LE WESTERN FANTASTIQUE

50 % western, 50 % horreur, BONE TOMAHAWK n’est pas le premier à jeter un pont entre les genres. De l’époque du muet au cinéma contemporain, ils sont nombreux à avoir expérimenté ce sacré mix, avec des fortunes variables…
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Le western est un genre plus malléable, moins monolithique qu’il en a l’air ; il en existe des classiques, des comiques, des historiques, des romantiques… et aussi des fantastiques, qui s’essayent à la science-fiction, l’épouvante et l’horreur. Des hybrides qui, depuis l’époque du muet, jalonnent discrètement son histoire. Haunted Ranch de Paul Hurst semble le premier à tenter l’expérience, en 1926. Il s’agit toutefois d’un faux film fantastique, le supposé fantôme hantant un ranch étant en réalité un type déguisé de manière à éloigner les importuns ! Un principe repris six ans plus tard dans Le Fantôme de Mack V. Wright, à la seule différence qu’il prend pour cadre une mine abandonnée. Il s’agit là de l’une des nombreuses séries B que tournait alors à la chaîne John Wayne, avant que John Ford ne fasse de lui une vedette avec La Chevauchée fantastique.
Serial en douze épisodes de vingt minutes, L’Empire des fantômes d’Otto Brower et B. Reeves Eason se montre beaucoup plus extravagant. Interprété par le cowboy chantant Gene Autry, il révèle, sous un ranch, l’existence d’une véritable mégapole souterraine, le monde de Murania, descendant direct des habitants du continent perdu de Mu. Ascenseur descendant à six kilomètres sous terre dans un tube transparent, robots, équipements futuristes, pistolets à rayon… L’arsenal complet de la science-fiction vintage, façon Flash Gordon, nettement plus amusant que l’aspect purement western du film, celui-ci se faisant un devoir de démarrer sur un concert de Gene Autry, dont les membres du groupe imitent des cris d’animaux.
Si beaucoup d’autres westerns des années 1930 à 1950 se parent d’éléments fantastiques et de science-fiction, L’Empire des fantômes va plus loin que ses petits camarades dans la fusion des genres. En 1937, The Riders of the Whistling Skull – encore de Mack V. Wright – lui emboîte le pas. Animé par les Three Mesquiteers (un trio alors très populaire), le film illustre en 53 minutes un scénario voisin, avec la découverte par des archéologues de la cité indienne de Luckchakai. S’ensuivent malédiction et cérémonie sacrificielle orchestrée par une secte d’Indiens diaboliques dans un décor de grotte qui n’est pas sans évoquer Indiana Jones et le temple maudit


UN VAMPIRE AU SOLEIL 
En 1951, Quand les tambours s’arrêteront d’Hugo Fregonese propose une fusion western/fantastique quelque peu différente. Aucune trace de surnaturel dans le film, qui illustre de façon conventionnelle une histoire d’Indiens Mescaleros rebelles. Mais son producteur n’est autre que Val Lewton, producteur quelques années plus tôt de La Féline et Vaudou. Il demande à Fregonese d’aborder la toute dernière partie de l’histoire – le siège d’une église par les Indiens – selon les règles de l’épouvante. Entre les rares apparitions des assaillants à l’image, une esthétique baroque et une bande-son obsédante, essentiellement faite de percussions, Quand les tambours s’arrêteront renouvelle une situation pourtant stéréotypée à l’extrême.
Dans les années 50, Âge d’Or du western classique hollywoodien, Edward Dein procède de façon similaire avec Dans les griffes du vampire (1959). Il implante le fantastique dans un village de western typique. Des jeunes femmes y décèdent de façon si énigmatique que le médecin local en perd son latin. Le pasteur, quant à lui, devine rapidement qu’il a affaire à un vampire. En l’occurrence à Drake Robey, un homme de main récemment engagé par le plus gros propriétaire de la région pour mieux étendre son domaine. Une gâchette efficace puisque, outre sa rapidité à dégainer, il résiste aux balles. Un émule de Dracula, renvoyé sur Terre par Satan après avoir tué son frère et s’être suicidé. S’il redoute les crucifix, ce vampire-là s’expose néanmoins à la lumière du jour… Edward Dein réussit, certes modestement, l’osmose entre western et fantastique gothique, passant avec aisance du saloon à la crypte. Guère étonnant : Dans les griffes du vampire est une production Universal, major hollywoodienne spécialisée dans les années 30/40 dans le fantastique, genre qu’elle abandonne dans les années 50 et 60 pour produire du western à un rythme industriel.
Produit un an plus tôt, Meteor Man (aka Teenage Monster) de Jacques R. Marquette prête plutôt à sourire, plombé par un héros qui se transforme en monstre velu après avoir approché une météorite. The Ghoul Goes West aurait lui aussi certainement appartenu à la catégorie « nanars » si Ed Wood avait pu mener le projet à son terme. Le cinéaste comptait mettre Bela Lugosi dans la peau d’un savant fou qui débarque en Amérique pour transformer des cowboys en super-soldats supposés lui assurer la domination du monde !
Malheureusement, peu de westerns fantastiques atteignent la qualité de Dans les griffes du vampire. Surtout pas Jesse James Meets Frankenstein’s Daughter et Billy the Kid Versus Dracula, tournés coup sur coup en 1966 par William Beaudine. En huit jours chacun ! Le premier s’attarde sur la petite fille de Frankenstein et son frère Rudolph qui, contraints de fuir l’Autriche, s’installent aux États-Unis. Sous prétexte de soigner Hank, le complice de Jesse James, ils lui greffent un cerveau neuf et le rebaptisent… Igor. Le script de Billy the Kid Versus Dracula n’est pas moins loufoque, avec un Dracula (John Carradine, déjà titulaire du rôle à deux reprises dans les années 40) qui s’en prend à une Indienne avant de jeter son dévolu sur une belle propriétaire de ranch fiancée à Billy le Kid… Une série B un cran au-dessus de la précédente, mais pour William Beaudine, l’un des grands cinéastes américains du muet, quelle triste fin de carrière !
Également produit en 1966, The Devil’s Mistress se hisse un cran nettement au-dessus. Entre le rape and revenge et le fantastique pur, il détaille la vengeance d’une sang-mêlé violée par quatre hommes qui ont également tué son compagnon. Pour parvenir à ses fins, la « Squaw », également sorcière, embrasse à mort l’un des desperados, conduit un serpent à mordre le deuxième, pousse le troisième à se pendre… Du surnaturel pur et dur, d’autant que l’amant assassiné ressuscite à la fin. Du surnaturel [...]

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