

Christopher Nolan dit la même chose de son cinéma, que tout le monde le trouve complexe alors qu’il est en fait très simple.

Oui, ça doit être une déformation typiquement britannique ! (rires)

Un autre point commun que vous partagez avec Nolan, c’est le soin que vous apportez au casting. Le trio d’acteurs de Detour fonctionne du tonnerre…

Je crois qu’on a eu beaucoup de chance d’avoir Tye Sheridan. Le personnage de Harper n’est pas évident, c’est un étudiant plus intelligent que la moyenne, et je voulais quelqu’un qui soit capable de le jouer sans le rendre ennuyeux. Et l’avantage avec Tye, c’est qu’il est très naturel, il existe devant la caméra avant même de commencer à jouer. Lui, c’était la première pièce du puzzle. Le rôle avait été écrit pour quelqu’un de 23-24 ans, alors qu’il en avait 18 au moment du tournage. Du coup, ça rend son personnage plus mature que son âge, et c’est à mon avis une bonne chose pour le film. Ensuite, on a rencontré Bel Powley, qui avait 22 ans mais faisait beaucoup plus jeune, genre 18-19 ans. Je tenais à ce que les acteurs aient l’âge – ou aient l’air d’avoir l’âge – de leur personnage, pas comme dans ces films où on nous colle des acteurs de 30 ans pour jouer des lycéens. Enfin, il y a Emory Cohen, que j’avais trouvé formidable dans The Place Beyond the Pines et plus récemment dans Brooklyn. Les avoir tous les trois a donc été une conjonction idéale : on a eu de la chance, mais il y avait aussi la volonté de caster les meilleurs acteurs possible au lieu de faire des choix commerciaux. Et en général, les producteurs essaient d’avoir un nom bankable en tête d’affiche, ce qui peut être un atout commercial, mais aussi constituer un risque pour la qualité du film.

Pour Black Death, vous avez un peu eu les deux cas de figure en même temps…

Oui, parce que d’une part il y avait Sean Bean, dont la présence a contribué au succès du film, et Eddie Redmayne, qui aujourd’hui est une grosse star mais qui à l’époque était juste un bon acteur, ce qu’il est resté ! Ce sera amusant de revoir Detour dans dix ans. Je ne serais pas surpris que le futur Johnny Depp soit dedans… C’est un peu comme quand on revoit Outsiders aujourd’hui : Tom Cruise, Rob Lowe, Patrick Swayze, Matt Dillon… C’étaient tous des inconnus, et ce sont tous devenus des stars pour une simple et bonne raison : parce que c’étaient de bons acteurs (s’ensuit un long échange sur les mérites de chacun d’entre eux et sur la carrière moins glorieuse de C. Thomas Howell).



Comme Sean Harris, qui n’était pas très connu quand vous l’avez fait jouer dans votre premier film
Creep, et qui aujourd’hui joue avec Michael Fassbender dans Macbeth et avec Tom Cruise dans Mission : Impossible

Ah oui, c’est vrai ! Je l’avais repéré dans 24 Hour Party People où il jouait Ian Curtis (chanteur de Joy Division – NDLR). On voyait déjà que c’était un putain d’acteur, donc [...]

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