Légendes : David Warbeck

Si David Warbeck est surtout connu pour sa participation à un film dénué de tout élément fantastique ou horrifique, ces genres n’ont cessé d’infuser sa filmographie, à travers des personnages stéréotypés auxquels il apporte un petit quelque chose qui fait toute la différence.
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Le grand public connaît son visage pour un titre, un seul : Il était une fois… la révolution où, lors de flashes-back au ralenti, il incarne le traître, celui qui dénonce sous la torture son ami de l’IRA à la police anglaise. Un rôle court mais une prestation marquante dans une oeuvre fastueuse, picaresque et tragique. Son interprète ? David Warbeck, un Néo-Zélandais d’origine écossaise qui, né à Christchurch le 17 novembre 1941, commence par brûler les planches des théâtres de patronage lors de représentations de classiques du répertoire. « Du travail amateur, non payé » avoue-t-il. En 1965, grâce à une bourse de l’Académie Royale d’Art Dramatique de Londres, il s’établit en Grande-Bretagne en compagnie de sa fiancée. Au bout de quatre trimestres, il laisse tomber les cours de la prestigieuse institution pour tenter sa chance en tant que mannequin. C’est, du moins, la version officielle : en réalité, David Warbeck a été purement et simplement expulsé. Une sombre histoire étroitement liée à la femme du directeur… Le principal intéressé ne s’étendra jamais sur le sujet.
Quoi qu’il en soit, David Warbeck connaît un beau succès dans le mannequinat, conscient que sa « gueule constitue son capital ». De la couverture d’un roman à l’eau de rose de Barbara Cartland à la promotion du brandy Courvoisier en passant par des pull-overs, des blue-jeans, des cigarillos et même de la crème glacée, Warbeck devient l’une des rares stars masculines de la profession. « Au fil des années, j’ai dû cumuler dans les 300 spots publicitaires pour la télévision. D’ailleurs, en Angleterre, je suis surtout connu pour ça » atteste-t-il. « Assez curieusement, faire la promotion de tel ou tel produit ne vous rend pas sympathique aux yeux des gens. Une fois, en plein tournage d’une publicité, une femme s’est avancée vers moi et, sans me dire un mot, m’a envoyé une gifle. Elle s’est alors expliquée : « Voilà tout ce que vous méritez. Jamais, durant votre existence, vous n’avez donné une journée de travail honnête à la société. ». Pour la pub, on vous montre du doigt, on vous crache dessus. » Néanmoins, David Warbeck n’abandonnera jamais cet aspect de sa profession. Trop lucratif en regard des cachets parfois maigres du cinéma. Au début des années 1990, en vantant les mérites de la chaîne de supermarché CRAI, il ajoutera un ultime spot à un tableau de chasse déjà bien fourni.




