"Starship Troopers", 25 ans de subversion

Starship Troopers

Starship Troopers sort en France le 21 janvier 1998. Étouffé dans l’œuf par le phénomène Titanic, cette farce politique visionnaire doit rapidement faire face à une campagne de dénigrement absurde, Paul Verhoeven étant pointé du doigt pour apologie du fascisme ; un traitement indigne que les années auront permis de corriger. Ayant prédit le 11 septembre, la montée de la désinformation sur le Net et les dérives sectaires du XXIe siècle, Starship Troopers méritait bien que l’on retrace sa passionnante histoire à l’occasion de son vingt-cinquième anniversaire.

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.Le roman Starship Troopers (Étoiles, garde-à-vous ! en France) paraît chez G. P. Putnam's Sons en 1959. Son auteur, l’ancien officier de la Navy Robert A. Heinlein, ne cache pas sa volonté d’exposer des idées politiques radicales en réaction à des campagnes d’opinion contre le développement de l’armement nucléaire américain. « Le livre est une merde fasciste » nous glisse dans l’oreille Paul Verhoeven, un sourire narquois au coin des lèvres. Si un cinéaste pouvait s’emparer d’un tel pamphlet droitiste pour en tirer une vaste blague anarchiste, c’était bien lui…


QUESTION DE TIMING

Vers 1991, Ed Neumeier et Jon Davison, respectivement scénariste et producteur de RoboCop, décident de creuser un concept pour le moins inattendu. « J’avais toujours voulu réaliser un film d’insectes géants » avoue Davison, « quelque chose qui rendrait hommage aux vieux films de Ray Harryhausen ou de Roger Corman. »

En quelques semaines, Neumeier boucle le traitement de Bug Hunt, une série B de luxe évaluée à 40 millions de dollars, dans laquelle des soldats de l’espace chassent des blattes sur des planètes hostiles. Le duo rencontre Joe Dante, mais le développement s’enlise en raison d’une structure narrative encore trop fragile.

Le producteur a soudain l’idée de vérifier la disponibilité des droits de Starship Troopers… et s’empresse de les acheter. Bug Hunt devient une adaptation officielle du roman de Heinlein concoctée par une équipe qui méprise ouvertement son idéologie. Rapidement contacté pour produire une centaine de plans de stop motion, Phil Tippett doit déclarer forfait, le nombre de créatures apparaissant à l’écran se prêtant mal à la technique de l’animation image par image.



Une bleusaille happée par un arachnide lors de l'assaut de Klendathu.


Deux ans plus tard, Ed Neumeier et Jon Davison sont invités à une projection privée de Jurassic Park, dont les dinosaures numériques ont été « supervisés » par leur vieil ami Tippett. Les deux hommes en ressortent galvanisés : Spielberg et ses collaborateurs viennent tout simplement de révolutionner le 7e Art, ouvrant en grand les portes d’un imaginaire jusqu’alors interdit.

Alors qu’il vient de boucler le grand final de Coneheads, bref retour à la stop motion avant que la déferlante numérique n'emporte tout sur son passage, Tippett reçoit un nouvel appel de Davison et Neumeier, et n’est cette fois-ci plus en position de refuser.

« SurJurassic Park » explique l’artiste, « nous avions animé le T-Rex et les raptors en utilisant un D.I.D., c’est-à-dire une armature de stop motion connectée à un ordinateur. Ensuite, on a dû créer un monstre un peu cartoonesque pourTrois vœux de Martha Coolidge – c’était notre première vraie expérience en autonomie totale dans le domaine des images de synthèse.Starship Troopers, c’était un tout autre niveau. »

Obtenant en 1994 l’accord oral du superviseur VFX (qui signera son contrat final le 3 août de l’année suivante), Davison et Neumeier peuvent faire du charme à celui qu’ils considèrent comme le réalisateur idéal. Leurs retrouvailles avec Paul Verhoeven ont lieu un an et demi après le triomphe planétaire de Basic Instinct, et bien qu’il soit devenu l’un des cinéastes les plus bankables au monde, le Hollandais fou ne se fait pas prier.

L’idée de retravailler avec Tippett sur une épopée de science-fiction aux fortes résonances politiques est déjà excitante en soi, mais ce blockbuster lui permettra également de retomber sur ses pieds si son projet en cours, Showgirls, venait à échouer…



Paul Verhoeven donne des indications à Casper Van Dien durant le tournage.


LE TEST

Sur les murs du bureau de Jon Davison, installé dans les locaux de Sony Pictures, une affiche de L'Attaque des crabes géants de Roger Corman donne le ton. Starship Troopers a beau nécessiter des trucages avant-gardistes et des moyens hors du commun, l’intention sous-jacente est de ravir les fantasmes puérils du producteur. « Je comprends maintenant, c’est ce film qu’on est en train de faire » hurle un Verhoeven hilare lorsqu’il aperçoit le poster pour la première fois.

De l’autre côté du couloir, l’atmosphère est moins chaleureuse : devant les premières estimations budgétaires (dont 20 millions de dollars pour environ 200 plans d’insectes numériques), le service comptable de Sony fait grise mine. Résilient, Davison propose au studio d’investir deux millions de dollars dans un test de soixante secondes qui permettrait de démontrer le potentiel des effets visuels et servirait à mieux cadrer les enjeux de la production. Cofondateur d’Orion Pictures (société de production derrière Terminator et RoboCop) et depuis peu président de TriStar, Mike Medavoy cède.

Avec l’argent ainsi débloqué, le cosuperviseur Craig Hayes (créateur d’ED-209 en 1987) peaufine le design du guerrier arachnide et produit une marionnette articulée d’une quarantaine de centimètres, que Tippett Studio scanne et recrée en images de synthèse.

Avec une équipe réduite (un acteur, le superviseur des effets de plateau Steve Frakes et un preneur de son), Paul Verhoeven tourne dans les Vasquez Rocks, près de Los Angeles, une séquence percutante où un soldat est poursuivi puis déchiqueté par une araignée géante. Mixé en Dolby Surround, le « Bug Test » ne déclenche pas immédiatement l’approbation de la major. Medavoy, qui soutenait jusqu’ici le projet, est en effet renvoyé du jour au lendemain, et le nouveau comité de direction voit d’un mauvais œil cet étrange space opera interdit aux moins de 17 ans.

Davison décide de louer une salle de projection au sein de Sony pendant six mois et d’y projeter le test chaque jour à heure fixe. Sony finit par accepter de garantir la moitié du budget, à savoir 50 millions de dollars en échange des droits nord-américains du film, si le producteur parvient à trouver le reste du financement ailleurs. Davison s’empresse de montrer le test à Joe Roth, président de Walt Disney Motion Pictures Group. Impressionné, celui-ci lance illico : « Il n’y a même pas à réfléchir, j’en suis. ». Censée durer environ cinq mois, la préproduction peut officiellement commencer.



La mémorable séquence de l'assaut de l'avant-poste par une horde d'arachnides.


PLEIN FORMAT

Jon Davison et Paul Verhoeven composent une dream team plusieurs fois récompensée. Le direct [...]

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