Aux bons soins du Docteur George

Spielberg, Lucas, Cameron, Jackson… Ces signatures sont connues de tous, et leurs oeuvres respectives sont très clairement incarnées et identifiées dans l’inconscient collectif mondial. Prononcez en revanche le nom de George Miller en présence d’une assemblée non cinéphile, et vous serez surpris de constater l’anonymat de cet artiste pourtant essentiel, sans doute l’un des plus grands visionnaires de l’Histoire du cinéma.
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Un petit constat pour commencer : Mad Max : Fury Road n’est que le neuvième film réalisé par George Miller en 36 années de carrière – le dixième si l’on compte son segment pour le film La Quatrième dimension. En guise de comparaison, c’est entre trois et quatre fois moins que le curriculum vitae d’un Spielberg, et deux fois moins que celui d’un Robert Zemeckis. Né en Australie le 3 mars 1945, George Miliotis (de son vrai nom) sait prendre son temps. Diplômé d’une école de médecine, le jeune homme exerce dès la fin des sixties. Sa rencontre avec Byron Kennedy à l’Université de Melbourne, où il étudie l’histoire du 7e Art en candidat libre, va lui ouvrir de nouveaux horizons. Ensemble, les deux cinéphiles produisent en 1971 le court-métrage Violence in the Cinema, Part 1, faux documentaire potache où un académicien moralisateur se retrouve au coeur d’un déchaînement de gore. Face à l’impossibilité de financer une seconde partie, Miller retrouve bientôt sa blouse blanche. L’argent gagné dans le service d’urgence où il officie, il l’investira dans le premier Mad Max, son ticket gagnant pour une vie de réalisateur. Révolutionnaire dans sa mise en scène, sa tonalité et son esthétique, le film cartonne sur le territoire australien, mais aussi partout ailleurs, récoltant près de 100 millions de dollars de recettes en fin d’exploitation monde, pour un budget évalué entre 350 et 650 000 billets verts. Désormais millionnaires, Miller et Kennedy ne tardent pas à réinvestir. Sortant la veille de Noël 1981 en Australie, et courant 1982 dans le reste du monde, Mad Max 2 : le défi assoit définitivement la réputation du cinéaste, nouveau porte-drapeau d’un cinéma de science-fiction intransigeant, implacable et déchaîné, sans pour autant verser dans l’idiotie et l’amoralité de nombreuses bandes d’exploitation de l’époque. Au-delà de séquences de poursuite dont l’ambition restera inégalée pendant plus de 30 ans (jusqu’à Fury Road, a priori), Mad Max 2 : le défi reste ainsi un cas d’école en termes de sous-texte politique et d’évolution de point de vue, le cadre faisant progressivement passer l’antihéros du statut de témoin neutre du conflit à celui d’acteur du drame en cours. On aimerait être aussi élogieux vis-à-vis de Mad Max : au-delà du dôme du tonnerre, dont les nombreux défauts se font l’écho d’une tragédie intime.

 

FICHUS HÉLICOPTÈRES

En 1983, George Miller est invité par Steven Spielberg à participer à l’adaptation collégiale de La quatrième dimension, le film, aux côtés de Joe Dante et John Landis. S’inspirant de l’épisode Cauchemar à 20 000 pieds scénarisé par Richard Matheson en personne, Miller signe le segment le plus abouti de l’anthologie, un sommet de tension et de nervosité servi par une performance hallucinée de John Lithgow. S’imposant à l’époque comme l’auteur le moins célèbre de la troupe, Miller a tout à gagner dans l’entreprise, dont le succès programmé doit lui faire gravir en vitesse accélérée la pyramide hollywoodienne. La mort abominable de Vic Morrow et de deux jeunes enfants durant le tournage du segment de Landis, sous les pâles d’un hélicoptère frappé par une déflagration plus forte que prévu, maudit logiquement le projet. Se retrouvant au tribunal, le studio abandonne rapidement tout effort de promotion. De retour en Australie dans l’indifférence générale, et sous la pression d’investisseurs pas encore prêts à le voir réaliser autre chose, Miller n’a d’autre choix que de préparer un troisième Mad Max. Son compère Byron Kennedy parvient à lever son budget de 12 millions de dollars aux États-Unis, chez la Warner Bros., déjà distributeur à l’étranger du second épisode. En échange, les auteurs doivent s’engager à confier un rôle majeur à une star américaine ; ce sera Tina Turner, qui signera au passage une partie de la bande originale. Recalibré pour le grand public (une classification PG-13 est imposée à Miller), Mad Max : au-delà du dôme du tonnerre implose hélas dès l’étape des repérages avec le déc&eg [...]

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