Fille d'un père espagnol et d'une mère anglaise, Leonor Watling décroche son premier
rôle au cinéma en 1993 dans Jardines colgante, un drame signé Pablo
Llorca. Grisée par le résultat, elle participe ensuite à de nombreuses séries
télés (Farmacia de garda) et films indépendants (Todas hieren,
The First Night of my Life) et se voit élue Shooting Stars (les espoirs
de demain) par la profession européenne. Comme débuts, on a connu pire. Après
quelques années de boulot, sa route finit par croiser celle du réalisateur
Bigas Luna (Angoisse) qui, en grand amateur de formes généreuses, lui
propose immédiatement un rôle dans son Son De Mar. Aidée par son
excellente maitrise de l'anglais, Leonor accepte aussi de figurer dans diverses
productions anglo-saxonnes (Outlaw Justice, Ma Vie sans moi), qui lui permettent
d'élargir ses horizons tout en rencontrant des artistes du monde entier.
« Tourner dans une langue étrangère est très difficile, » déclare-t-elle
modestement. « Il ne s'agit pas seulement de bien prononcer, il faut
qu'il vous arrive des choses alors que vous prononcez ces sons que bien des
fois vous ne comprenez même pas. C'est très compliqué, on doit donner vie à
quelque chose qu'au fond on est loin de comprendre. » Courtisée par
les metteurs en scène anglo-saxons, Leonor rêve pourtant de faire du cinéma...
en France ! « On me demande toujours si Hollywood m'intéresse,
d'où me vient l'intérêt de recevoir des scénarios que je lis comme une petite
fille, mais la Mecque du cinéma pour moi ce n'est pas Hollywood, c'est la France. » A la recherche de nouvelles sensations, elle crée un groupe de blues
(Marlango) qui lui permet d'exprimer une autre facette de son talent. « Je
crois que la musique et le cinéma se complètent bien, »
affirme-t-elle. « Grâce à la musique, je me défoule avant d'arriver sur
les tournages. Et ça c'est très pratique pour jouer la comédie. Arriver
tranquille, avec l'envie de s'insérer dans l'oeuvre de quelqu'un d'autre. Au
cinéma, j'ai l'impression que je touche moins à mon égo, car c'est le
réalisateur qui pose les limites. Je marche beaucoup mieux sous pression,
je suis meilleure actrice. Aux répétitions, par exemple, je suis très mauvaise.
Je n'ai pas cette pression et donc c'est ma timidité, ma pudeur et ma
dispersion qui ressortent. Je travaille mieux quand les barrières sont réelles.
Je pense qu'une bonne direction d'acteurs, comme celles d'Almodovar ou
d'Oristrell, pose ces barrières et vous conduit tout le temps, mais toujours
d'une manière très créative. Si on me laisse libre, ma tête se remplit de
bruit, et franchement, ça ne m'aide pas du tout. » Reste que la vie de
nomade qui va avec la carrière de chanteuse avec ne sied guère à son
caractère : « La vie en tournée c'est lassant, on arrive à un
endroit après des heures de voyage, on fait les essais son, on joue, on dort
et
on remonte dans la fourgonnette..»
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