LA GUEULE DE L'EMPLOI - Michael Bailey Smith

http://www.madmovies.com

Interview Carrière

LA GUEULE DE L'EMPLOI

Michael Bailey Smith

Michael Bailey Smith

Les Dernières ITW

Rencontré dans un avion entre Los Angeles et Paris, escale vers le Maroc où il partait tourner La Colline a des yeux 2, Michael Bailey Smith ne passe pas inaperçu. Taillé en V, chauve comme un œuf et mesurant 1m93, le bonhomme impressionne aussi par sa gentillesse, sa modestie, son sens de l’humour et un recul mâtiné d’autodérision. Abonné aux rôles de vilains (leader d’un gang carcéral néo-nazi dans Un seul deviendra invincible, agresseur de la première scène de Men in Black II), plusieurs fois démon dans les séries Charmed et Buffy contre les vampires, extraterrestre dans Babylon 5 et Star Trek : Voyager et gros bras dans une kyrielle de séries B (Space Marines, Cyborg 3, Ice…), le colosse fait le point, à l’occasion de la sortie de La Colline a des yeux 2, sur les étapes principales de sa carrière.

On ne peut pas dire que vos premiers pas dans la vie, y compris dans le monde du travail, vous prédestinaient à une carrière de comédien…
Franchement, j’étais loin de tout ça, dans un autre monde. J’ai grandi dans un milieu militaire, mon père ayant servi dans l’Air Force pendant près de quarante ans. Le hasard des affectations l’a conduit à Téhéran, où j’ai passé une partie de mon enfance auprès de mes quatre sœurs et d’un frère. Si j’ai marché sur les pas de mon père, c’est surtout parce que je n’avais pas le choix. Impossible pour mes parents de financer les études universitaires auxquelles j’aspirais ; avec une telle marmaille, ils n’en avaient pas les moyens. Après avoir participé à la construction de radars pour l’Armée de l’Air iranienne, je me suis donc engagé dans les parachutistes. J’ai porté l’uniforme pendant trois ans dans l’unité d’élite de la 82e Airborne Division. Trois années pendant lesquelles j’ai économisé de manière à payer l’université. C’est dans ce cadre que, de retour au pays, j’ai intégré une équipe de football américain, avec un tel succès que les Dallas Cowboys se sont intéressés à mon cas. J’aurais certainement fait carrière si, durant les mois de formation, je ne m’étais pas gravement blessé au genou. Impossible de prétendre au professionnalisme après pareil coup dur. La mort dans l’âme, j’ai repris mes études et obtenu un diplôme de Science Informatique. Puis j’ai suivi une fille dont j’étais amoureux à San Diego. Un sentiment pas vraiment réciproque puisque, sur place, elle m’a plaqué ! Là, je me suis essayé à la compétition de culturisme. C’est dans une salle de gym de San Diego que j’ai sympathisé avec un gars qui m’a offert de l’accompagner à Los Angeles, où il devait auditionner pour Freddy 5 – L'enfant du cauchemar. J’ai accepté par pure curiosité, car je n’avais aucune ambition dans ce domaine. Au moment de quitter le studio, le directeur de casting s’est dirigé vers moi. Il m’a ensuite présenté le réalisateur, Stephen Hopkins, qui m’a demandé si j’étais capable d’imiter le rire de Freddy Krueger. J’ai tenté le coup, ça a marché et j’ai décroché le rôle de la version musclée de Freddy, soit Super Freddy !

Comment vous êtes-vous préparé à prendre le relai, aussi bref soit-il, de Robert Englund dans le rôle de Freddy ?
Je n’ai pas eu le temps de me poser de question ; tout s’est déroulé très vite. Une semaine après l’audition, j’étais sur le plateau du film à écouter les conseils de Robert Englund, qui m’a enseigné les rudiments de la gestuelle de Freddy Krueger. Le premier jour de tournage de la scène, j’étais terrifié, totalement ignorant des éclairages, de la position de la caméra, de l’usage que je devais faire du gant aux griffes d’acier. En fait, je devais surtout aller d’un point à l’autre, marcher en prenant des airs menaçants. Quelque chose de très technique. Je ne savais d’ailleurs pas très bien ce que je faisais ! En dépit de la peur qui me tenaillait, j’ai presque aussitôt senti monter en moi le désir de devenir un vrai comédien, un métier auquel j’avais tourné le dos quelques années plus tôt, sur le campus du Michigan. Un étudiant m’avait alors proposé d’incarner un monstre dans le film qu’il réalisait. Paniqué à l’idée de devoir réciter des dialogues, j’avais rejeté son offre. Avec le rôle de Super Freddy, j’ai radicalement changé de point de vue. Pendant trois ans, j’ai suivi des cours d’art dramatique. Comédien : voilà ce que je voulais faire dans la vie, l’expérience de Freddy 5 ayant été plus que positive. Outre le rôle de Freddy, j’y incarne aussi, sans que l’on distingue vraiment mon visage, le gars qui fait l’amour à la fille, dans la séquence d’ouverture. Quand on m’a proposé ça, j’ai répondu : « Et je suis payé ? Où dois-je signer ? ». Et j’ai signé, même si j’apparais au générique sous le nom de Mike Smith, du fait que je ne m’étais pas encore inscrit au syndicat des acteurs.

