MIDSOMMAR – DIRECTOR'S CUT

Midsommar

On avait déjà adoré la version salles de Midsommar, mais il faut désormais compter avec un director’s cut (disponible en Blu-ray dès le 2 décembre chez Metropolitan) qui propose un voyage encore plus enivrant dans ce mélodrame païen à la beauté sombre et cruelle.

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Rappel des faits : en juillet dernier, Ari Aster, sacralisé nouveau pape de l’horreur arty avec Hérédité un an plus tôt, livre au public son nouveau bébé : Midsommar, l’histoire d’un jeune couple en crise qui se retrouve entre les griffes d’une secte païenne après qu’un camarade d’université les a conviés à assister à une fête du solstice dans un village suédois. La critique s’enflamme. Le public, lui, est plus divisé, même si le film rapporte quatre fois son modeste budget de dix millions de dollars. Un mois et demi plus tard, Aster dévoile au public new-yorkais un director’s cut plus long de 25 minutes, lequel est distribué dans les salles américaines fin août. Un nouveau montage que nous découvrons aujourd’hui en Blu-ray, et dont l’existence n’est en aucun cas due à de quelconques « différends créatifs » entre le cinéaste et le studio A24, producteur du film. 




NEW FLESH 
« C’est assez drôle de sortir un director’s cut à peine plus d’un mois après le montage initial » a déclaré Aster lors de la présentation de cette nouvelle version au Lincoln Film Center de New York. « Ça me donne l’impression d’être un connard prétentieux. Mais Midsommar a été incroyablement difficile à monter. La version de travail faisait 3h45. Il y a eu un moment où on en est arrivé à un point où j’étais très content du film, où je ne voulais plus rien couper dans le montage que j’avais obtenu, et qui durait 2h51 générique de fin inclus. Mais il a fallu passer plusieurs mois à le raccourcir encore un peu, car il fallait se rendre à l’évidence : cette version n’était pas exploitable en salles. Les gens de A24 se sont très bien conduits avec moi. Ils m’ont juste laissé continuer à monter jusqu’à ce qu’on arrive à une version qui convienne à tout le monde et qu’on puisse sortir en salles. J’approuve complètement ce montage, j’en suis même satisfait, mais je pense que le director’s cut est la version complète du long-métrage, même si celle sortie en premier est sans doute mieux rythmée. J’aime les films longs, car j’aime découvrir d’autres mondes, vivre à l’intérieur d'une oeuvre. En tant que spectateur, si un film me plaît, j’ai envie de rester dedans. Avec Midsommar, mon intention a donc toujours été de créer quelque chose dans lequel le spectateur puisse vivre, et pas seulement qu’il se contente de regarder. » Reste que malgré ces nobles intentions, on était en droit de s’interroger sur l’utilité de rallonger un film à la durée déjà plus que généreuse, et qui, surtout, semblait n’avoir nul besoin d’être amélioré compte tenu de l’incroyable accomplissement artistique qu’il représente. On avait tort : en musclant sa narration, en densifiant ses thématiques, ce director’s cut fait de Midsommar un film encore plus riche, avec plus de chair et de coeur. Si la version salles était un temple dont on n’avait pas exploré toutes les pièces, cette fois, toutes les portes s’ouvrent. Enfin, presque toutes, parce qu’il faut bien garder un peu de mystère : ainsi, on n’en saura pas plus sur Ruben, l’oracle difforme né d’une union consanguine, mais c’est aussi grâce à ses zones d’ombre que Midsommar ensorcelle. Pour le reste, ceux qui attendaient plus de sexe et de violence en seront pour leurs frais (même si, oui, il y a un peu plus de sang, mais pas forcément là où on s’y attend) : les 25 minutes inédites se consacrent essentiellement à mieux incarner la relation entre Dani et Christian et à en dévoiler un peu plus sur les rituels païens de la communauté Harga. 




