DVD/Blu-ray/VOD N°315

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FLAGELLATIONS I MORTELLES CONFESSIONS
Zone B. Artus Films. 
MORT AUX JEUNES !

Artus se lance dans le Blu-ray avec le méconnu Pete Walker. Bon choix, puisque l’Anglais a fomenté, loin de la tradition gothique, une horreur sociale aux conclusions iconoclastes.
Si vous ne connaissez pas Pete Walker, nous vous le présenterons ainsi : c’est vraiment un cas. Bon nombre de ses films répondent en effet à un schéma obsessionnel, voyant de vieux bigots (souvent issus des institutions établies) persécuter des jeunes gens aux moeurs légères. Cela commence très fort avec Flagellations (House of Whipcord, 1974), où un séduisant rabatteur attire une top-modèle – qui a fait sensation avec un shooting déshabillé au milieu d’un parc public – dans une sorte de prison privée. Là, des retraités de l’institution pénitentiaire appliquent une discipline de fer sur des donzelles captives, étant convaincus que la justice les a trop légèrement condamnées pour les menus délits dont elles sont coupables…

Quant à Mortelles confessions (House of Mortal Sin, 1976), il se concentre sur un prêtre rigoriste qui se plaît sadiquement à faire culpabiliser ses jeunes paroissiennes à la cuisse facile, et se met même à multiplier les meurtres quand sa rencontre avec l’héroïne le rend définitivement fou de désir et de jalousie. À cause de ses techniques homicides jouant à plein du contexte clérical, certains ont vu ce film – et d’autres de Walker – comme un équivalent anglais au giallo ou comme un précurseur du slasher. Mais il y a une différence de taille : le cinéaste ne pratique guère le whodunit révélant l’identité de l’assassin à la dernière minute. Au contraire, il suit du début à la fin le parcours sanglant de personnages volontiers démesurés.
David Vidéotopsie Didelot a donc sûrement raison quand, en bonus, il parle des oeuvres de Pete Walker comme d’objets politiques complexes, et suggère que leur auteur était en fait un « anarchiste de droite ». En voyant ces deux longs-métrages flirtant avec l’heure trois-quarts, on est en effet frappé par le fait que la résolution de l’intrigue ne débouche pas sur une conclusion rapide et pétaradante. À la place, nous avons droit au développement de tout un dernier acte pendant lequel les méchants vioques s’enfoncent dans la démence, ce qui leur donne une certaine envergure et les rend bizarrement touchants. À l’inverse, les jeunes victimes sont systématiquement dépeintes comme inconsistantes, écervelées, et menant une existence assez vide. Flagellations s’ouvre ainsi par un exergue qui est restée dans les annales : « Ce film est dédié à ceux que le relâchement des codes moraux actuels inquiète et qui attendent impatiemment le retour du châtiment corporel et de la peine de mort… ». Ironiquement ?

G.E.




HANGOVER SQUARE DE JOHN BRAHM 
Zone B. Rimini Éditions.

Guidé par la musique de Bernard Herrmann, composée avant que ne se tourne le film, John Brahm réalise avec Hangover Square l’un de ses chefs-d’oeuvre. Principalement animé par Laird Cregar (déjà dans son Jack l’Éventreur un an plus tôt), George Sanders et Linda Darnell, Hangover Square se penche en 1945 sur le cas de George Harvey Bone, un compositeur psychologiquement fragile qui bascule dans la folie criminelle dès que des sons discordants lui transpercent le cerveau. Et le brave type de tuer quiconque le contrarie, incapable ensuite de se souvenir de ses actes. Manipulé par une chanteuse de cabaret, de plus en plus instable, Bone pourrait récidiver…
Au-delà du soin qu’il apporte à une atmosphère gothique très Whitechapel (le récit se situe dans le Londres de 1899), John Brahm exploite merveilleusement toutes les ressources de ce scénario, à commencer par la dimension psychanalytique de la double personnalité de son héros. Rien à voir avec le cliché Jekyll/Hyde. De l’inouï meurtre en caméra subjective du début aux flammes du dénouement, le cinéaste fait également la démonstration d’une virtuosité éblouissante, particulièrement dans la scène du concert, l’un des morceaux d’anthologie d’une oeuvre au romantisme sombre.
Profitant d’une remasterisation 4K qui optimise les [...]

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