Forum : Rambo: Last Blood d'Adrian Grunberg

Rambo: Last Blood

Le retour du vétéran John Rambo a bien sûr mis la rédaction sur le pied de guerre, et la sortie de projection fut suffisamment agitée pour qu’une discussion – forcément à couteaux tirés – s’impose. Ou comment Rambo: Last Blood a transformé la cave de Mad – où nous effectuons ces conciliabules – en véritable zone de guerre.
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F.F. Allez, je mets les pieds dans le plat : j’ai beaucoup apprécié Rambo: Last Blood. Mieux – ou pire selon les cas : plus j’y pense, plus je l’aime. Ce qui est intéressant, c’est que Stallone a longtemps voulu faire un remake d’Un justicier dans la ville, et j’ai l’impression que c’est ce qu’il fait avec ce Rambo V. Sauf qu’involontairement, il nous fait plutôt son Justicier de New York en mode mexicano, avec en prime un feeling maso à la Mel Gibson. Donc forcément, je prends. Rambo: Last Blood est presque le film que j’attendais. Je dis « presque », car il a réussi à me surprendre, notamment sur le développement du personnage de John Rambo, qui suscite d’ailleurs le débat aujourd’hui au sein de la rédaction. Cédric, je te vois atterré, par le film j’imagine, et peut-être aussi par ce que je viens de dire ! (rires)

C.D. Je comprends ton point de vue, mais ce qui me gêne justement, c’est que Last Blood n’est pas un Rambo. Le quatrième opus était encore dans la lignée des précédents, qui sont des films très ancrés dans les années 80, parce qu’ils parlaient du rapport des États-Unis à la guerre et de la condition de vétéran. Et c’était un vrai film de guerre, avec un cadre militaire. Ce qui n’est pas du tout le cas de Last Blood, qui pourrait être un Taken avec Stallone. J’étais mitigé en sortant mais maintenant, je trouve que c’est une vraie catastrophe. Pas en tant que film isolé, mais par rapport à la saga.

L.D. Justement, l’intérêt du film ne se situerait-il pas là ? Rambo l’ex-militaire est projeté pour la première fois dans un cadre social, et on s’aperçoit qu’en dehors d’un contexte guerrier, c’est un authentique monstre. Il se comporte dans la société civile comme sur le champ de bataille. Dans une guerre, tuer est autorisé et encouragé et il ne peut s’empêcher de reproduire ce schéma, même s’il recherche la paix. C’est son vrai drame. Je comprends que ce soit choquant par rapport à ce qu’on attend du personnage, mais c’est ce que je trouve intéressant ici. C’est dans la continuité de John Rambo, du moins du premier montage de celui-ci, avant que Stallone ne le modifie. Bien sûr, dans Last Blood, il va dézinguer les pires crapules qui soient, mais il est vraiment filmé comme un boogeyman, un monstre de film d’horreur.

C.D. D’ailleurs, la dernière partie tourne même au slasher. Autant la scène de traque du premier film fonctionne avec son côté survival, mais là, non. Rambo n’est pas un slasher. C’est justement ce que je leur reproche, ils en font un simple boogeyman, une machine à tuer.

L.D. Je vois ça comme un aveu. Dans le premier film, en utilisant les mêmes stratagèmes, il faisait attention à ne tuer personne. Là, il n’en a plus rien à foutre ! Parce qu’il est fou ! Quand il laisse ressortir sa violence, il ne peut plus s’arrêter. Il n’a aucun scrupule et ne se soucie pas de la justice des hommes, seulement de la sienne.

C.D. Oui mais si tout cela avait pu être inscrit dans un meilleur scénario et une mise en scène qui tienne la route, d’accord… Là, les dialogues sont consternants et le film est laid, on dirait un mauvais pilote de série télé. Et surtout, il existe un film quasi identique et beaucoup plus réussi : Homefront, qui est d’ailleurs coécrit et produit par Stallone.



G.E. Franchement, je ne vois pas du tout où est la folie du personnage, je ne trouve pas qu’il soit présenté comme un fou. Il est montré comme un mec qui fait ce qu’il a à faire, je n’ai pas du tout ressenti cette ambivalence d’un mec hyper efficace mais qui est, au fond de lui, complètement dingue.

L.D. Rambo a la possibilité de vivre dans un joli ranch à l’air libre et il a préféré creuser des tunnels, les remplir de ses souvenirs de guerre et s’installer dedans. Il est enfermé dans son propre esprit, les tunnels représentent le labyrinthe mental dans lequel il est perdu. C’est certes un peu maladroit, mais c’est très parlant.

G.E. C’est juste que c’est un misanthrope, mais le film ne creuse aucune ambivalence.

C.D. Enfin, le film essaye de creuser cette ambivalence mais n’y parvient pas parce qu’il manque de finesse. Rambo n’a jamais autant parlé et en plus, on entend en permanence ses pensées en voix off…

G.E. C’est un peu symptomatique du cinéma d’aujourd’hui. Les états d’âme des personnages qui devraient être exprimés dans le creux de la mise en scène sont assénés à grands coups de dialogues et de voix off. De toute façon, ce n’est plus Rambo. Mais Stallone est coutumier du fait. Déjà, dans Rocky II, on avait l’impression que le personnage-titre n’était plus le même que dans le premier opus. Dans tous les autres Rambo, le personnage est poussé à la guerre contre son gré, alors qu’il n’en peut plus…
F.F. C’est aussi le cas dans Last Blood.

G.E. Non, là, il effectue une vengeance personnelle. Il n’a plus cette « malédiction » d’être une machine à tuer, il a des raisons personnelles d’agir comme il le fait, le personnage est vraiment rétrogradé et les intentions psychologiques du script sont ridicules. J’ai été atterré par le film.

F.F Je trouve j [...]

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Commentaire(s) (1)
G.C.M
le 06/12/2019 à 17:33

moi comme FF, je m'attendait à une bouse réac' limite fasciste indéfendable et puis j'ai bien aimé

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