Rencontre : Andrew Starke

Lors de l’édition 2018 du PIFFF, nous avons rencontré le producteur de In Fabric, qui est également le compagnon de route de réalisateurs comme Ben Wheatley ou Jim Hosking. L’Anglais nous retrace une démarche farouchement indépendante, née il y a 20 ans dans l’effervescence des festivals spécialisés et de la redécouverte du cinéma bis des seventies.
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Votre société de production Rook Films a ceci de particulier qu’elle est née d’un éditeur vidéo, Mondo Macabro… 

Ce sont deux projets légèrement distincts. Mondo Macabro est le fruit d’un travail commun avec mon ami Pete Tombs, qui avait écrit Immoral Tales (un ouvrage de référence sur le cinéma érotico-fantastique européen, paru en 1994 – NDR). En fréquentant les festivals de cinéma, Pete croisait des tas de gens, comme Jean Rollin, Jess Franco, etc. Comme nous en discutions souvent, nous avons fini par nous dire que c’était quand même une chance folle, et qu’il fallait filmer tout cela. Nous avons ainsi commencé à engranger des interviews, puis nous avons monté une espèce de documentaire de 20 minutes, basé sur Immoral Tales. Nous l’avons présenté à la chaîne de télé britannique Channel 4, et il s’est alors passé quelque chose d’étonnant. Le mec nous a dit : « OK, pourrais-je en avoir douze comme ça, s’il vous plaît ? ». Normalement, ce genre de réaction n’arrive jamais. (rires) En tout cas, nous avons conçu ces documentaires d’une demi-heure dont chacun était centré sur un réalisateur : Franco, Rollin, José Benazeraf, José Ramón Larraz, etc. La série s’appelait Eurotika! – un très mauvais titre, mais c’était celui que la chaîne avait choisi. 


C’est amusant, car vous avez commencé par tourner des suppléments de DVD avant de devenir vous-mêmes éditeurs… 

Ouais, exactement ! Les documentaires étaient payés en partie par l’éditeur anglais Pagan Films, qui a été le premier à sortir des romans pornos de la Nikkatsu, d’autres pink movies japonais, et aussi des trucs français. Et ce, dès l’époque de la VHS. Mais comme tous ces films étaient subitement devenus accessibles, nous avons décidé de créer le label Mondo Macabro. Ce dernier recouvrait des DVD édités par nous-mêmes, de nouveaux livres écrits par Pete, et une seconde série de documentaires. Pour ces derniers, nous sommes carrément partis aux quatre coins du monde. Nous avons ainsi interviewé des cinéastes comme José Mojica Marins – alias Zé du Cercueil – au Brésil, Eddie Romero aux Philippines… Ces entretiens étaient géniaux, et c’était très marrant de les faire. En Indonésie, nous avons rencontré H. Tjut Djalil, le gars qui a réalisé Lady Terminator. (rires) Je pense que nous avons été les premières personnes au monde à l’interviewer. Il a dû se dire : « Mais pourquoi ces deux Occidentaux bizarres sont-ils venus me parler de ce film qui n’intéresse personne ?! ». La plupart de ces gens sont morts aujourd’hui, et cela rend ces souvenirs très émouvants.



De là, comment êtes-vous passé à la production de longs-métrages ?

Un de nos documentaires était consacré aux films d’horreur produits à Bollywood. Et comme Internet commençait alors à se généraliser, nous avons déniché un expert incollable sur les bandes d’épouvante de Bollywood, et aussi sur celles de « Lollywood », terme désignant l’industrie cinématographique de Lahore, au Pakistan. C’était Omar Khan, que j’ai rencontré quand il est venu à Londres. Nous nous sommes alors mis à parler d’un long-métrage qu’il voulait réaliser, Hell’s Ground – ou Zibahkhana en ourdou –, qui est une sorte de version folle de Massacre à la tronçonneuse mais au Pakistan. (rires) Nous avons finalement fait ce film, dont j’ai assuré le montage. Ensuite, nos contacts nous ont encore été très utiles. Pete Tombs, en particulier, connaît beaucoup d’organisateurs de festivals de cinéma de genre. Le truc drôle est que, pendant la journée, ils s’habillent en costume pour paraître respectables. Mais les films qu’ils aiment vraiment, ils les programment dans les séances de minuit. C’est grâce à cette case que Hell’s Ground a joué dans de nombreux festivals autour du monde, avec notamment une projection géniale à New York.


Vous entamez ensuite une longue collaboration avec Ben Wheatley…

J’étais ami avec Ben depuis très, très longtemps. Nous essayions de faire des films, frappant à toutes les portes, mais personne ne nous donnait d’argent. Un jour, nous nous sommes donc dit : « Oh et puis merde, finançons un long-métrage nous-mêmes. ». En effet, Ben travaillait pour la télévision, et avait donc une équipe technique déjà constituée. C’est bizarre quand on y pense : Laurie Rose, qui est le directeur photo de tous les films de Ben Wheatley, était au départ un simple opérateur télé (récemment, Rose a aussi éclairé la nouvelle version de Simetierre – NDR). Bref, nous avions une équipe, et j’ai ainsi fait passer le message : « Quelqu’un a un scénario ? ». (rires) C’était comme quand, aujourd’hui, vous lancez un appel sur les réseaux sociaux ! Eh bien, nous avons effectivement reçu un script, celui de Down Terrace. C’était il y a exactement 10 ans, juste au moment d’un grand tournant technologique. Auparavant, une oeuvre comme Down Terrace aurait été tournée avec un caméscope VHS ou une caméra Hi-8. Mais tout à coup, nous pouvions disposer d’une caméra RED, et cela faisait une différence énorme. Avec ce genre d’appareil, l’aspect visuel de votre film est tout bonnement le même que celui d’un long-métrage coûtant des millions de livres, et c’est très intéressant. Ben a ainsi tourné Down Terrace en neuf jours avec un budget de 10.000 livres sterling, c’est-à-dire quasiment rien. Et le résultat a très, très bien marché, grâce à de nouveaux coups de chance. Encore une fois, nous avons emmené nous-mêmes le film dans les festivals, dont le plus gros était le Fantastic Fest à Austin. Je connaissais un Anglais qui y travaillait : le réalisateur Simon Rumley, qui terminait alors de tourner son long-métrage Red White & Blue au Texas. Je pense que c’est lui qui a montré Down Terrace au patron du Fantastic Fest, Tim League. Ce dernier nous a dit : « C’est super, mais ce n’ [...]

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