Massacre à la tronçonneuse : Les enfants du massacre

Massacre à la tronçonneuse

Qu’ils l’aient découvert en salles ou en VHS, majeurs ou mineurs, ils se sont tous pris de plein fouet le film-météore de Tobe Hooper. Aujourd’hui réalisateurs et scénaristes, ils témoignent des effets d’une bombe dont les retombées artistiques sont encore brûlantes.
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Nicolas Winding Refn

Adepte d’un cinéma sensoriel dévoué au culte de l’image révélatrice, comme en témoignent LE GUERRIER SILENCIEUX, DRIVE ou ONLY GOD FORGIVES, le Danois Nicolas Winding Refn n’a jamais caché sa fascination pour le chef-d’oeuvre de Tobe Hooper. En direct de Los Angeles, où il prépare son prochain long-métrage – qui sera peut-être un film d’horreur, mais peut-être pas ! –, il revient sur ce que représente pour lui le divin MASSACRE…

« J’ai vu pour la première fois Massacre à la tronçonneuse quand j’avais 14 ans, à New York, dans une salle appelée Cinema Village, sur la 12e rue. J’étais avec un copain d’école. C’était un double programme avec La Colline a des yeux de Wes Craven. Qui est un chouette film, hein ! (rires) Mais quand j’ai vu Massacre…, c’est vraiment là que je me suis dit : « Je ne sais pas vraiment ce que m’a fait ce film, mais je veux faire la même chose. ». Je ne me rappelle pas exactement ce que je me suis dit en sortant de la salle, ou l’état précis dans lequel j’étais. Mais je sais que ce film a été un révélateur : il m’a montré ce que le cinéma pouvait être. Que ça pouvait devenir une forme d’art à part entière. Je ne pourrais pas pointer du doigt un moment dans ma filmographie qui cite expressément Massacre à la tronçonneuse, parce que je ne suis jamais réellement conscient de la raison pour laquelle je fais tel ou tel choix. Mais ce qui est sûr, c’est que ce film est, d’une certaine façon, dans tout ce que je fais. Du coup, j’ai adoré faire l’introduction de la projection de la remasterisation 4K à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. Toutefois, j’ai éprouvé une sensation étrange devant cette copie. Je me demande s’il n’y a pas un danger dans le fait de trop « nettoyer » une matière dont l’approche est, par essence, chaotique. D’une certaine façon, cela n’émousserait-il pas le « tranchant » de l’oeuvre ? C’est comme la remasterisation de Cruising de William Friedkin. Pour moi, la meilleure façon de voir Cruising, c’est sur une vieille VHS usée. Et c’est pareil pour Massacre à la tronçonneuse. Peut-être que le film n’est jamais meilleur que sur une vieille cassette vidéo ou une copie 35 mm bien rayée, avec des scratchs partout. Cela dit, c’est aussi une oeuvre d’art, qui mérite qu’on la soigne, qu’on la restaure. J’ai tout de même apprécié l’expérience de cette projection en 4K, j’y ai pris beaucoup de plaisir. De toute manière, quel que soit le mode de vision, Massacre à la tronçonneuse reste un morceau de cinéma réellement unique en son genre. »



Jim Mickle

Grand bavard devant l’éternel, l’auteur de STAKE LAND et WE ARE WHAT WE ARE ne s’est pas fait prier pour nous donner sa vision personnelle du classique de Hooper, entre deux questions sur son excellent JUILLET DE SANG qui sort le 24 décembre prochain.

« Il y a d’abord une petite histoire qui laissera indifférent n’importe qui d’autre, mais qui compte beaucoup pour moi. Le court-métrage d’étudiant que j’ai réalisé à l’université a été sélectionné dans deux festivals de cinéma. Et lors du premier d’entre eux, il a été projeté avant Massacre à la tronçonneuse 2, en présence de Tobe Hooper. J’étais donc assis à côté de lui pendant qu’il regardait mon affreux film d’étudiant, puis j’ai passé la soirée à traîner avec lui, découvrant à quel point il est un mec adorable. Cela a beaucoup compté pour moi, tout comme lui-même compte beaucoup pour moi. Car Massacre à la tronçonneuse reste de loin mon préféré parmi tous ces super films d’horreur des années 70 qui ont créé des franchises, tel Halloween. Comprenez-moi bien, je ne veux rien retirer à Halloween, qui est un film stupéfiant. Mais quand vous le revoyez, vous prêtez attention à des tas de trucs qui ont été imités par la suite. C’est presque comme regarder du Hitchcock, vous vous dites : « Oh ! Cette scène est géniale, mais tant de cinéastes l’ont refaite… ». Au contraire, même si on a volé beaucoup de choses à Massacre à la tronçonneuse, même si des films comme Frontière(s) ont utilisé cette atmosphère de ploucs cannibales et timbrés, il continue à tenir le coup. Quelle qu’en soit la raison, je pense qu’il réussit à vous rentrer dans la peau de la même manière, comme il le faisait aux spectateurs de l’époque. Prenez par exemple le moment où le gars à la main tailladée, joué si je me souviens bien par Edwin Neal, jaillit hors de la camionnette : il est toujours aussi terrifiant. De façon évidente, sur We Are What We Are, nous nous sommes inspirés de la réunion de famille, quand les personnages s’asseyent autour de la table en suivant certains rites. Là, j’ai aussi essayé de rentrer dans la peau du public en allant un peu plus loin que d’habitude. En effet, il y a dans Massacre à la tronçonneuse quelque chose de tellement emblématique, universel et juvénile, que ses images restent toujours en moi, d’une manière différente de celle des autres films de l’époque. »



John McNaughton

Quand on pense serial killers au cinéma, deux titres viennent immédiatement à l’esprit : MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE bien sûr, mais aussi HENRY, PORTRAIT D’UN SERIAL KILLER. Parole donc à son réalisateur John McNaughton, qui se remémore son premier contact avec l’objet filmique tranchant de Tobe Hooper.

« La première fois que j’ai vu Massacre à la tronçonneuse, c’était avec l’un de mes meilleurs amis. Il l’avait déjà vu, et il a insisté pour m’y emmener. C’était à la sortie du film, en octobre 1974, dans un cinéma de Chicago. Mon ami, qui était un fan d’horreur, m’avait prévenu de ce que j’allais voir, donc je savais à peu près à quoi m’attendre. Je savais que ça allait être extrême et complètement fou… Mais le spectacle s’est révélé être encore plus fou que ce que j’avais imaginé. Comme beaucoup de spectateurs, la séquence qui m’a le plus marqué est celle du repas à la fin, avec la fille attachée à sa chaise. Je me souviens qu’il y a des plumes de poulet un peu partout. Je ne pouvais plus respirer pendant cette [...]

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