Légendes : LA SAGA CONAN 2ème partie

Après un premier opus devenu culte, Conan a-t-il vu sa légende perdurer à l’écran, auréolé de toute la gloire qui lui était due ? Malheureusement, non. Entre un Conan le destructeur conçu de manière à plaire à un public aussi vaste que possible, des déclinaisons télévisuelles encore plus aseptisées et un comeback décevant en 2011, le barbare de Robert E. Howard ne retrouvera jamais sa superbe…
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À sa sortie, Conan le barbare provoque un tel engouement que des légions de producteurs s’intéressent brusquement à l’heroic fantasy, amplifiant encore le retentissement mondial du film de John Milius. Il ne faut pas attendre longtemps pour voir des dizaines de séries B envahir les écrans et les vidéoclubs. Le toujours opportuniste Roger Corman n’est pas le dernier à s’y mettre. De ses studios sortent quatre Deathstalker, deux Barbarian Queen, deux Les Magiciens du royaume perdu et un Kaine le mercenaire. Pendant ce temps, en Italie, se fabriquent quatre Ator commis par Joe d’Amato et Alfonso Brescia, Gunan et Le Retour du barbare de Franco Prosperi, Thor le Guerrier de Tonino Ricci, Conquest de Lucio Fulci, Sangraal de Michele Massimo Tarantini, Ironmaster, la guerre du fer de Umberto Lenzi, plus proche de Robert E. Howard que de J.-H. Rosny aîné… D’Espagne vient Hundra de Matt Cimber, version « blonde farouche » du mythe, tandis que la Turquie sort un certain Altar (Remzi Jöntürk) de son chapeau ! Conan provoque même le retour d’Hercule, sous les traits de Lou Ferrigno et sous pavillon Cannon. Des contrefaçons généralement ringardes, amusantes dans le meilleur des cas. Quelques réalisateurs tirent cependant leur épingle du jeu : Don Coscarelli avec Dar l’invincible, Albert Pyun via L’Épée sauvage et même Ruggero Deodato par l’intermédiaire du semi-parodique Les Barbarians.