TEAM DANI 
Si Christian (Jack Reynor) était déjà un lâche dans le premier montage, il devient ici un véritable enfoiré, plusieurs scènes mettant en évidence son côté manipulateur et son emprise sur Dani (Florence Pugh, qui confirme tout le bien qu’on pense d’elle depuis The Young Lady). Ce n’est plus elle qui lui force la main pour qu’il l’invite en Suède, mais au contraire lui qui la pousse à l’accompagner, certes un peu par pitié, mais surtout parce qu’il est trop lâche pour lui avouer qu’il ne l’aime plus. Lorsque, plus tard, Dani essaie de le convaincre de quitter la communauté parce qu’elle sent que quelque chose cloche (un aspect un peu trop occulté dans la version salles), il refuse en bloc sous prétexte que sa thèse est plus importante que les sentiments de la jeune femme. Enfin, il accuse Dani de lui avoir offert des fleurs dans le seul but de le faire culpabiliser d’avoir oublié de son anniversaire, alors que le geste de sa petite amie n’était que pure gentillesse. En lui reprochant de se victimiser, en profitant de son délabrement psychique pour la rabaisser, Christian ne fait que détruire un peu plus Dani qui, rappelons-le, porte le deuil de sa famille, sa soeur ayant tué leurs parents avant de se donner la mort. Ces scènes, en plus de rendre leur relation définitivement toxique, ont pour effet de renforcer l’empathie du spectateur pour la jeune femme. Son personnage, parfois agaçant dans la version cinéma, est ici bien plus attachant : on prend fait et cause pour elle, et sa décision de sacrifier Christian à la fin du film apparaît d’autant plus justifiée, même si la jeune femme se fait piéger au même titre que son boyfriend (qui s’intéresse ici d’un peu plus près à Maya, la jeune fille avec qui il devra s’accoupler). En épousant la communauté, Dani croit avoir retrouvé une famille, alors qu’elle ne fait que troquer une dépendance contre une autre. 




DIRTY ARI 
La communauté Harga se montre d’ailleurs sous un jour bien plus inquiétant dans ce director’s cut. Témoin une scène où le sacrifice avorté d’un jeune garçon fournit une information importante sur ce qui est arrivé à Connie, la touriste anglaise. Par ailleurs, il est désormais évident que Pelle, l’étudiant suédois, est au courant dès le départ du sort qui attend ses camarades et qu’il les a volontairement menés à l’abattoir. Les amis de Christian bénéficient eux aussi d’une meilleure caractérisation. Mark est encore plus irrespectueux (« À ton avis, il va réagir comment si je lui mets un doigt dans le cul ? » dit-il à propos d’un vieillard raide comme la justice) et Josh, lors d’une scène de confrontation avec Christian à propos de leurs thèses, met en lumière le fait que ce dernier profite des autres pour combler son vide intérieur. La dynamique de groupe est également renforcée dès la scène du trajet en voiture sur les routes suédoises, où Dani est d’emblée mise au ban du groupe : personne ne la calcule vraiment… sauf Pelle, bien sûr, qui rêve déjà de la voir couronnée Reine de mai et ne cache guère son attirance pour elle. Nulle trace en revanche du plan de lévitation aperçu dans le trailer, qui était en réalité une sorte de voyage astral de Christian flottant vers les cuisses ouvertes de Maya juste avant le rituel de fécondation, mais que Ari Aster a décidé de supprimer pour de bon, ne le jugeant pas approprié.
On l’aura compris, les éléments inédits de ce director’s cut ne font pas de Midsommar un film différent, et c’est très bien comme ça. Mais au risque de contredire son réalisateur, le film acquiert ici une rythmique plus harmonieuse et, paradoxalement, donne l’impression de durer moins longtemps que le montage cinéma. Et on a beau avoir beaucoup comparé la mise en scène d’Ari Aster à celle de Stanley Kubrick, c’est bien plus à John Boorman, Nicolas Roeg, Lars von Trier et Roman Polanski (cette danse champêtre sortie tout droit de Tess) que renvoie ce superbe director’s cut du seul digne héritier de The Wicker Man

Commentaire(s) (2)
Coltaine
le 09/11/2019 à 09:07

Je poste un commentaire pour faire plaisir à Chris et parce que j'ai envie de voir Midsommar.

christianpcmm
le 10/11/2019 à 11:52

Je poste un commentaire pour me faire plaisir et parce que j'ai moyennement envie de voir Midsommar.

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