Finalement, le rôle de Super Freddy préfigure ce que vous alliez faire les années suivantes : interpréter des monstres et porter des masques…
Pas tant que ça, en vérité ! Sur la quarantaine de films et les quatre-vingts épisodes de séries télé que j’ai tournés, moins de 20 % impliquent le port de prothèses. Pourquoi me confie-t-on si souvent des rôles de monstres ? Ma carrure, c’est sûr, mais aussi mon visage, que les gens des effets spéciaux disent adapté aux maquillages. Je posséderais, selon eux, la structure osseuse idéale ! Cela ne m’ennuie pas de jouer masqué. Au contraire même ; un masque ou un maquillage vous enferment immédiatement dans le rôle, dans un cocon. C’est bénéfique au jeu, à la concentration.

Dans quelle mesure un rôle de tueur au faciès hideux peut-il procurer une satisfaction à un acteur ?
La majorité des monstres que j’ai joués sont des méchants, mais eux-mêmes ne se considèrent pas comme tels. Ce sont des gens qui vivent dans un autre monde que leurs contemporains, possèdent des valeurs différentes. Dans La Colline a des yeux, Pluto n’est pas un vilain ordinaire. Je le vois plutôt comme un grand gamin, un innocent, certes vicieux, même s’il n’a pas l’impression de mal agir. Peut-on reprocher à un requin d’attaquer telle ou telle proie ? Non, pas plus qu’on ne peut reprocher à Pluto de s’en prendre à ceux qui empiètent sur son territoire ! Je crois que sa mort a quelque chose de tragique, d’émouvant ; elle ne laisse pas le spectateur indifférent. Ironiquement, aux auditions, les prétendants au rôle ne devaient pas lire les dialogues de Pluto, puisqu’il est muet, mais ceux de Lizard, qu’interprète Robert Joy. Au terme de mon audition, j’étais plutôt inquiet ; les gens restaient bouche bée, comme en état de choc. « Sans doute parce que j’ai été nul » ai-je alors pensé, convaincu que j’avais livré là la pire prestation de ma carrière. Quelques jours plus tard, quelle n’a pas été ma surprise d’apprendre que j’étais engagé. Comment Alexandre Aja avait-il bien pu me trouver les qualités nécessaires à Pluto, alors que j’avais récité les répliques de Lizard ? « Il suffit de te regarder ! » m’a-t-il répondu. J’ignore si je dois prendre ça comme un compliment ! Quoi qu’il en soit, maquillé, j’étais si hideux que les gens de l’équipe se sont écriés « Oh, mon Dieu ! » lorsqu’ils m’ont découvert pour la première fois. Cela ne s’est pas arrangé par la suite ; beaucoup évitaient même de me regarder, et seuls les gens de KNB, l’atelier d’effets spéciaux, m’approchaient sans problème ! Plutôt flatteur pour leur maquillage.

Sur le plateau du remake de La Colline a des yeux, aviez-vous à l’esprit Michael Berryman, le titulaire du rôle dans l’original de Wes Craven ?
En m’engageant, Alexandre Aja m’a interdit de regarder l’original ; il ne voulait surtout que la performance de Michael Berryman m’influence d’une manière ou d’une autre. Pour lui, il n’y avait pas lieu de se référer au premier Pluto dans la mesure où le second n’avait rien à voir avec lui.

Si Pluto est tué dans le premier film, vous revenez dans La Colline a des yeux 2. Étrange…
Oui, dans le rôle de Hadès, le chef des mutants. Un vrai méchant, celui-là ! De Pluto, il ne présente que les facettes les plus négatives, les plus brutales. Du fait que nous avons tourné en novembre, au Maroc comme le premier, nous n’avons pas souffert des mêmes températures caniculaires. Une expérience plutôt agréable. De La Colline a des yeux, je me souviendrai longtemps du tournage de la scène d’ouverture, celle où je tue les scientifiques à coups de pioche ; il faisait plus de 40° à l’ombre. Les températures les plus élevées que j’ai connues de toute mon existence.

