HOMMAGES : George A. Romero 1940-2017

Le père du zombie moderne nous a quittés, mais nous préférons nous souvenir d’un homme pétillant et toujours débordant de projets, dont il nous détaillait certains dans un entretien inédit, recueilli en 2011 au Festival de Strasbourg.
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Même si Mad Movies n’a rien d’un magazine people, nous ne pourrions pas parler de George Romero sans rappeler d’abord une chose : toujours souriant et disponible, c’était l’homme le plus délicieux qui soit. C’est pourquoi nous n’avions pas résisté au plaisir de l’interroger lors du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2011, dont il était le président du jury, et ce malgré l’absence de toute actualité. Mais du coup, plus le temps passait, plus nous craignions que l’antique cassette audio ressorte seulement du tiroir à la faveur d’une nécrologie. Et c’est ce qui a fini par arriver : le cinéaste est décédé le 16 juillet dernier, léguant à la postérité une oeuvre aussi monumentale qu’incomplète.
Né en 1940, George Andrew Romero révolutionne en effet le cinéma d’horreur dès son premier long-métrage, La Nuit des morts-vivants (1968), qui impose une créature inédite de par sa nature terriblement concrète et sa violence aveugle. Ces aspects, ainsi que la relation en miroir entre zombies et humains, sont développés dans les trois autres volets d’une tétralogie ad hoc : Zombie/Dawn of the Dead en 1978, Le Jour des morts-vivants en 1985, Land of the Dead en 2005. Puis Diary of the Dead, qui marque un retour fracassant du réalisateur à son meilleur niveau en 2007, et Survival of the Dead (2009) inaugurent une seconde tétralogie demeurée inachevée, comme vous le lirez plus loin.
Cela fait alors longtemps que Romero a décidé de faire contre mauvaise fortune bon coeur, acceptant de ne plus filmer que les cadavres ambulants réclamés par le public et les producteurs, mais s’en servant comme véhicules pour glisser les thèmes qui le préoccupent. Pourtant, dans son oeuvre passée, la forêt zombiesque cache l’arbre d’autres longs-métrages aux sujets bien différents, dont certains sont au moins aussi bons que les meilleurs titres de la saga en putréfaction. Pensez à Martin (1978) et son jeune héros se persuadant d’être un vampire moderne dans une ville industrielle désolée, aux Knightriders (1981) qui multiplient les spectacles de moto-cross pour perpétuer les valeurs des chevaliers de la Table Ronde au sein de l’Amérique profonde, ou encore aux Incidents de parcours (Monkey Shines, 1988) d’un hémiplégique entretenant une symbiose trouble avec son singe de compagnie.
De quoi nous faire regretter que Romero n’ait pas tourné davantage, dans tous les genres. Lui-même déclarait souvent se considérer encore comme un débutant, en regard des gens de la génération d’un John Ford, qui avaient réalisé assez de dizaines de longs-métrages pour maîtriser définitivement leur métier. Car des projets divers et variés, Big George en a toujours eu. Et jusqu’à la fin, comme le montre l’entretien qui suit et que nous avons retranscrit d’une manière inhabituelle. En effet, les journalistes ont coutume de modifier l’ordre des questions et des réponses, pour les besoins de la fluidité. Ici, nous avons au contraire conservé le fil d’une discussion à bâtons rompus au détour de laquelle l’intéressé nous offre le scoop d’une collaboration avortée avec un cinéaste-star, mais qui témoigne surtout de l’humour et de la générosité d’un génie modeste qui nous manquera.



Quels sont vos projets ?

Eh bien, j’avais l’idée de faire trois films de zombies qui découleraient de Diary of the Dead. Survival of the Dead était le premier d’entre eux, mais comme il n’a pas très bien marché au box-office, j’ai dû remiser les deux autres dans un tiroir, en attendant que les producteurs retrouvent de l’appétit pour les histoires de zombies. (rires) Entretemps, j’ai écrit un pilote de série télé sur les sorcières. Je travaille aussi sur un truc basé sur un roman écrit par un ami à moi, intitulé The Zombie Autopsies. Mais là, ce n’est pas du tout mon univers personnel – ce n’est pas mon genre de morts-vivants. L’auteur du livre est en effet un psychiatre et docteur en médecine, qui fait partie d’un groupe de scientifiques dont vous avez peut-être entendu parler. Cela a presque commencé comme une blague, mais ils se réunissent pour essayer de déterminer ce qui se passerait s’il y avait une véritable apocalypse zombie. (rires) Et lui, il étudie en particulier la condition médicale des créatures, et les éléments qui pourraient causer quelque chose comme une zombification. L’histoire parle ainsi d’un groupe de scientifiques, retranchés sur une île en pleine apocalypse, qui cherchent un remède. Car il s’agit ici d’un virus, et je vais donc à l’encontre de certaines des choses que j’ai posées par le passé. Mais c’est très amusant : le romancier et moi travaillons sur un scénario d [...]

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