Bienvenue en enfer

9 doigts

Le punk F.J. Ossang nous emmène dans un étrange voyage qui part du film noir pour déboucher sur la science-fiction la plus folle, et où les références intimidantes comptent moins qu’une approche sensorielle propre à stimuler l’imaginaire du spectateur.

« Je lis souvent que mes films sont « référencés », et c’est une formule que je n’aime pas beaucoup. Comme s’il fallait être initié pour y entrer. Alors que je remarque que mes films plaisent souvent aux enfants, ou à des gens qui n’ont pas nécessairement une vaste culture cinématographique, et qui ne vont pas chercher à comprendre ces « références ». » Ainsi parle F.J. Ossang dans le dossier de presse de 9 doigts, et il a sans doute raison. S’il n’a tourné que cinq longs-métrages en 33 ans, c’est en partie à cause d’un certain discours, réduisant ses œuvres à une savante compilation d’éléments de récup. Et il y a effectivement là un gros malentendu. Cela peut bien sûr sembler paradoxal, le bougre ayant un style immédiatement reconnaissable : noir & blanc hyper-travaillé qui évoque les avant-gardes du cinéma muet, traces de série noire, dialogues littéraires (ici, des portions entières des Chants de Maldoror de Lautréamont), arrière-plan de complot global dont le spectateur ne perçoit que des bribes éparses, etc. Mais là n’est pas l’important, car les références ont ceci de particulier que chacun a les siennes, différentes de celles des autres. Bref, vous aurez votre propre bagage pour monter à bord de 9 doigts.

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Commentaire(s) (59)
christianpcmm
le 24/03/2018 à 18:55

8 doigts 1/2 si c'est une prequelle, jean Claude.

Personne ne sait compter sur ce site ou quoi

J'imagine même pas si Chuck se met à blaguer là dessus. On va se retrouver avec des fractions. Ha ha

Deb is Deg
le 24/03/2018 à 19:07

christian... vu que c'est une préquelle il doit y avoir plus de doigts d'où, le 1/2 de plus.

Ce n'est même pas du calcul juste de la logique.

smiley

christianpcmm
le 25/03/2018 à 01:22

Ça tient la route, je te l'accorde.

danysparta
le 25/03/2018 à 22:38

"Vous prendriez un whisky ?"
"Juste un doigt"
"Vous voulez pas un whisky d'abord ?"

christianpcmm
le 26/03/2018 à 04:03

@ano : excuse Dany, quand il raconte pas les films, il raconte les blagues des autres. Aucun doigté.

oriounga
le 26/03/2018 à 14:26

@ Chris: ne mets pas les doigts dans l'engrenage de la blague vaseuse, sinon tu t'en mordras les doigts.

D'ailleurs, je suis à deux doigts de signaler ton commentaire.

christianpcmm
le 26/03/2018 à 17:02

Je croise les doigts pour que tu le fasses pas.

Li belle bièsse
le 27/03/2018 à 01:03

H-S: je reviens d'une séance de PATSER (retitré GANGSTA en France) et c'est juste PHA-RA-MI-NEUX! Qu'une bombe H pareille ait pu être élaborée dans mon pays me laisse pantois! Les réalisateurs osent tout, foncent à tout berzingue et se lâchent sans parachute! L'esthétisme de jeu vidéo ne va pas plaire à tout le monde et moi, qui ne suis pas trop client de ce genre de parti-pris, j'en ai été hypnotisé. Il fallait bien cela pour supporter la vision dévastatrice de cette véritable machine de guerre! Ce n'est pas un film mi-figue, mi-raisin, c'est un uppercut dans ta pomme, qui te file une banane continuelle. Les acteurs sonnent tellement juste, le rythme ne débande pas une micro-seconde et la bande-son te ravage les tympans par son énergie désinhibée! Toutes proportions gardées, il m'a rappelé LES AFFRANCHIS ou LA CITE DE DIEU. Un 5/6 que je décerne sur le coup de l'émotion du moment, mais, selon moi, la notation risque peu de changer

Kate1007
le 27/03/2018 à 07:18

@libelle : oh oui ça a l'air bien !

christianpcmm
le 27/03/2018 à 08:55

Oui mais fais gaffe Katy, Lib-El a mis 5/6 à Starcruiser ou starfighter ou starcrasher, je sais plus. Ha ha

oriounga
le 27/03/2018 à 13:54

@ Chris: Allons, tu nous connais sur le bout des doigts et tu sais que sur ce site nous sommes comme les cinq doigts de la main, aussi je ne te montrerai pas du doigt.