Dans le registre du tueur maniaque et défiguré, vous sortez également du lot avec le Monster Man.
Me considérant comme un comédien, je me suis immédiatement questionné sur ce que je pouvais apporter au personnage. En soi, revêtir un costume et porter un maquillage ne présente aucun intérêt. J’ai donc suggéré au réalisateur, Michael Davis, la respiration profonde du monstre, comme ci ce dernier souffrait de problèmes respiratoires, ainsi que cette manière de traîner la jambe. Les séances quotidiennes de maquillage ne s’éternisaient pas trop ; elles duraient dans les deux heures. Sur certaines productions, ça peut monter jusqu’à trois ou quatre heures ! Tourner Monster Man n’a cependant pas été sans difficulté. Pour certaines scènes en intérieur, du fait des prothèses et de la faiblesse de l’éclairage, j’étais pratiquement aveugle. Je garde également un souvenir mitigé du moment où, les tripes à l’air, le sang dégouline partout sur moi. Drôle d’impression de sentir ce liquide froid et visqueux s’écouler abondamment dans vos sous-vêtements ! J’aurais bien aimé renouer avec le personnage de Monster Man, mais ses deux séquelles n’ont jamais trouvé de financement sur le plan international.

Avec la version Roger Corman des 4 Fantastiques, vous décrochez un rôle de super-héros : Ben Grimm, alias La Chose.
Si je joue effectivement Ben Grimm, je disparais lorsque La Chose entre en scène. Ce n’est pas moi, mais Carl Ciarfalio qui l’incarne. Cette version des 4 Fantastiques constitue l’une des grandes déceptions de ma carrière ; personne ou presque n’a pu la voir après que Fox en ait acheté les droits et bloqué la diffusion au profit de la sienne. Il fallait s’y attendre. Quand Roger Corman et ses partenaires allemands de Constantin Film Produktion ont monté le projet, ils n’avaient que quelques mois pour produire le film avant que ses droits cinématographiques ne reviennent chez Marvel. Le contrat stipulait que la réalisation devait démarrer avant le 1er janvier 1993. Tout s’est donc précipité, au point que le tournage a débuté vers le 27 décembre. Personne ne travaille à ce moment-là. Pendant vingt-cinq jours, nous n’avons pas arrêté, cumulant jusqu’à vingt heures consécutives de présence sur le plateau. J’en aurais bien fait davantage – interpréter La Chose en l’occurrence –, mais la combinaison n’était pas à ma taille. En fabriquer une autre aurait nécessité des mois ! À La Chose, je ne prête finalement que ma voix ! J’ai travaillé dur, très dur, sur The Fantastic Four, et la nouvelle de sa mise au placard m’a d’autant plus marqué que j’ai investi 12 000 $ de ma poche dans sa promotion. En pure perte !

Que faites-vous si loin de chez vous dans Black Mask 2, une production hongkongaise réalisée par Tsui Hark ?
Une drôle de surprise ! Je pensais que Tsui Hark allait me proposer un personnage de mutant ou de monstre, comme il y en a quelques-uns dans le film. J’ai évidemment été très surpris lorsqu’il m’a annoncé : « Non, toi, tu vas jouer le père du gamin ! ». Un rôle de gentil papa ! Je n’attendais vraiment pas ça de Black Mask 2 ! Une sacrée satisfaction que de sortir de mon registre habituel : celui des brutes épaisses ! Le métrage m’a ainsi permis de jouer des séquences un peu sentimentales avec le gosse, mon propre fils, et de travailler sur des bagarres et scènes d’action orchestrées par Yuen Woo-Ping. Un honneur qui ne se refuse pas.

Justement, vous ne saturez pas un peu des rôles d’homme de main, de garde du corps et de vigile ?
Je sais que je suis enfermé dans un domaine, fiché. Cela ne me dérange pas plus que ça, même si je souhaiterais exprimer autre chose que la force, la colère. Je sais le faire parce que j’ai suivi la formation nécessaire. J’ai travaillé dur pour devenir comédien, afin d’élargir ma palette d’expressions. À Hollywood, les types aussi costauds et baraqués que moi prolifèrent, mais la plupart se reposent sur leur seule présence physique, et ne savent pas jouer la comédie. Moi, je l’ai appris, et c’est pourquoi je travaille tant. J’aime faire rire les gens, faire rire mes gamins, des gosses de cinq et neuf ans auxquels ma femme et moi interdisons les films d’horreur et d’action. Pour les amuser, j’ai plusieurs comédies à mon palmarès, dont pas mal de séries télé.

