Actualité : It Follows

It Follows

Avec ce slasher pas comme les autres, le jeune David Robert Mitchell prouve qu’il est encore possible de livrer des ados en pâture à une menace surnaturelle tout en étant à la fois intelligent ET flippant.
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Jay (Maika Monroe) est une ado tout ce qu’il y a de plus normal, qui vit avec sa soeur et sa mère dans la banlieue de Détroit. Lorsqu’elle couche enfin avec son nouveau petit ami, Hugh (Jake Weary), celui-ci la drogue puis l’attache afin de lui expliquer qu’il lui a transmis, via leur rapport sexuel, une étrange malédiction : Jay sera désormais poursuivie sans relâche par une entité aux multiples visages qui marchera droit vers elle. Si elle se laisse attraper, c’est la mort assurée. Aidée par sa soeur Kelly (Lili Sepe), sa copine Yara (Olivia Luccardi), son voisin Greg (Daniel Zovatto) et son ami d’enfance Paul (Keir Gilchrist), Jay va tenter de comprendre ce qui lui arrive. Mais elle va vite réaliser que le seul moyen d’échapper à son sort est de transmettre à son tour la malédiction…

Imaginez un Halloween ou un Freddy dans lequel le boogeyman serait… n’importe qui. C’est précisément les atours que revêt It Follows, qui émule à première vue les classiques horrifiques eighties. Tout y est : tranquille banlieue automnale et pavillonnaire, ados queutards, parents souvent absents… Dès son premier plan, It Follows s’applique à nous situer sur un terrain balisé : en un panoramique circulaire, une jeune bimbo généreusement poumonnée, en nuisette et talons hauts, se précipite hors d’une maison cossue, scrute une menace invisible, retourne dans la bâtisse pour prendre les clés de la voiture de son père sous le regard médusé de ce dernier, puis s’enfuit. À travers ces quelques secondes, Mitchell expose au spectateur non pas les clichés du genre, mais sa vision de ces clichés, pour ensuite leur appliquer un traitement particulièrement pertinent. Ainsi, It Follows ne sera jamais couillonnement postmoderne, comme beaucoup de ses contemporains. Pourtant, ses héros ne sont pas si différents de ceux qui ont traversé la grande histoire du slasher : ils fument en cachette, picolent en douce, se marrent en larguant une caisse et passent une grande partie de leur temps à penser au sexe. La grande différence, c’est que ces « caractéristiques » sont présentées ici pour ce qu’elles sont : les symboles du difficile passage de l’insouciance à la prise de conscience de la sexualité et de la mortalité. Mitchell ne racontait rien d’autre dans son premier long-métrage, la comédie douce-amère The Myth of the American Sleepover. Toutefois, si ce dernier touchait aux prémices du bouillonnement existentiel et sexuel adolescent, It Follows explore, lui, l’angoisse que provoquent ces questionnements.

Il fallait donc donner corps visuellement à la nature profondément intime et informelle de cette angoisse, ce que Mitchell fait de façon aussi virtuose que ludique. Via un splendide Cinémascope, le réalisateur joue constamment sur le vide du cadre pour nous inviter à surveiller l’éventuelle apparition puis l’inexorable avancée du monstre… ou d’un simple passant. Le choix des focales est donc primordial, offrant soit une ample profondeur de champ pour nous laisser le loisir d’explorer les alentours, soit isolant les strates du plan pour, au contraire, bloquer notre regard et faire surgir l’incertitude. L’horreur naît ainsi plus d’une tension toujours présente (soulignée par une musique et un sound design pertinents) que de moments-chocs, même si ces derniers ne manquent pas. En effet, le monstre étant en quelque sorte une matérialisation du sentiment d’angoisse, l’apparence qu’il revêt n’est jamais innocente. Le but est tantôt d’inspirer un profond malaise (la mamie), voire le dégoût (la junkie qui se pisse dessus), ou tantôt de tendre un miroir aux névroses des personnages (l’OEdipe latent et fatal du jeune Greg) lors des séquences les plus marquantes. Ainsi, il faudra parfois reconstituer le puzzle mental des protagonistes en scrutant les détails du cadre (les photos dans la maison de Jay) pour mieux saisir les implications de certaines apparitions du boogeyman. Notamment la toute dernière, lors de la très belle séquence de la piscine, qui emmène in fine le film sur le terrain inattendu du récit initiatique. Car, scrutés de l’extérieur, les agissements auxquels est poussée Jay suite à l’apparition du « suiveur » pourraient tout à fait passer pour une tranche de vie ordinaire d’une ado engluée dans ce que d’aucuns appelleraient « l’âge con » : fugues nocturnes, accident de voiture, crises d’hystérie, mélancolie insondable, multiples partenaires sexuels… Ainsi, en un geste quasi psychanalytique rappelant autant un Gregg Araki non drogué que le graphic novel culte Black Hole de Charles Burns, It Follows fait naître l’horreur non pas d’une confrontation entre l’inconnu et le mode de vie adolescent, mais de la nature même de l’adolescence, et propose la confrontation frontale à cette horreur comme un cheminement obligatoire pour acquérir autonomie, personnalité et une maturité aussi bien émotionnelle que sexuelle. Ainsi, le « monstre » du film ne serait rien d’autre que le temps lui-même, qui nous talonne irrévocablement et nous rappelle notre propre et inéluctable mortalité, comme le souligne l’un des personnages en c [...]

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