Ne mets pas les doigts dans la prise, façon Claude François.

Sinon, neuf doigts, pour le doigtage, c'est dommage, c'est passer à un doigt du bonheur.

Li belle bièsse
le 27/03/2018 à 16:11

Attention, Kate, ce mec est diabolique! Chris fait son Calimero en affirmant n'avoir pas de mémoire alors qu'il en possède une de classe eidétique!

Compte supprimé
le 27/03/2018 à 16:54

@Li belle

A lire ta description on croirait presque que...

"H-S: je reviens d'une séance de CRANK (retitré Hyper Tension en France) et c'est juste PHA-RA-MI-NEUX!"

Deb is Deg
le 27/03/2018 à 16:58

J'ai pas fait exprès d'être invisible!

Li belle bièsse
le 27/03/2018 à 19:45

Bien vu l'analogie critique avec Crank, Deb! C'est vrai qu'une bonne partie de cette réaction à chaud, rédigée 20 minutes après le film, pourrait s'y référer. Mais, fais l'effort de le voir et tu constateras peut-être que PATSER n'évolue pas sur le même plan qualitatif. Je pourrais argumenter, parler de la structure, de la photographie, des allusions cinématographiques, du constat sociologique, (je suis d'ailleurs en train de m'y atteler), mais j'ai préféré n'exprimer que mon sentiment à la sortie pour ne pas spoiler et laisser à chacun le plaisir de la découverte. Maintenant, on peut aussi avancer que mon avis est nul à déféquer. Pourquoi pas? Je ne suis qu'une personnalité vivant au milieu de sept milliards d'autres.

Deb is Deg
le 27/03/2018 à 20:18

@Li belle

Tes deux dernières lignes sont de trop!

christianpcmm
le 27/03/2018 à 23:13

Lib-El : tes deux dernières lignes sont top

Li belle bièsse
le 28/03/2018 à 12:17

Ne m'encouragez pas les gars! J'ai déjà une page entière de critique rédigée pour PATSER et je n'en suis qu'aux hors d'oeuvre!

oriounga
le 28/03/2018 à 14:16

@ Libellule: c'est appétissant, tu me mets l'eau à la bouche.

Li belle bièsse
le 29/03/2018 à 01:10

Orio, crains que tes souhaits ne se réalisent! Vieille malédiction chinoise.

christianpcmm
le 29/03/2018 à 01:44

Chris Columbus aurait l'intention de faire un remake de " 9 doigts" avec Hugh Grant. Ça s'appellerait "9 doigts aussi" .

Li belle bièsse
le 29/03/2018 à 23:14

Voici ma critique exhaustive de PATSER pour les ceusses que ça intéresse. J'en ai bavé des ronds de chapeau pour la mettre en forme et je la trouve un peu laborieuse sur la fin. ATTENTION!!! SPOILERS à presque tous les paragraphes!

Ready gangter one

Avant, aux yeux du profane, le cinéma belge, c’était pas compliqué ! Au nord, il y avait les Flamands qui faisaient dans la bouillie pour bébés à grand renforts de comédies vaseuses et de thrillers basiques ; un film grave comme Ad fundum ne pouvait d’ailleurs faire l’impasse sur quelques scènes affriolantes parfaitement gratuites Au sud, il y avait les francophones, les garants du bon goût, des sérieux, des austères, des sinistres ; pas question de salir leurs blanches mains dans des produits indignes de la haute opinion qu’ils avaient d’eux-mêmes et de s’afficher en primaires à l’illustre berceau de leur langue : c’est ainsi qu’ont prévalu les Dardenne, Delvaux, Michel et consorts.

Pour quelqu’un de plus averti, les choses sont moins tranchées : au-delà de Bruxelles, il y a des cinéastes comme Van Looy, Van Groeningen, Roskam, Van Hees… , qui concilient propos et qualité, en restant passionnants, en deçà, des films, à l’instar de C’est arrivé près de chez vous et Vase de noces, se comportent en éwarés turbulents au milieu d’une fête de famille amidonnée et, dans la capitale, niche ce merveilleux fou lunaire de Van Dormael.