Parmi tous vos rôles de brutes, celui de Boo dans In Hell avec Van Damme se détache nettement.
Effectivement. In Hell est aussi l’expérience cinématographique la plus éprouvante que j’aie connue. La dernière bagarre nous a mobilisés sept jours durant, de sept heures du matin à sept heures du soir. Les pauses étaient rares, courtes. En parfaite condition physique, je me suis entraîné dur pour cette scène. Van Damme aussi, un chic type et un bosseur. J’ai d’autant plus apprécié notre rencontre virile que je rêvais de me mesurer à lui depuis un moment. Maintenant que c’est fait, il me reste un autre rêve à concrétiser : incarner un vilain dans un James Bond ! En vérité, j’ai accidentellement obtenu le rôle de Boo. La production me l’a proposé après que le comédien engagé se soit fracturé le pied le premier jour de tournage. Facile de le remplacer, dans la mesure où il porte un masque et que, physiquement, je collais d’assez près au rôle, même si mon prédécesseur était encore plus grand que moi ! Une vraie montagne. Au final, je cumule deux rôles dans In Hell. Ceux de Valya, un prisonnier russe doublé d’un méchant comme j’en ai tant incarné, et de Boo, un personnage bien plus riche. Mais j’en ai tout de même bavé, tant le réalisateur, Ringo Lam, nous poussait physiquement dans nos derniers retranchements. Il voulait des empoignades si réalistes que j’ai fini mes six semaines de tournage dans un hôpital bulgare. Bilan : une profonde coupure au cuir chevelu, le nez cassé, des côtes abîmées… Les risques du métier !

Parmi les nombreuses séries B que vous avez animées, il y en a deux signées par des piliers du genre, Final Voyage de Jim Wynorski et Crash dans l'océan de Fred Olen Ray…
Je garde de Fred Olen Ray un bon souvenir. Quelqu’un d’agréable. Avec Jim Wynorski, je n’ai pas été déçu. On m’avait averti qu’il gueulait et râlait tout le temps et c’est exactement ce qui s’est passé sur Final Voyage. Les réalisateurs qui crient pour un rien, je n’aime pas trop ça. Pas bien grave, en fait. L’important est de travailler, même sur de petits budgets. Souvent, la seule différence avec une grosse production tient à la qualité de la nourriture que sert le traiteur sur le tournage ! Il faut aussi travailler plus vite, mais cela ne me dérange pas, car c’est ainsi à la télévision. Bon, évidemment, la concurrence est dure à Hollywood, impitoyable, même. Vous n’êtes jamais sûr de décrocher le job. J’ai auditionné pour tant de métrages, de la série B la plus anonyme à Dommage collatéral avec Arnold Schwarzenegger, que je n’aurais pas trouvé le temps de tous les tourner ! Parfois, je ne cache pas ma déception, surtout quand une vedette appelle un directeur de casting pour imposer un ami ou une connaissance. Alors, lorsqu’on me donne un petit rôle dans une petite production, je ne crache pas dans la soupe. J’ai une famille à nourrir, des factures et crédits à payer. De grosses dépenses. Pour subvenir à tous mes besoins, et parce qu’entre les films et séries télé, il s’écoule parfois des semaines ou des mois, j’exerce parallèlement un métier dans l’informatique pour le compte de la société texane National Technical Systems. Je travaille aux ventes. Aux États-Unis, beaucoup d’acteurs occupent discrètement un second emploi. D’ailleurs, voici quelques semaines, j’étais à Paris dans ce cadre, plus précisément à l’Hôtel Hyatt Regency près de l’Aéroport Charles De Gaulle, pour une conférence.

Comment envisagez-vous votre avenir de comédien ?
Je mise gros sur Blood Shot, mon premier rôle en vedette. J’y incarne un vampire qui travaille pour le gouvernement américain contre des terroristes. Une comédie. À l’origine, Blood Shot n’était qu’un court-métrage. Il a si bien fonctionné dans le circuit des festivals que des producteurs ont investi cinq millions de dollars pour le transformer en long-métrage. Une aubaine. J’ai aussi en tête de créer ma propre société de production, d’écrire mes propres scripts. D’ailleurs, j’étais en train de travailler sur l’un d’eux quand vous m’avez appelé.

Marc Toullec
voir toute la galerie

  • Vos Réactions
  • Réaction de suioitto
  • le 24/05/2008 à 00h35
  •  
  • Vous avez vus ce colosse, mais mon Dieu donnez lui un role à sa mesure .(Un seigneur de la guerre ,un Dieu de l'Olympe)ha non !pourquoi pas le Terminator.Ouais !ça lui irait comme un gant,c'est le profil idéal.Une force de la nature ce gars ,à suivre de trés prés donc .On t'a a l' oeil Michael.

Mad Newsletter

Les infos Mad Movies par email

En savoir plus
Mad Shop : la boutique en ligne de Mad Movies - Bientôt sur Mad-Movies.com
Vidéo à la demande