Bacurau de Kleber Mendonça Filho & Juliano Dornelles

Bacurau

Célébrant les noces barbares du cinéma d’auteur brésilien, du western italien et de John Carpenter, ce film hors normes jongle avec les tonalités et les espaces pour créer une partie de cache-cache aussi sarcastique que sanglante.
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Les avantages et les inconvénients de tomber à pic dans l’actualité. Présenté en compète au dernier Festival de Cannes, Bacurau en est reparti avec un Prix du Jury ex æquo et une flopée de critiques favorables. Mais celles-ci se préoccupaient surtout de parler de la récente élection du populiste Bolsonaro à la présidence du Brésil, dont le scénario – pourtant conçu il y a dix ans par Kleber Mendonça Filho (Les Bruits de Recife, Aquarius) et son habituel chef-déco Juliano Dornelles – serait l’illustration idéale. Déjà délaissés par des autorités qui leur ont coupé l’approvisionnement en eau potable, les habitants d’un modeste village du Nordeste se rendent compte qu’ils sont maintenant la cible de riches Occidentaux voulant les tirer comme des lapins pour le plaisir du sport…
Sauf que quand on a pointé cette allégorie politique délibérément mastoc (l’oppression des campagnards brésiliens, la domination Nord/Sud, tout ça), on a à la fois tout et rien dit. Le sujet pourrait aussi bien donner un bon film ou un mauvais, et si Bacurau appartient à la première catégorie, c’est grâce à son traitement singulier et hybride. Les auteurs se plaisent à accumuler les éléments de bric et de broc pour observer leurs frottements producteurs d’étincelles, au lieu de chercher à arrondir les angles. Cette démarche est exposée dès les premières secondes : à une image de l’Amérique du Sud vue de l’espace, succède un plan sur un camion-citerne roulant dans un paysage désertique, sur une route bientôt parsemée de cercueils tombés d’un autre véhicule. Bacurau sera donc un agglomérat instable de science-fiction, de drame social et d’ironie macabre, servis en vrac avec rage et insolence.



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