Mad in France N°339

Avec le court Boustifaille, grand gagnant du PIFFF 2019, Pierre Mazingarbe signe non seulement un excellent film de cannibales, mais aussi une comédie succulente empreinte de romantisme qui ose s’inscrire dans un terreau culturel très français.

Quel était le sujet qui t’intéressait le plus dans le scénario de Boustifaille ? Le cannibalisme ou la structure familiale ?

Je cherchais le moyen de parler de la famille, de la façon dont elle peut peser quand elle s’immisce dans nos relations amoureuses. Et le cannibalisme m’a semblé adéquat pour exprimer ce que l’amour familial a de dévorant. Mais je n’ai pas d’attrait particulier pour le cinéma de genre en soi. C’est un critère qui me déroute un peu. Dans mon panthéon cinématographique, je mets plutôt Terrence Malick, Lars von Trier, Paolo Sorrentino, et plus récemment, j’adore les films de Justine Triet, Maïwenn ou Gregg Araki. J’avais toutefois très envie de faire une petite comédie slapstick. Je voulais aller chercher quelque chose de jouissif dans la mise en danger des corps, retrouver ce qui me plaisait adolescent dans les films de Barry Sonnenfeld, comme Men in Black ou Wild Wild West, ce mélange de comédie et de spectaculaire. Et puis, comme toujours, suivre une héroïne, ses sentiments. Raconter des histoires de mec ne m’intéresse absolument pas, j’ai trop souvent l’impression qu’elles ont déjà été filmées bon nombre de fois.


Tout comme les films de zombies, les films de cannibales se prêtent bien à la comédie. Certains gags t’ont-ils paru évidents dès l’écriture ?

Pas toujours ! Le gag du corps rigide, par exemple, a été la source de beaucoup d’interrogations avec les scénaristes Xavier Lacaille et Thomas Pujol : est-ce acceptable pour le spectateur à ce moment précis du film ? Nous étions très hésitants. C’est toujours un pari, dès que l’on sort du réalisme, de jouer avec la crédulité du spectateur. Mais une fois la scène tournée, personne ne s’est posé la question, on l’accepte totalement ! Autrement, c’est en story-boardant le film que bon nombre d’idées arrivent. Je travaille la mise en scène sur papier pendant deux mois environ, avec trois autres story-boarders – le film compte au final 350 plans montés pour 18 petites minutes. Puis suivent les répétitions filmées avec les acteurs, et enfin le tournage à proprement parler, où nous suivons le story-board à 80 %.


T’étais-tu fixé des limites avec le gore, et si oui, pourquoi ?

Je ne me pose pas trop la question en ces termes : c’est plutôt le désarroi croissant du personnage qui m’intéresse, et tous les aspects comiques qui peuvent en découler. À partir du moment où le film s’inscrit dans le domaine du « comique explosif », une tête coupée qui parle peut devenir plausible sans pour autant revêtir l’aspect provocateu [...]

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