Man VS. Wild

À l’occasion de la sortie de THE REVENANT, nous avons choisi de déterrer quelques pépites où l’homme affronte la sauvagerie de la nature, mais aussi celle de ses représentants les plus féroces. Man vs. Wild, c’est parti
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Fait totalement occulté lors de la promotion, l’histoire de The Revenant a déjà été racontée de manière très différente. En effet, librement inspiré des mêmes faits réels, le film d’Alejandro González Iñárritu est en réalité un remake du Convoi sauvage (Man in the Wilderness en VO, disponible en DVD chez Wild Side), tourné en Espagne en 1971 par Richard C. Sarafian, à qui l’on doit ce très beau western romantique qu’est Le Fantôme de Cat Dancing. Ici, nul besoin d’aligner des plans-séquences athlétiques ou de multiplier les courtes focales sur le regard halluciné du héros pour faire partager son calvaire au spectateur : magnifiée par la lumière de Gerry Fisher, la mise en scène compose de sublimes tableaux qui font de la nature le théâtre de la souffrance, mais aussi de la vie dans ce qu’elle a de plus précieux. Une beauté picturale tout entière au service de la richesse thématique et de la profondeur émotionnelle du film. Dès les premières images, qui ne sont pas sans évoquer Fitzcarraldo de Werner Herzog (1982), le ton est donné : une vingtaine de mules tractent le bateau d’une bande de trappeurs en plein territoire indien afin de rejoindre au plus vite la rivière Missouri, avec à la tête de cette expédition un capitaine qui se comporte exactement comme s’il était en mer, faisant cracher ses canons dès qu’une tribu hostile tente de stopper le convoi. Après que son éclaireur Zachary Bass (Richard Harris, tout juste sorti d’ Un homme nommé Cheval), qu’il considère comme un fils, a été attaqué par un grizzly, il décide de le laisser mourir de ses blessures en postant deux hommes sur place pour l’abattre s’il tarde trop à rendre l’âme, et pour lui offrir une sépulture décente. Effrayés par la proximité des Indiens, ceux-ci ne tardent guère à rattraper le convoi, laissant Bass agoniser seul, sans arme et sans provisions. Mais notre homme se cramponne à la vie et parvient à s’en sortir. Chez Sarafian, il n’est donc pas question pour l’éclaireur de se venger d’un bad guy typiquement hollywoodien ayant tué son fils sous ses yeux. C’est même tout l’inverse, car si dans un premier temps, Brass lutte pour survivre afin de châtier celui qui l’a laissé se vider de son sang, son odyssée va le mener à s’humaniser en s’accrochant aux souvenirs de son passé. Un passé dévoilé au travers de flashes-back qui ponctuent la narration et rendent le personnage bien plus attachant que le trappeur enragé joué par Leonardo DiCaprio.
Ils permettent également d’insister sur le coeur du récit, à savoir le refus par Bass de l’existence d’un Dieu auquel il ne peut croire, car il lui a ravi sa mère lorsqu’il était enfant, puis sa femme, morte en couches. Cela ne fait que décupler sa haine pour le semblant de figure paternelle que pense représenter pour lui le capitaine, ancré sur la proue de son bateau tel un prêtre sur la chaire de sa cathédrale. Le voyage de Bass développe ainsi une idée très chrétienne, celle de devoir souffrir pour être sauvé et se rapprocher de Dieu. Au contact de la nature sauvage, source de vie, Bass comprend peu à peu à quel point être sur Terre est un cadeau et finit par assumer son propre rôle de père plutôt que d’accomplir une vengeance somme toute bien futile, puisque le seul fait qu’il ait échappé à la mort constitue la plus belle des revanches. À l’issue de son périple, c’est armé d’un harpon que cet homme ressuscité fait face au capitaine du bateau campé par John Huston, le choix du réalisateur de Moby Dick pour interpréter cet Achab des plaines étant loin d’être innocent. Baignant dans une ambiance à la lisière du fantastique, notamment lors de l’apparition spectrale de Bass sortant d’une forêt embrumée, Le Convoi sauvage est un superbe western humaniste où l’on peut entendre le capitaine raconter que Bass a tué un épaulard lors d’une sortie en mer : sachant que Richard Harris en affrontera un six ans plus tard dans Orca, avatar sous-estimé des Dents de la mer produit par Dino De Laurentiis, l’anecdote ne manque pas de sel.

 

MOUNTAIN MEN

Dans Jeremiah Johnson (1972), un vétéran de la guerre contre le Mexique décide de quitter le « monde d’en bas » et de s’installer dans les Montagnes Rocheuses. Après des débuts difficiles, il finit par s’adapter à son nouveau milieu, allant jusqu’à former une famille recomposée avec la fille d’un chef indien et un jeune garçon qu’il a recueilli. Mais il scelle son destin en acceptant de guider une troupe de soldats, voyage qui les oblige à fouler le sol d’un cimetière sacré : lorsqu’il rentre chez lui, Jeremiah trouve les cadavres de sa femme et de son fils. Ivre de vengeance, il brûle sa maison et se lance à la poursuite des Indiens responsables du massacre, n’en laissant qu’un seul en vie. Celui-ci répand la nouvelle et, bientôt, les Indiens envoient leurs jeunes guerriers un par un pour tuer Jeremiah, rite de passage qui se solde par la mort de chacun d’entre eux. Il n’en faut pas plus pour que le trappeur devienne une légende… Prévu à l’origine pour Clint Eastwood et Sam Peckinpah, Jeremiah Johnson réunit Sidney Pollack (Les Chasseurs de scalps) et Robert Redford par la grâce d’un scénario de John Milius dont le cinéaste adoucira la violence tout en conservant son essence mythologique et son goût pour le romanesque. En se mesurant à la nature, en apprenant des Indiens qui, comme lui, ne dépendent que d’elle, Jeremiah finit non pas par s’acclimater à son environnement mais à en faire partie. En laissant derrière lui une civilisation impure, il comprendra qu’il ne peut échapper à la violence puisque celle-ci, immanente, n’a pas été créée par la nature, aussi  sauvage soit-elle, mais par l’homme. Là où il va, il n’existe point d’Éden. Sublimé par la photographie de Duke Callaghan (futur chef-op’ de Conan le barbare) qui capture à la perfection la splendeur majestueuse de l’Utah, une musique que n’aurait pas reniée Basil Poledouris et la justesse du jeu de Redford, Jeremiah Johnson est sans doute le plus bel hymne à la nature jamais chanté par le cinéma. Bien plus modeste que le chef-d’oeuvre de Pollack et réalisé par le téléaste Richard Lang, La Fureur sauvage (1980) offre à Charlton Heston (dont le fils Fraser a signé le scénario) le rôle de Bill Tyler. Ce trappeur dans la force de l’âge s’éprend de Moineau Bleu, une Indienne qu’il a recueillie alors qu’elle fuyait OEil d’Aigle, son époux violent. Celui-ci parvient pourtant à la récupérer, laissant un peu d’avance à Tyler pour l’amour du sport avant de lancer ses guerriers à ses trousses. Persuadé qu’OEil d’Aigle a tué Moineau Bleu, Tyler leur échappe mais doit endurer un froid glacial et faire face aux loups pour survivre. Plus tard, il apprend que sa bien-aimée est toujours en vie et retourne au campement d’OEil d’Aigle afin de la sauver. S’engage alors un duel à mort entre les deux hommes… Les paysages du Wyoming offrent un somptueux décor à ce western méconnu qui commence de façon très picaresque avant de bifurquer vers u [...]

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