En couverture : LES GARDIENS DE LA GALAXIE VOL.2 de James Gunn

Les Gardiens de la Galaxie Vol.2

Les Gardiens de la galaxie reste l’une des productions les plus inventives, captivantes et sincères de l’écurie Marvel. Attendue au tournant, sa séquelle arrive dans le contexte d’une industrie figée, les majors ré-exploitant de plus en plus dangereusement leurs formules. Transfuge d’un cinéma joyeusement grossier et furieusement indépendant, James Gunn semble avoir toutes les cartes en main pour s’écarter des comic-book movies actuels, et ancrer Les Gardiens de la galaxie vol. 2 dans la tradition de Lucas et Spielberg. Un juste retour des choses, quand on sait que le réalisateur d’Indiana Jones adore le premier volet !
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En tournée pour Le BGG – le bon gros géant, Steven Spielberg déclarait sa flamme au space opera déjanté de James Gunn ; mais un an plus tôt, le cinéaste prédisait aussi la disparition imminente des films de super-héros. « Nous étions là quand le western est mort, et il arrivera un jour où les super-héros connaîtront le même sort. » À l’heure où la Fox s’essaie ironiquement au western avec Logan, où Marvel entame sa phase 4 et où DC tente désespérément de rattraper son retard sur la concurrence, il est très instructif d’étudier le marché du comic-book movie sous l’angle le plus commercial. Il se dégage déjà du cas DC/Warner un paradoxe passionnant : malgré les chiffres décevants et l’assassinat critique de Batman v Superman : l’aube de la justice, Suicide Squad est parvenu à capitaliser sur une campagne promo experte. S’il restera dans l’Histoire comme l’une des pires superproductions hollywoodiennes de ce début de XXIe siècle, le film a rapporté près de 800 millions de dollars à travers le monde. Quant aux vidéos de type « trailer reaction » ayant suivi la bande-annonce de Justice League, elles continuent de mettre en scène des hordes de nerds hystériques, fondant en larmes devant un ralenti sur la croupe de Wonder Woman. Côté Marvel, on savoure aussi une ère glorieuse, car aucune production maison ne s’est pour le moment fracassée sur le mur du box-office international. Même les controverses envahissantes quant au pouvoir inquisiteur de Kevin Feige et des pontes de Walt Disney (Edgar Wright et Joss Whedon en ont fait les frais) ne parviennent à entamer la popularité du studio auprès des geeks. Dans ce monde de contradictions, il reste possible d’apercevoir un petit grain de sable qui s’agite dans l’engrenage. S’il a rapporté beaucoup d’argent, Doctor Strange est par exemple loin d’avoir brisé des records avec ses 677 millions de recettes monde, tout comme Captain America : Civil War, qui a rapporté 400 millions de moins que le premier Avengers quatre ans plus tôt. Toujours au beau fixe, les comptes de Marvel s’appuient sur des acquis solides, mais se montrent incapables d’élargir leur cible. La formule imposée par Feige, grand marionnettiste de cet univers partagé dont tout Hollywood s’inspire (il suffit de voir Kong : Skull Island), ne se prête guère à la remise en question. Ses derniers projets ont soit recyclé des concepts probants (Doctor Strange est un remake d’Iron Man, dégraissé de tout ce qui pouvait le rendre un tant soit peu subversif), soit réactivé une dynamique au bord de l’essoufflement. Le dernier Captain America fait en cela preuve d’une audace totalement artificielle, réduisant un sujet politiquement foisonnant à une querelle interne très anecdotique. Divertissant et plutôt bien fichu, Civil War trahit en permanence ses calculs stratégiques. C’est aussi le cas des premières images de Spider-Man : Homecoming, fruit de plusieurs années de négociations entre les avocats de Marvel et Sony Pictures, dont les deux Amazing Spider-Man ont été – à juste titre – boudés par les fans. Si le long-métrage ne ressemble pas au final à un vulgaire collage, ce sera déjà une victoire. S’il parvient à faire entendre sa voix à travers les centaines de clauses contractuelles émises par les différentes parties, ce sera carrément un miracle.



L’OUTSIDER

Alors que les premières photos de Thor : Ragnarök évoquent plus Don’t Stop the Music des Village People qu’une grande épopée viking (attendons tout de même le film pour juger), que le tournage d’Avengers : Infinity War a déjà commencé sous la direction des frères Russo (qu’on espère aussi en forme que pour Le Soldat de l’hiver), et que Netflix prépare le terrain pour un crossover entre différentes séries télévisées (Iron Fist, la dernière en date, est un désastre), James Gunn continue tranquillement son petit bout de chemin. « Tranquillement », car contrairement à ses confrères, l’auteur de Tromeo & Juliet, Horribilis et Super est parvenu à signer un accord inédit au sein du studio, le délestant des clins d’oeil obligatoires aux longs-métrages produits en parallèle. Si Les Gardiens de la galaxie premier du nom s’inscrivait directement dans la timeline Marvel et mettait en scène Thanos, grand méchant des deux prochains Avengers, la séquelle se pose comme un véritable « stand alone » ; une option rendue possible grâce au triomphe inattendu de l’original et par son argument de space opera. Bon joueur, Gunn accepte tout de même de se plier au jeu des « tags » chers à Marvel, en prévoyant dès l’écriture deux séquences destinées au générique de fin. « Mes tags pour le premier film, c’était Baby Groot qui danse, et ce putain de Howard le Canard ! » se vante le cinéaste. « L’avenir de l’univers Marvel ne va pas être bouleversé par mes nouveaux tags. Attendez-vous à des trucs sacrément stupides ! » Visiblement, les easter eggs disséminés ici et là vont dans le même sens. « Nous avons les easter eggs les plus idiots de toute l’Histoire de Marvel. Ils sont incroyablement obscurs, c’en est même ridicule ! » Si Gunn voulait ironiser sur le cahier des charges de ses employeurs, il ne s’y prendrait pas autrement.



I AM GROOT

Propulsé du jour au lendemain au sommet de la chaîne hollywoodienne sans pour autant se compromettre d’aucune façon, James Gunn reçoit des dizaines de propositions au lendemain des Gardiens de la galaxie, troisième plus gros succès mondial de l’année 2014. Comme Joss Whedon suite au triomphe d’Avengers, le cinéaste choisit de rester fidèle à Kevin Feige, qui lui commande sans attendre le script d’une séquelle. « Quand Les Gardiens de la galaxie est sorti » précise Feige, « James est parti écrire dans son coin. Il est revenu quelques mois plus tard avec un traitement ultra dense. Comme toujours, on était en plein milieu de plusieurs projets, qui n’étaient vraiment pas faciles à gérer. On jonglait avec des intrigues très différentes, et James nous a livré un traitement de 64 pages ! Je l’ai d’abord maudit : pourquoi ne pas me donner quatre pages ? En lisant, j’ai changé d’avis. L’évolution des personnages, les gags et les scènes-clés touchaient dans le mille. Je me suis dit que j’au [...]

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Commentaire(s) (1)
banditmanchot
le 17/04/2017 à 13:09

J'ai hâte !

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