Mais les préjugés, plus que les idées, ont la vie dure. C’est ainsi qu’on se retrouve avec un Rundskop couronné d’un Magritte du meilleur film étranger alors qu’il s’agit d’un film flamand, les gars, récompensé ainsi lors d’une cérémonie censée promouvoir le cinéma belge ! Cherchez l’erreur ! Ou bien, on a sur les bras une polémique parce qu’une édition a attribué les Magritte de la meilleure actrice et du meilleur acteur à des non-francophones. Je n’invente rien ; il existe encore des gens qui s’excitent sur de pareilles broutilles. En Belgique, pour les sectaires des deux bords, la frontière cinématographique devrait demeurer aussi tangible que le Rio Grande. Vivement qu’un aérolithe vienne exterminer ces dinosaures d’un autre âge !

Et puis, on a les électrons libres, qui n’ont que faire de ses querelles de poulailler. Au contraire, ils se servent de la diversité pour, avant tout, faire de bons films, Ben Yadir, Adil et Bilaal en tête. Déjà métissés culturellement de par leurs origines et leur naissance, ils doivent considérer d’un air navré les raidissements identitaires. Comme par hasard, c’est un des messages de Patser.
« Je reviens d'une séance de Patser (retitré Gangsta en France) et c'est juste PHA-RA-MI-NEUX! Qu'une bombe H pareille ait pu être élaborée dans mon pays me laisse pantois! Les réalisateurs osent tout, foncent à tout berzingue et se lâchent sans parachute! L'esthétisme de jeu vidéo ne va pas plaire à tout le monde et moi, qui ne suis pas trop client de ce genre de parti-pris, j'en ai été hypnotisé. Il fallait bien cela pour supporter la vision dévastatrice de cette véritable machine de guerre! Ce n'est pas un film mi-figue, mi-raisin, c'est un uppercut dans ta pomme, qui te file une banane continuelle. Les acteurs sonnent tellement juste, le rythme ne débande pas une microseconde et la bande-son te ravage les tympans par son énergie désinhibée! Toutes proportions gardées, il m'a rappelé Les affranchis ou La cité de Dieu. Un 5/6 que je décerne sur le coup de l'émotion du moment, mais, selon moi, la notation risque peu de changer ! »
Et c’est presque exact ! Car elle a changé.
D’un demi-point.
En plus.
Cet avis, rédigé à chaud, n’avait perçu que le premier degré du film, dont on peut se contenter pour pleinement le goûter. Mais celui-ci est un oignon à plusieurs couches de lecture.
Il n’est pas besoin de se connecter à Internet pour apprendre qu’il s’agit là du 3ème effort d’Adil et Bilaal, son générique d’introduction s’en étant déjà chargé. Hommage ? Clin d’œil ? À Tarantino ? À Star Wars ? Les deux dans les deux cas, mon général !

Le film entier se fonde sur trois principes : la cohérence, la pertinence et la mentalité spécifique au jeu vidéo. Thématiquement, il se réclame du film de gangsters, sa structure narrative ayant été initiée par Les affranchis, puis parfaite, grâce à l’aspect choral, par La cité de Dieu. Schématiquement, il décrit la trajectoire de quatre jeunes de la communauté marocaine, Adamo, Badia, Junes et Volt, qui glandouillent dans un quartier paumé d’Anvers, avides d’argent facile et de reconnaissance. Leur association avec un caïd de la drogue, va mettre à l’épreuve leurs rêves qui n’y survivront pas longtemps. Stagnation, envol, zénith, chute, reconstruction, l’histoire est classique dans son déroulé. Son traitement ne l’est pas.

Pour un œil non averti, il est racoleur. Commentaires distanciés en voix off, division en niveaux de jeu chapitrés en autant de péchés capitaux (coucou Seven !), montage hypernerveux, bande-son omniprésente à fond les ballons, couleurs irréelles à force de saturation et d’éclat, caractérisation sommaire, insertions de lettrages fluorescents, ces données sont toutes présentes mais font sens si on les analyse à travers Adamo, le narrateur.