DE LA SCIENCE-FICTION À LA RÉVOLUTION 
Ses vrais débuts à l’écran, le comédien les fait à la télé, en Grande-Bretagne, après être apparu dans un téléfilm néo-zélandais, Call Me a Liar en 1961. Sept ans plus tard, à l’autre bout du monde, il est au générique d’un épisode de l’anthologie Journey to the Unknown et une adaptation en neuf épisodes de L’Île au trésor. Quelques séries supplémentaires, puis un rôle minuscule dans L’Inceste avec Romy Schneider, et il se produit dans son premier film fantastique, L’Abominable homme des cavernes, ou les aventures d’un homme des cavernes dans la société moderne illustrées par Freddie Francis. « Je n’y joue qu’un journaliste TV le temps d’une scène » pointe le comédien. « Je ne suis donc pas resté très longtemps sur le plateau. J’ai néanmoins pu constater que Joan Crawford ne collait pas du tout à sa réputation d’actrice caractérielle. Au contraire : elle a été charmante avec moi, m’a permis de l’observer afin que j’apprenne un peu le métier. On m’avait également dit des horreurs sur Brigitte Nielsen lorsque, en 1987, je me suis engagé dans Domino. Tout faux ! »
Pour l’heure, à l’aube des années 1970, David Warbeck semble s’installer dans le fantastique et la science-fiction, deux indicateurs de la tournure que prendra sa carrière. Le fantastique avec Les Sévices de Dracula, production Hammer dans laquelle il incarne un instituteur. Le jeune premier de service. L’une des expériences les plus agréables de ses débuts : « J’étais impatient de me retrouver sur le plateau, curieux de voir les autres comédiens jouer même lorsque je ne leur donnais pas la réplique. » Warbeck parle bien sûr de Peter Cushing, mais également des soeurs jumelles Mary et Madeleine Collinson. La science-fiction, l’acteur l’aborde via deux épisodes de la série Alerte dans l’espace, où il incarne le capitaine d’un submersible. « J’étais bien loin de me douter que, des années après, on m’inviterait à des conventions pour des prestations aussi courtes. » 
« C’est au moment de l’une de mes rares incursions au théâtre, pour la pièce The Barretts of Wimpole Street sur la scène du Birmingham Repertory Theatre, que le vent a tourné » enchaîne Warbeck. « Mon agent m’a annoncé qu’un Italien un peu exalté voulait me voir. Je suis par conséquent allé à sa rencontre à l’hôtel Dorchester. Dès qu’il m’a vu, il s’est jeté sur moi pour m’embrasser, me prendre dans ses bras. J’ai à peine pu dire quelque chose qu’il m’annonçait déjà que j’étais son homme, qu’il fallait que je parte immédiatement avec lui, que j’embarque dans le premier avion pour Rome. Ce type, c’était Sergio Leone. »
Des années après Il était une fois… la révolution, Sergio Leone et David Warbeck reprennent contact. Il est question d’un nouveau long-métrage en commun. « Oui » confirme le comédien. « C’était pour Il était une fois en Amérique. Sergio m’avait parlé d’un rôle. Quelque chose de plus conséquent que notre première collaboration. Nous nous sommes vus, nous en avons parlé. Je lui ai répondu : « Tu as mon numéro de téléphone ! Appelle-moi quand tu seras prêt. ». Si nous avons effectivement à nouveau tourné ensemble, ce ne fut malheureusement pas pour Il était une fois en Amérique, mais pour un spot publicitaire destiné à la télévision française. Un projet qui a pratiquement pris forme du jour au lendemain. »
Si Il était une fois… la révolution bénéficie d’une impressionnante exposition internationale, David Warbeck n’en tire guère de bénéfice. Pour preuve, Freddie Francis le rappelle pour un modeste rôle de flic dans Mystic Killer, portrait d’un antiquaire psychotique adepte de sacrifices humains sur l’autel d’une divinité africaine. Heureusement, Russ Meyer lui propose nettement mieux avec l’aristocrate de Serpent noir, noble lancé sur les traces de son frère disparu sur une île des Caraïbes où une femme pratique l’esclavage. Un bon souvenir pour l’interprète, Russ Meyer passant son temps à lui déballer ses histoires de fesses. Mais en dépit de son avance de trois ans sur Mandingo, Serpent noir n’a aucun retentissement.
Les années 70 ne sont guère favorables à David Warbeck. Le rôle de James Bond lui passe sous le nez au profit de Roger Moore tandis que la série Wolfshead: The Legend of Robin Hood où il devait incarner Robin des Bois ne dépasse pas le stade du pilote. Un deuxième film sous la direction de Russ Meyer, Who Killed Bambi?, est également annulé. Si les spots publicitaires et photos pour différents produits lui apportent de confortables revenus, l’avenir ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Et, brutalement, le vent tourne à nouveau. Encore depuis l’Italie. « Mon agent m’a appelé pour m’annoncer qu’Alberto Sordi – un dieu dans son pays – désirait me voir pour un film qu’il comptait réaliser lui-même, Le Sens commun de la pudeur. Une comédie, la réponse locale à La Nuit américaine, divisée en quatre sketches. L’un d’eux était une version de L’Amant de lady Chatterley. Naturellement, on m’a confié le rôle de l’amant. »




L’AVENTURE… C’EST L’AVENTURE 
Malgré un bide retentissant, Le Sens commun de la pudeur relance la carrière vacillante de David Warbeck, le film d’Alberto Sordi ayant au moins eu le mérite d’avoir remis son nom dans les mémoires. Réalisateur de seconde équipe sur Il était une fois… la révolution, Antonio Margheriti pense à lui pour tenir le rô [...]

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