Cinéphages n°326

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ARCTIC
2019. Allemagne/USA. Réalisation Jonas Åkerlund. Interprétation Mads Mikkelsen, Vanessa Hudgens, Katheryn Winnick… Disponible en SVOD (Neflix).
POLAR
2018. Islande. Réalisation Joe Penna.Interprétation Mads Mikkelsen, Maria Thelma Smáradóttir. Sorti le 6 février 2019 (Les Bookmakers/The Jokers).
Découvert dans la saga Pusher du cinéaste et cinéphile psychrotronico-nombriliste Nicolas Winding Refn, le Danois Mads Mikkelsen arbore une telle trogne qu’on le verrait bien jouer le méchant de service dans un James Bond (genre Casino Royale ?). Voir reprendre le rôle de Hannibal Lecter (dans une série par exemple ?). Désormais squatteur de seconds rôles dans les blockbusters marvelo-starwarsiens du moment (Doctor Strange, Rogue One : A Star Wars Story), Mad Mads tient aussi des premiers rôles dans des productions plus discrètes. Que ce soit pour l’art ou pour la thune. Visiblement pour la thune avec Polar, la production Netflix geek et bis du mois où l’acteur joue un tueur professionnel aussi psychopathe que le Punisher, aussi bourru que Lino Ventura dans Les Barbouzes, et qui cherche désespérément à raccrocher les flingues. Sauf qu’il devient la cible de son employeur. Le long-métrage vire alors au pur shoot’em up (il s’inspire d’ailleurs pas mal du film du même nom avec Clive Owen lors d’une scène de copulation meurtrière), avec à la clé un bodycount qui n’a pas à rougir face à celui de 58 minutes pour vivre, explosion d’avion comprise. Méchant caricatural – genre frère Rapetou version nazillon –, filtres colorés rappelant le Tony Scott des eighties, bimbos bêtasses sorties tout droit d’un Marc Dorcel (dont l’une turlute Johnny Knoxville), cadrages vaguement pop renvoyant aussi bien aux cases du roman graphique dont le film est tiré qu’aux clips de Madonna et Lady Gaga sur lesquels le réalisateur suédois Jonas Åkerlund a officié (en plus de réaliser Spun en 2002 et Lords of Chaos en 2018)… À force d’en faire trop dans le genre fun gore décomplexé, Polar finit par générer une certaine lassitude.
Impossible toutefois de réduire Mikkelsen à cette beauferie anti-Télérama : dans la lignée de son rôle dans La Chasse de Thomas Vinterberg, qui lui valut en 2012 le Prix d’Interprétation Masculine à Cannes, il est ce mois-ci à l’affiche du bien plus sobre Artic du Brésilien Joe Penna (présenté, lui, à Cannes 2018). Seul dans l’immensité polaire après le crash de son avion, Mads tente de survivre à -70 degrés en pêchant du poiscaille bio, en échappant à un ours blanc (lointain cousin de celui qui déchire Leonardo dans The Revenant ?) et en errant dans une poudreuse fouettée par quelques coups de vent bien méchants. Un véritable survival où l’acteur, mettant à profit ses muscles tendus et sa peau tannée, semble réellement braver les éléments. Antithèse absolue de Polar (pas de flingue à l’horizon, montage posé, couleurs limitées au blanc de la neige et au bleu du ciel), Artic est aussi nettement plus classe et immersif que le film d’Åkerlund. Mads, lui, assure un max dans les deux cas…

C.L.




ESCAPE GAME
2019. USA. Réalisation Adam Robitel. Interprétation Taylor Russell, Logan Miller, Jay Ellis… Sortie le 27 février 2019 (Sony Pictures Releasing France).
Si le pitch d’Escape Game (des individus se retrouvent prisonniers d’un jeu d’évasion rempli de pièges mortels) évoque ouvertement un énième chapitre de la saga Saw, le film d’Adam Robitel ne peut rivaliser sur le terrain du gore, puisque Sony a exigé une classification PG-13 afin d’attirer le grand public. Ironiquement, c’est peut-être cette contrainte qui a poussé le réalisateur d’Insidious : la dernière clé à reporter toute son attention sur deux autres éléments : la direction d’acteurs et la gestion du suspense. Deux qualités généralement absentes des aventures de Jigsaw et qui permettent à Robitel de plonger le spectateur au sein d’un huis clos assez tendu, notamment grâce aux efforts d’une équipe technique parvenant à tirer le maximum d’un budget réduit (9 millions de dollars). Pas de jump scares ni de blabla inutile : on est ici dans le domaine de l’efficacité pure, à condition de tolérer les dialogues du type « Mon Dieu, qu’est-ce qu’il fait chaud ! » dès que le scénario se laisse aller à paraphraser ce qui se passe à l’écran. Dommage également que les producteurs tentent de donner un semblant de profondeur sociale à l’ensemble en accouchant d’épilogues « conspirationnistes » tout droit sortis d’un Austin Powers. Que voulez-vous, il faut bien préparer le terrain pour l’inévitable séquelle…