Alors qu’Edgar Wright, dans Scott Pilgrim, racontait une romance avec les codes du jeu vidéo, Adil et Bilaal illustrent une histoire qui est perçue comme un jeu vidéo par ses jeunes anti-héros. Je n’en veux pour évidence que la représentation caricaturale du cartel colombien. Tous ses membres sont masqués d’un bandeau noir. Ce n’est que lorsque deux sbires sont choisis pour faire le ménage à Anvers, que ces caches s’évanouissent. Parce qu’elles vont interagir avec le quatuor, des personnes interchangeables sont aussitôt investies d’une individualité, pareilles à des programmes activés. Le substrat du film est donc indissociable de sa transcription. Et il revient à nous, spectateurs de procéder à un travail de décodage si nous voulons plus de réalisme. Car ce dernier, en filigrane, esquisse un univers effroyable : institutions gangrenées par la corruption et le racisme, classes pauvres abandonnées au profit d’élites immatures, pouvoirs publics indifférents, médias complices par inadvertance lorsqu’ils ne sont pas incompétents par paresse, le film dépeint une société divisée en camps retranchés. L’unique lueur d’espoir qui la traverse s’incarne en Yasser, un policier belgo-marocain qui essaie de lancer des passerelles. En toute logique, elle sera mouchée. On pourrait croire à du nihilisme s’il ne s’agissait pas d’un cri d’alerte. Car le dernier chapitre, intitulé orgueil, va tout remettre en perspective.

D’abord, la première fin dont la présentation est une preuve supplémentaire de sa ressemblance avec un jeu vidéo, s’apparente à une remise à zéro. Ensuite, la seconde fin exprime un optimisme encore plus outrancier que la précédente, qualifiée d’ailleurs d’improbable par Adamo, et nous fait douter de l’entièreté de ce à quoi nous avons assisté. Du coup, le film peut être considéré comme le fantasme d’un laissé pour compte. Les mots qui le concluent ne sont-ils pas : « Maintenant, passons aux choses sérieuses ! » ?

Si bien que l’oignon pèle à nouveau et révèle une quatrième couche, la plus inquiétante. Même si quelques plages d’humour noir et de causticité le parsèment, le film parle aussi du glissement insidieux vers l’intégrisme, qui s’opère chez Adamo.

Au début, la religion ne revêt pour lui pas plus d’importance que celle d’un rituel chamarré. Élevé par des parents tolérants, il imagine moins les prêtres catholiques en dispensateurs d’un dogme d’amour qu’en vecteurs de Force (coucou Star Wars !), usant d’un sabir mystérieux qui consolide leur aura. Cette certitude sera ébranlée par les balles qui fracasseront sa Playstation et faucheront sa mère en train de tenir une croix. Et devant la dépouille de Yasser, il se rangera aux côtés de ses sœurs et frères musulmans pour le prier. Qu’il soit bien clair que les réalisateurs, musulmans eux-mêmes, ne fustigent pas la pratique de leur foi, parce que les criminels ne sont pas les vrais croyants, mais ceux qui se proclament tels pour justifier leurs exactions.

Les citations cinéphiliques sont pareillement éclairantes. Est d’abord prôné l’exemple de Jean Claude Van Damme, à la fois homme parti de rien pour devenir une superstar et puissant héros de Kickboxer. Par contre, la personne d’Al Pacino est amalgamée à son rôle iconique dans Scarface, lequel investit le champ du réel au point d’en faire partie. Ici, j’introduis une parenthèse dans laquelle des acteurs de terrain œuvrant dans la déradicalisation des jeunes combattants de Daech signalaient le fait qu’au lieu des grandes figures de l’Islam, c’étaient les petites crevures du calibre de Tony Montana qui étaient encensées. Ces témoignages, les réalisateurs n’ont pas pu ne pas en prendre connaissance. Et la phrase finale peut résonner à la manière d’un aveu de stupidité ou d’une promesse de menace.

Ainsi se termine la dissection d’un « petit » film dont les atours tapageurs dissimulent une vertigineuse mise en abîme. En fin de compte, ce qu’il y a de plus simple aujourd’hui dans le cinéma belge, c’est qu’il parait simple !

Li belle bièsse
le 29/03/2018 à 23:16

Et zut, j'ai foiré le sous-titre! c'est Ready gangster one qu'il faut lire!

christianpcmm
le 30/03/2018 à 09:43

Je l'aurais lu moi ton pavé, mais tu dis que tu spoiles. Du coup, faudra revenir dessus après avoir vu le film.

Li belle bièsse
le 30/03/2018 à 22:33

Il vaut mieux, Chris! Juste après l'avoir vu, je n'en ai perçu que le premier degré que j'ai adoré. Après, ses différents niveaux de lecture m'ont filé le tournis et je pense les avoir tous détaillés. Donc, je garde la référence au chaud, comme pour celle de MOTHER! et je te les sors à ta demande.

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