DVD MAD (N°330)

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La collaboration entre Richard Matheson et le producteur James H. Nicholson remonte au début des années 1960, aux adaptations d’Edgar Poe pour le compte de Roger Corman. Quand en 1971, il se sépare de son partenaire Samuel Z. Arkoff pour voler de ses propres ailes, Nicholson pense immédiatement à porter à l’écran le livre La Maison des damnés de Matheson. Ça tombe bien : les droits sont libres, le producteur Stanley Chase n’ayant jamais concrétisé son projet d’adaptation. À l’époque, l’écrivain rêve de confier les rôles des extralucides à Richard Burton et Elizabeth Taylor, et ceux du scientifique et de sa femme à Rod Steiger et Claire Bloom. Il devra revoir ses ambitions à la baisse. « J’ai bien réagi à l’embauche de Clive Revill et à Gayle Hunnicutt » assure-t-il. « En revanche, Pamela Franklin me semblait beaucoup trop jeune pour le rôle et, selon moi, Roddy McDowall n’était pas à sa place. Avec le temps, en revoyant le film, je m’y suis fait. Comme je me suis également habitué à sa musique électronique. J’ai fini par accepter La Maison des damnés tel qu’il est, oubliant ce que j’avais en tête lorsque j’étais en train de l’écrire. » Une maison qui entretient certains points communs avec une autre, La Maison du diable de Robert Wise, tourné dix ans plus tôt : des lieux supposés hantés, des événements surnaturels, la dispute entre un scientifique défendant une explication rationnelle et des médiums soutenant la thèse d’un belliqueux défunt… Mais dans La Maison du diable, le scénariste Nelson Gidding et Robert Wise suggèrent que les fantômes pourraient n’exister que dans l’esprit d’une femme troublée. Rien de tel dans La Maison des damnés où, clairement, Matheson illustre la thèse d’un authentique esprit frappeur qui se refuse au repos éternel. D’ailleurs, dans son script, il décrit précisément l’ectoplasme qui se glisse sous les draps de Pamela Franklin lors de la séquence du viol. À l’écran, plus rien, sinon des objets qui bougent. « Ils ont préféré la suggestion » pointe l’auteur qui, au passage, signale qu’il a dû alléger le contenu sexuel assez prononcé du roman. De son côté, le réalisateur John Hough veille surtout à ce que son troisième long-métrage s’éloigne autant que possible de celui de Robert Wise, en particulier sur le plan stylistique. « Je n’ai vu La Maison du diable qu’après achèvement complet de notre scénario » déclare-t-il. « Il y a bien des points communs. Inévitable lorsqu’on aborde un sujet pareil, mais j’ai fait de mon mieux pour ne pas tomber sous l’influence de mon prédécesseur. » De fait, le cinéaste met en images La Maison des damnés de la même manière qu’il avait illustré, en tant que réalisateur attitré ou réalisateur de seconde équipe, ses 21 épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir. Contre-plongées, grand-angulaire, gros plans, reflets sur des surfaces lisses, profondeurs de champ poussées au maximum… Des recours techniques et mignardises plastiques parfaitement adaptés à l’environnement baroque voulu par Hough et relayés par le chef-opérateur Alan Hume, transfuge de la même série. Un décorum gothique sans doute un peu trop chargé à une époque où le fantastique poursuit une mue amorcée par La Nuit des morts-vivants et portée à son pinacle par L’Exorciste. Mais qui fonctionne cependant, depuis les plans du sinistre manoir nappé d’un épais brouillard à la révélation du mystère de la possession des lieux. La Maison des damnés clôt également en beauté la carrière de James H. Nicholson, mort le 10 décembre 1972 d’une tumeur au cerveau, six mois avant que son ultime production n’arrive sur les écrans.

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