Actualité : White God

White God

Un brave toutou devient un chien très méchant et fomente une révolte contre les hommes dans un mélodrame d’anticipation qui enterre le dernier PLANÈTE DES SINGES sans CGI ni motion capture.
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Couronné par le prix Un Certain Regard à Cannes, sélectionné pour représenter la Hongrie aux prochains Oscars, White God n’a pourtant rien d’une bête de festival ou d’un film de niche (!). En d’autres termes, il n’appartient pas à cette race de péloches plombantes et survendues qui ne passionnent que la critique et la profession et se plantent en salles parce qu’elles se parlent plus à elles-mêmes et aux amateurs de cinéma arty qu’au public. Non, on tient là un vrai film populaire, une oeuvre fédératrice qui réussit l’exploit de brasser plusieurs genres sans que jamais l’un ne prenne le pas sur l’autre, créant ainsi un récit à l’équilibre narratif quasi miraculeux. En effet, si le titre fait directement référence au sanglant White Dog de Samuel Fuller (Dressé pour tuer en VF), le spectacle est tout aussi apte à séduire les fans de L’Incroyable voyage de Disney que ceux des Oiseaux de Hitchcock. Lili, treize ans et fille de parents divorcés, adore son chien Hagen, un gentil bâtard dont elle ne se sépare jamais. Alors que sa mère vient de la confier à son père Daniel, un ouvrier d’abattoir qu’elle ne connaît presque pas et avec qui elle a immédiatement des rapports très conflictuels, le gouvernement impose une taxe sur les chiens métissés. Daniel, pas assez fortuné pour la payer et dont l’appartement n’est de toute façon pas équipé pour accueillir un animal, abandonne Hagen sur le bord d’une autoroute, au grand désespoir de sa fille. Dans les rues de Budapest, Hagen rencontre ses semblables tout en découvrant que la cruauté des hommes n’a pas de limites. Tentant d’échapper aux brigades d’agents de la ville chargés de capturer les chiens errants pour les emmener dans des refuges où ils seront piqués si personne ne les adopte, il est recueilli par un Tzigane qui l’entraîne en vue de le faire participer à des combats clandestins. Mais tandis qu’il devient un animal féroce, Lili n’a pas perdu espoir : tout en essayant de mener une vie d’adolescente normale et en se rapprochant peu à peu de son père, elle continue de chercher Hagen. Quant à celui-ci, son parcours va en faire le meneur d’une révolte canine qui va plonger la ville dans la terreur. 

Chemin faisant, White God établit un adroit parallèle entre l’existence menée par Lili et Hagen après leur séparation forcée : pendant qu’elle s’ouvre aux autres, il régresse jusqu’à l’état primal, celui d’une bête assoiffée de sang et de vengeance qui traque ses bourreaux et se jette à la gorge de quiconque se met en travers de son chemin. Alors qu’on souhaite les voir réunis, l’avancée du récit fait qu’on craint de plus en plus ces éventuelles retrouvailles. Cette appréhension crée une tension croissante, d’autant que la personnalité de Lili (formidable Zsófia Psotta) est particulièrement attachante. L’émotion inhérente à un tel sujet passe énormément par la musique, ici essentielle puisqu’elle fait partie intégrante de l’histoire d’amour liant ces deux êtres que le monde des hommes/des adultes a arraché l’un à l’autre : Lili joue de la trompette dans un orchestre, instrument dont le son a le don de fasciner Hagen, et le film s’ouvre sur un flash-forward où l’on voit Lili, trompette dans sa besace, pédaler sur son vélo à toute vitesse dans une rue déserte, suivie par une meute de chiens, tel le joueur de flûte de Hamelin. Une scène dont la signification n’est pas forcément celle qui apparaît comme la plus évidente. Ce que montrera la suite des événements. 

White God risquait de perdre en crédibilité lors de son basculement dans l’épouvante, quand Hagen et les autres chiens entreprennent de se venger de leurs tortionnaires, usant de véritables stratégies militaires pour déjouer des forces de l’ordre vite dépassées par l’ampleur du phénomène. Mais le réalisateur Kornél Mundruczó (Un garçon fragile : le projet Frankenstein) ayant pris bien soin de travailler autant la caractérisation des chiens que celle des humains (La Planète des singes : l’affrontement n’avait pas su [...]

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