INTERVIEW : GUILLERMO DEL TORO RÉALISATEUR, SCÉNARISTE & PRODUCTEUR

Habitué des pages de Mad Movies, Guillermo del Toro nous explique en quoi La Forme de l’eau est un tournant thématique dans sa carrière. Si vous vous intéressez de près ou de loin à la mise en scène, aux maquillages, au production design, à la structure narrative ou à la musique de film, les lignes qui suivent sont faites pour vous.
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Pour le hors-série des 40 ans de Mad Movies, vous nous expliquiez qu’une de vos images préférées du cinéma fantastique était la danse sous-marine de L’Étrange créature du lac noir.

Oui, et c’est toujours vrai.


La Forme de l’eau est entièrement axé sur cette image : c’est celle qu’on retient en sortant de la projection.

Oui, c’est tout à fait ça ! C’est un vrai hommage à ce que j’ai ressenti en voyant le film de Jack Arnold.


La Forme de l’eau aurait presque pu être une suite du classique d’Arnold. Dans La Momie avec Tom Cruise, il y a une courte scène dans laquelle on voit la main coupée de la Créature dans un bocal. C’est dévastateur…

Je n’ai pas encore vu La Momie, je dois vous l’avouer. On voit la main dans un bocal ? Quelle horreur. Est-ce que La Forme de l’eau est une suite/remake de L’Étrange créature du lac noir ? Oui et non. Oui, et ça ne fait aucun doute, le projet est né quand j’étais enfant, et quand j’ai découvert le film d’Arnold. Mais si ma créature a beaucoup de choses en commun avec celle des années 50, j’ai voulu mettre en scène un dieu. Les indigènes l’ont toujours considérée ainsi depuis la nuit des temps. Ensuite, les Américains sont arrivés pour forer du pétrole, ils ont tué tous les indigènes et ont volé ce qu’ils ont vu comme un étrange poisson. C’est le contexte muet du film. Il faut se souvenir que L’Etrange créature du lac noir est l’héritier direct de King Kong. Et King Kong est dérivé de La Belle et la Bête. Je tenais à ce que ma bête ne se transforme jamais en Prince. Le monstre continue de manger des chats. C’était primordial pour moi.


Le personnage de Richard Jenkins dit à un moment : « C’est une créature sauvage, et on ne doit pas attendre d’elle qu’elle se comporte autrement. ».

Oui, c’est toute l’essence du film. [ATTENTION : SPOILERS] L’héroïne elle-même a été trouvée dans l’eau, elle a des marques sur son cou, elle est à la recherche de ses origines et veut comprendre son but dans la vie, et elle découvre cette créature qui a l’air si différente d’elle. Mais à la fin, on réalise qu’elle est peut-être elle-même quelque chose d’autre. C’est le type de raisonnement que je recherchais, sans trop souligner la révélation finale.


C’est comme un conte de fées, un genre auquel vous êtes habitué. Mais généralement, vos contes sont très noirs et désespérés. Dans celui-ci en revanche, il y a beaucoup d’optimisme. Il y a une autre très belle réplique de Jenkins : « Je suis né trop tard ou trop tôt pour ma vie. ». C’est l’un des noyaux du film. Quand on pense où en était la cause LGBT dans les années 60, et le chemin parcouru depuis, on se rend compte que les choses ont tout de même évolué favorablement. Il y a dans le récit de La Forme de l’eau la promesse d’un avenir. Pour ceux qui viendront après le personnage de Jenkins, mais aussi pour la créature elle-même.

Je crois que c’est mon film le plus optimiste. Tous mes autres parlent de perte et de nostalgie. Même Hellboy ! À la fin du second épisode, le prince dit que lorsque sa soeur et lui auront disparu, il ne restera plus aucune trace de leur civilisation. Hellboy lui-même abandonne son badge. Dans un projet aussi commercial que Blade II, j’ai aussi tenu à ce que Nomak soit le dernier de son espèce. La Forme de l’eau est le premier de mes films qui s’achève de façon positive. C’est la première fois que je me suis dit : « On devrait peut-être tous survivre. ». [FIN DES SPOILERS]


Ne le prenez pas mal, mais La Forme de l’eau est peut-être votre premier film d’adulte.

Au contraire, vous avez raison ! Mes neuf films précédents paraphrasaient mon enfance. Bien sûr, Le Labyrinthe de Pan était tourné de façon adulte, mais ça parlait vraiment de ma jeunesse. Donc oui, c’est la première fois que je fais un film d’adulte, de façon adulte, à propos de problèmes d’adultes.


Votre mani [...]

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