Mad in France N°343

Avec Moires, court-métrage sélectionné au dernier Festival de Sitges, J.P. Bouix s’interroge sur les sacrifices qu’un artiste est prêt à faire pour connaître le succès. Un dilemme raconté par le biais du mythe de Faust… et d’un monstre arachnoïde géant. Mais en dépit de ses composantes éminemment fantastiques, Moires reste d’une étonnante sobriété. Discussion avec son créateur.
Array

D’où vient le titre Moires ?

Le titre du film revêt plusieurs aspects. Le premier est une référence directe aux Moires – ou Parques –, trois divinités issues de la mythologie grecque dont le rôle est de tisser, de dérouler et de couper le fil du destin. Le second est en rapport avec le moiré, cette texture visuelle un peu étrange qui semble vivre d’elle-même et perturbe les capteurs photographiques. Et le troisième aspect est une référence directe à un album photographique de l’artiste Éric Rondepierre, dont j’ai découvert le travail il y a quatre ans maintenant. Son oeuvre consiste à mettre en avant l’impact physique du temps sur des cellules, impact qu’il appelle « corruption », ce qui transforme radicalement la photographie en question. C’est l’effet que l’on peut voir sur le film diffusé à la télévision dans Moires. Le court fait référence à pas mal de mediums, qu’ils soient picturaux – notamment l’artiste serbe Dragan Bibin – ou littéraires – Emil Cioran et son pessimiste Précis de décomposition.


Pourquoi avoir utilisé le mythe de Faust ?

Goethe nous raconte que la passion qu’un auteur éprouve pour son oeuvre peut le mener tout droit à une obsession très sombre, dominée par la quête aveuglante d’un succès critique et personnel. Pactiser avec le Diable ou toute autre créature funeste est une notion qui m’intrigue. Lorsqu’il y a création, il y a dévouement. Et donc abandon de soi. C’est terrible mais nécessaire. C’est ainsi que j’ai ressenti ce qu’écrit Goethe lorsque Faust rencontre Méphistophélès. Et c’est ce qui est passionnant ! Dans Moires, le film démarre lorsqu’Aline, interprétée par Mélina Ferné, décide de rompre avec sa maison d’édition, incapable de suivre la ligne éditoriale morbide imposée par l’éditeur. Elle en fait part à son conjoint, Jan, interprété par Julien Chaudet, qui la met en garde. Aline, rongée par l’orgueil, se retrouve punie pour ne pas avoir respecté les termes de ce nébuleux contrat. C’est alors qu’une créature arachnoïde intervient en tant que messagère et bourreau en kidnappant leur enfant. Le mythe de Faust est l’une de mes influences, et Moires en propose une relecture.


Les auteurs vendent leur âme au Diable pour le succès : est-ce ainsi que tu vois le milieu de la création artistique ?

Je trouve que Faust a toujours exercé une certaine fascination. Ce mythe a quand même suscit&ea [...]

Il vous reste 70 % de l'article à lire

Ce contenu éditorial est réservé aux abonnés MADMOVIES. Si vous n'êtes pas connecté, merci de cliquer sur le bouton ci-dessous et accéder à votre espace dédié.

Découvrir nos offres d'abonnement

Ajout d'un commentaire

Connexion à votre compte

Connexion à votre compte