RATISSER LARGE 
Producteur de Conan le barbare, Dino De Laurentiis lance rapidement la suite de son immense succès. Deux ans après le film de Milius, Conan le destructeur déboule sur les écrans, toujours avec Arnold Schwarzenegger, mais sans John Milius à la manoeuvre. Une absence qui se fait regretter. D’abord par la star nouvellement consacrée, pourtant enthousiaste à l’idée de renouer avec le rôle qui l’a rendu célèbre du jour au lendemain. Un plaisir et une obligation, notifiée par contrat. « J’étais tenu de tourner un Conan tous les deux ans, autant de fois que Dino le jugerait bon, dans une limite de cinq films » déclare-t-il, d’autant plus pressé de s’y remettre que le producteur tient sa promesse de le rémunérer un million de dollars. Une spectaculaire augmentation par rapport à l’original, pour lequel il n’a encaissé « que » 250 000 billets verts. « John Milius indisponible, les pontes d’Universal avaient les mains libres » se rappelle Arnold Schwarzenegger. « Ils pouvaient faire de cette suite ce qu’ils voulaient. Obsédés par E.T. l’extra-terrestre, ils n’avaient qu’un objectif en tête : un spectacle familial. Ils tenaient d’autant plus à prendre cette direction que quelqu’un avait calculé que, s’il avait été interdit aux moins de 13 ans au lieu de 17 ans non accompagné par un adulte, Conan le barbare aurait cumulé 50 % d’entrées supplémentaires aux États-Unis ! De Conan le barbare, Universal a voulu faire Conan le baby-sitter ! »
S’il le déplore, Schwarzenegger n’y peut pas grand-chose, sinon protester, essayer de faire entendre raison à ses interlocuteurs. « J’ai clairement avoué à Dino et Raffaella De Laurentiis, ainsi qu’au studio, ce que j’en pensais. Je leur ai dit : « Vous vous dégonflez. Vous ne comprenez rien à Conan. Vous devriez peut-être abandonner l’idée d’en faire une série si vous n’assumez pas la violence et ce que symbolise le personnage. Laissez tomber, ou alors vendez les droits à quelqu’un d’autre ! Mais n’essayez pas d’en faire ce qu’il n’est pas ! ». Peine perdue ! Mais j’étais coincé, lié au projet par un contrat dont je ne pouvais pas me défaire ! »
Bien qu’Arnold Schwarzenegger traîne des pieds, il se résigne néanmoins à ce retour édulcoré, programmé pour ratisser aussi large que possible. « Richard Fleischer, le remplaçant de John Milius, n’a pas essayé de remettre en cause la politique de la production. À bientôt 70 ans, il était heureux d’avoir du travail et n’allait pas faire d’histoires. » Un job que le vétéran doit au départ du réalisateur initialement envisagé, Roger Donaldson, qui préfère embarquer sur une nouvelle version du Bounty.
Si Richard Fleischer se retrouve à la tête de Conan le destructeur, ce n’est pas pour avoir déjà travaillé avec Dino De Laurentiis sur Barabbas, Mandingo ou le récent Amityville 3-D, mais pour avoir directement inspiré John Milius dans la reconstitution cinématographique de l’âge hyborien dépeint par Robert E. Howard. « John n’arrêtait pas de répéter que le style de Conan le barbare lui avait été en partie soufflé par Les Vikings » explique Raffaella De Laurentiis. « Alors, en son absence, pourquoi ne pas engager le réalisateur de sa source d’inspiration ? » Soit, justement, le vétéran Richard Fleischer, grand cinéaste qui, en fin de carrière, ne fait pas le difficile : il prend ce qui se présente. En l’occurrence, une séquelle ressemblant à une espèce de prologue musclé de la mini-série La Caverne de la rose d’or. Il arrive flanqué de son chef-opérateur des Vikings, Jack Cardiff, pourvoyeur de superbes images. L’une des rares qualités incontestées de Conan le destructeur.
« Richard Fleischer est resté inflexible sur la ligne directrice du film » regrette Arnold Schwarzenegger. « Plutôt que Nietzsche et le gore, il a donné dans la bande dessinée, l’aventure et le château de conte de fées. » Son Conan se révèle résolument « soft » en regard de la radicalité de John Milius. Pourtant, au montage, la production estime que le résultat reste trop sanguinolent. Des coupes s’imposent, y compris une séquence d’amour entre le héros et la vilaine mais sexy reine Tamaris.
Richard Fleischer assume, se justifie même, quitte à cogner sur son prédécesseur. « J’ai plusieurs reproches à lui faire. D’abord sa durée excessive et son scénario un peu compliqué. Le film est aussi trop sanglant, il manque d’humour. Je n’y ai pas trouvé Arnold Schwarzenegger formidable. J’ai même été très déçu par sa prestation. À cette époque, il n’était pas encore un acteur et j’ai regretté que John Milius ne mette pas davantage en valeur son atout principal : sa musculature. Pour moi, la personnalité d’Arnold Schwarzenegger se révèle avant tout à travers ses muscles et son physique. Je lui ai donc demandé de prendre cinq kilos supplémentaires pour ce deuxième Conan. Je tenais à ce qu’on distingue parfaitement chacun de ses muscles, sans pour autant qu’il ressemble à ces haltérophiles gonflés de partout, si hideux à regarder. »



UNE HISTOIRE SIMPLE 
D’abord surpris par la requête du réalisateur et amusé qu’un tel gringalet le renvoie à sa salle de gym, le comédien obéit néanmoins, toujours très discipliné. « En deux mois, avec cinq heures quotidiennes de poids et haltères, j’ai retrouvé ma silhouette de compétition. Richard Fleischer était ravi. »
S’il regrette toujours John Milius et l’orientation du projet, Schwarzenegger se dit « très content » de sa collaboration avec le réalisateur. En revanche, concernant le premier scénario que lui présente Dino De Laurentiis, il se montre beaucoup plus circonspect. « Je ne l’ai trouvé qu’à moitié satisfaisant » admet-il. « Il manquait singulièrement de motivation. Il fallait absolument le réécrire et j’ai appelé Dino pour lui annoncer qu’il n’y avait pas là-dedans de quoi nourrir une histoire. Je crois que les premiers scénaristes n’avaient pas du tout compris qu’un film, ce n’est pas une bande dessinée, qu’on ne peut pas abandonner une trame en cours et aller vers une autre, pour ensuite y revenir. Il faut impérativement un début et [...]

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