Dossier Tsui Hark : Méfaits spéciaux

Depuis le début des années 2010, le retour en grâce du génial metteur en scène hongkongais dans le giron de la Chine Populaire semble enfin lui assurer des moyens à la hauteur de ses ambitions visuelles. CGI, 3D, HFR : Tsui Hark étanche la soif d’innovation incontrôlée qui l’anime depuis ses débuts, mais à sa très singulière façon, dans un mélange d’impulsivité, de précipitation, et d’authentique génie visionnaire. Retour sur une évolution chaotique avant la miraculeuse sortie française, le 8 août prochain, du très attendu Détective Dee : la légende des Rois célestes.
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Lorsque Tsui Hark se lance dans la production de Zu, les guerriers de la montagne magique au tout début des années 1980, l’industrie hongkongaise vit son Moyen-âge des effets spéciaux. Encore sous le choc de sa vision de Star Wars, le réalisateur engage comme consultants techniques Peter Kuran et Robert Blalack, deux techniciens émérites du film totem de George Lucas. Les Hongkongais se forment aux effets optiques, au compositing, au blue screen. Ils élaborent le patron virevoltant de tous les combats câblés cinématographiques des deux décennies à venir. La production de Zu… accuse du retard, des dépassements de budget conséquents. La générosité vertigineuse du spectacle a beau renverser tous les manquements techniques sur son passage, le film ne gagne les deniers du culte qu’a posteriori. Tsui Hark ne se décourage pas, il va progressivement pimper la production locale. En amont de la production du premier Histoires de fantômes chinois en 1986, il crée Cinefex Workshop, sa propre structure consacrée aux effets spéciaux. En réalité, une seule personne, le Philippin Justo D. Cascante III, homme à tout faire du réalisateur installé dans les locaux du studio Film Workshop créé en 1984 par Tsui Hark. Selon Laurent Courtiaud, coscénariste de Black Mask 2 : City of Masks, « la légende veut que Tsui lui ait offert un bouquin d’ILM sur les effets spéciaux de Star Wars et lui a dit : « Voilà, tu es maintenant en charge de Cinefex. ». » Justo se fait la main sur les faux décors de Shanghai Blues, tâte des premières images de synthèse sur l’adaptation live de La Cité interdite puis sur le merveilleux Green Snake, et son serpent doré qui fait franchement tache à l’écran, même pour l’époque. Courtiaud et son collègue Julien Carbon soulignent néanmoins qu’il s’agit du point crucial du rapport de Tsui Hark aux effets spéciaux, et du contrat passé avec le spectateur : « C’est l’idée qui prime. Si les effets ont une limite, il le fait quand même. Il a toujours eu les yeux plus gros que le ventre, ça crée une scission auprès des spectateurs et Green Snake en est le meilleur exemple. Soit tu bloques sur le fait que les effets spéciaux ne sont pas crédibles, soit tu es tellement ému par le film, la performance des actrices et l’histoire que plus rien n’a d’importance. C’est notre cas : Green Snake est l’un de nos films préférés. ».




LES LARMES AMÈRES DE BLACK MASK 2
Dans la deuxième moitié des années 1990, Tsui Hark se frotte de nouveau aux images de synthèse dans ses deux films avec Jean-Claude Van Damme. L’explosion foutraque du Colisée dans Double Team et les mouvements de caméra impossibles à l’intérieur des objets dans Piège à Hong Kong se retrouveront en version nettement améliorée dans son premier chef-d’oeuvre du XXIe siècle, le bouillonnant Time and Tide, profession de foi cinégénique d’un artiste qui s’épanouit avant tout dans le chaos. Le réalisateur enchaîne sur Black Mask 2 : City of Masks, fausse suite du film de Daniel Lee à la production bien chaotique, justement, où Hark multiplie les plans aériens fous et les effets de synthèse, appliqués cette fois à des personnages. Aux premières loges, Julien Carbon et Laurent Courtiaud composent au quotidien avec l’exigence à géométrie variable du maître. « En réunion de préparation, un spécialiste des effets spéciaux américains arrive avec une tête de lézard et dit à Tsui : « Bon, avec le temps et le budget qu’on a eu, ça peut passer en plan large, dans l’obscurité. On ne peut pas faire mieux. ». Et évidemment, Tsui filme en gros plan, éclairé plein pot… Le type pleurait à côté. « C’était mon rêve de travailler avec vous, s’il vous plaît, n’utilisez pas ça… » On pleurait un peu aussi, hein… » La vraie rupture avec toute suspension d’incrédulité visuelle s’opère sur Legend of Zu (2001), dans lequel Tsui Hark tente l’aventure du quasi tout numérique. Des dizaines de plans somptueux, une fabuleuse scène d’attaque de temple par des démons dissimulé [...]

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