DOSSIER : PREDATOR STORY

Ce 17 août, PREDATOR ressort dans les salles françaises, près de trente ans après son exploitation originelle. L’occasion rêvée de se pencher sur la genèse à haut risque de ce joyau cinématographique majeur, marquant un tournant dans la carrière d’Arnold Schwarzenegger et propulsant sur orbite un certain John McTiernan…
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1985. Deux scénaristes débutants du nom de Jim et John Thomas, sans agent ni argent, décident de rédiger un « spec script », c’est-à-dire un scénario non sollicité par qui que ce soit, en espérant que quelqu’un acceptera de le parcourir. Après tout, Stallone avait fait de même avec Rocky, avec le succès que l’on connaît. Incertains quant à la direction à prendre, les deux frangins ont justement une illumination en allant voir Rocky IV de Sylvester Stallone, dans lequel le boxeur met une raclée au mastodonte soviétique Ivan Drago. « Maintenant qu’il a battu tout le monde sur le ring » lance l’un des frères, « qui va-t-il bien pouvoir affronter ? ». « Un extraterrestre ! » rétorque l’autre. Le concept de Predator vient de naître. Quelques mois plus tard, un scénario intitulé Hunter est prêt à circuler. Après des dizaines de tentatives infructueuses, les Thomas parviennent à glisser le fruit de leur labeur au service courrier de la 20th Century Fox. Un exécutif du nom de Michael Levy découvre le manuscrit entre deux réunions… et se rue vers le bureau du grand patron d’alors, Lawrence Gordon. Convaincu par l’enthousiasme de Levy, le grand manitou sécurise le projet pour quelques centaines de milliers de dollars. Projetés dans les hautes sphères hollywoodiennes, les frères Thomas doivent désormais collaborer avec le jeune John Davis, nommé par Gordon pour produire le long-métrage. Pour compenser le manque d’expérience de Davis, on fait également appel à Joel Silver, qui vient d’enchaîner les cartons avec 48 heures, Une créature de rêve, Commando et Jumping Jack Flash, et s’apprête à mettre sur pied L’Arme fatale chez la Warner, d’après un script de Shane Black. Silver approuve Hunter, à condition qu’Arnold Schwarzenegger en soit la vedette. Cherchant à laver sa réputation après Kalidor – la légende du talisman, que Dino De Laurentiis vient de monter dans le dos, Arnold voit dans Hunter l’occasion d’imposer pour de bon son pouvoir sur l’industrie. Selon une logique de réévaluation permanente, caractéristique de ce self-made-man proche de Reagan, la star demande un salaire de trois millions de dollars. La Fox accepte, sans condition. L’influence d’Arnold sur Gordon et Silver lui permet également de commander des modifications drastiques : alors que le scénario de départ opposait une équipe d’extraterrestres à un militaire isolé, Schwarzenegger exige qu’on inverse le rapport de force, et que le héros soit entouré d’un commando de gros bras en hommage à deux de ses films favoris, La Horde sauvage et Les Sept mercenaires. De son côté, la Fox demande aux Thomas d’abandonner l’idée d’une créature télépathe et polymorphe, trop complexe à réaliser avec les technologies d’alors. Reste désormais à trouver le réalisateur. Alors que Silver verrait bien un vieux routard (notons qu’il confie parallèlement L’Arme fatale à Richard Donner), John Davis, dont c’est le premier film, recherche au contraire du sang neuf. C’est par hasard qu’il découvre Nomads, excellent thriller atmosphérique semblant coûter beaucoup plus que son budget d’un million de dollars. Arnold approuve : il faut confier Hunter à John McTiernan.



LES JOIES DU SYSTÈME
« À l’époque où on m’a proposé Predator » se souvient John McTiernan, « J’avais réalisé deux longs-métrages, dont un seul avait été distribué en salles, ainsi qu’une douzaine de courts-métrages. J’ai donc essayé d’aborder le projet comme s’il s’agissait d’un petit film. » Plus facile à dire qu’à faire quand on hérite d’une enveloppe de 18 millions de dollars. Pendant plusieurs mois, McTiernan prépare scrupuleusement le film en compagnie de Joel Silver, dont l’omniprésence en coulisse est évoquée par Shane Black lui-même dans les bonus du DVD collector. McT est si impliqué qu’il dépasse d’ailleurs les bornes, du point de vue de ses producteurs. « Les auteurs avaient écrit cette histoire à propos d’un extraterrestre qui part chasser sur Terre et fait une erreur en s’attaquant à la mauvaise proie » poursuit le réalisateur. « Le studio avait sans doute en tête une combinaison entre Alien et Rambo, mais pas moi. Je voulais presque tout changer. Dans ma version, Arnold et son équipe devaient sauter en parachute depuis l’hélicoptère pour secourir un pilote disparu dans la jungle. Ce pilote faisait partie d’une mission de reconnaissance secrète. Le gouvernement ne pouvait pas le secourir officiellement, et envoyait donc ce commando sur place. Ce pilote avait un beeper sur lui, et les héros suivaient son signal. Le beeper n’arrêtait pas de changer de position, et se déplaçait très rapidement. Donc, pendant trois jours, le commando traque le pilote, et soudain, le beeper arrête de bouger, tout près de leur position. Sur place, les héros regardent partout autour d’eux, mais il n’y a rien. Un des militaires pense à regarder vers le haut, et voit le cadavre du pilote perché à plus de cinquante mètres, apparemment mort depuis une semaine. Voilà comment je voulais commencer Predator. » Fier de sa nouvelle version, McT l’expose à ses employeurs, qui le massacrent. Régie par un système syndicaliste ultra-sectaire, l’industrie hollywoodienne rappelle le jeune réalisateur à sa place : celle d’un artisan lambda, chargé de mettre en images la vision de quelqu’un d’autre. « Ils ne voulaient surtout pas que le réalisateur se mêle du script. C’était une menace pour eux. J’ai appris à la fermer, et je n’ai apporté que des changements modestes pendant le tournage. » Souhaitant tourner en Cinémascope, McT doit également se contenter d’un format 1.85, moins coûteux en termes d’effets visuels. Les pressions du studio se font enfin sentir au niveau du casting, McTiernan étant harcelé pour engager des vedettes superficielles pour l’ensemble des seconds rôles. En imposant leurs propres troupes (Bill Duke et Jesse Ventu [...]

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