J.-B.H.




PANIQUE LOS ANGELES
Destruction Los Angeles. 2017. USA. Réalisation Tibor Takács. Interprétation Craig Sheffer, Cynthia Watros, Romeo Miller… Disponible en VOD.
En 1990, Tibor Takács remporta le Grand Prix du Festival International du Film Fantastique d’Avoriaz avec Lectures diaboliques, non sans susciter quelques doutes légitimes sur les substances ingérées par le jury pendant ses délibérations. Moins par justice karmique que par évolution logique d’une carrière à l’absence remarquable d’ambition, Tibor torche désormais du téléfilm à la facture anonyme, garanti oubliable dans les 24h. Dans ce tout petit dernier, des personnages fonctionnels fuient le danger numérique en faisant n’importe quoi. Vers la fin, ils croisent un survivaliste à cheval et bim, c’est la meilleure scène du film. La plus fugace, aussi.

F.C.



RALPH 2.0 
2018. USA. Réalisation Phil Johnston & Rich Moore. Interprétation (voix VO) John C. Reilly, Sarah Silverman, Gal Gadot… Sortie le 13 février 2019 (The Walt Disney Company France).
Dans cet univers coloré au jus de cerveau disponible, tout n’est que placement de produit et absence absolue de recul réflexif. Les gentils spams sont la cible des méchants filtres publicitaires, et Disney, entre 140 mentions de ses partenaires commerciaux, n’hésite pas à s’y décrire comme un mastodonte industriel avide d’exhiber et d’exploiter ses lucratives licences. Disney possède Star Wars, et peut intégrer des Stormtroopers dans ses films juste pour le LOL, sans se soucier de l’ironie de reconvertir les soldats de l’Empire en vigiles maison. De toute façon, Disney se fiche du second degré, il l’aura bientôt racheté.

F.C.




REVENGER : L’LE DE LA MORT
Revenger. 2018. Corée du Sud. Réalisation Lee Seung-won. Interprétation Bruce Khan, Park Hee-soon, Yoon Jin-seo… Disponible en SVOD (Netflix).
Produit d’exploitation passable à l’écriture confuse, Revenger ne vaut guère que pour la découverte de Bruce Khan, grosse brute martiale dans son premier vrai rôle à l’écran après une série de panouilles vieilles d’une bonne décennie. Il déboule sur une plage les bras contraints par une camisole, et démastique de l’homme de main de son seul jeu de jambes. Il virevolte de baston en baston jusqu’au boss de fin, qu’il domine de sa froide détermination. D’ici un ou deux ans, Bruce devrait jouer les troisièmes couteaux dans une poignée de blockbusters hollywoodiens. Qui sait, peut-être même qu’un jour, il arrivera à se décrisper le visage.

F.C.




IO
2018. USA. Réalisation Jonathan Helpert. Interprétation Margaret Qualley, Anthony Mackie, Danny Huston… Disponible en SVOD (Netflix).
Ce post-apo baigné de spleen fataliste évoque aux entournures l’éthéré Sayonara de Kôji Fukada, pour sa propension vaguement optimiste à voir de la vie dans de vastes espaces morts, et surtout pour son anti-rythme languide à souhait, qui défie le spectateur de ne pas regarder l’heure sur son téléphone chaque minute écoulée. Jonathan Helpert lance plusieurs pistes discursives dans les airs et espère les voir retomber dans un ordre à peu près cohérent, où le gros du travail serait accompli par le spectateur faute de liant thématique ou esthétique. La science-fiction s’y oriente moins vers l’anticipation que vers une forme de résignation, artistiquement aussi vaine que vide de sens. IO participe de cette déferlante cinématographique qui disserte sur le devenir funeste de l’Humanité, tendance largement relayée par Netflix dans une [...]

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