Guerre des sexes - Interview de Joe Dante

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Interview

Guerre des sexes

Interview de Joe Dante

Joe Dante

  • Date de Naissance : 28/11/1946
  • Lieu de Naissance : Morristown, Etats-Unis
  • Activités : Acteur, Réalisateur, Scénariste, Producteur, Monteur

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Après le succès de Vote ou crève, Joe Dante récidive pour la deuxième saison des Masters of Horror. Avec La Guerre des sexes, le papa des Gremlins persiste et signe dans le pamphlet politique. Entretien avec un cinéaste engagé.

Avant tout, vous sentez-vous plus détendu depuis la récente victoire des Démocrates ?

Eh bien, je suis plus optimiste. Les choses étaient devenues très obscures. Je sentais que le peuple devait se réveiller et voir ces gens pour ce qu’ils étaient. J’étais en quelque sorte choqué et déçu. Particulièrement pendant la dernière élection, car les Américains n’avaient pas remarqué toutes les choses terribles que le gouvernement était en train de commettre. Ou bien ils ne s’en préoccupaient pas, je ne sais pas trop. Puis il y a eu l’ouragan Katrina et le peuple a commencé à réaliser que ces gens ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Cette catastrophe est devenue une sorte de symbole. L’aveuglement des gens par rapport aux événements en Irak était surprenant. Chez nous, les gens ne regardent pas la télévision. Et quand ils le font, ils regardent seulement Fox, la chaîne républicaine. Et ils ne lisent pas les journaux, car ils n’ont pas confiance en ce média. Donc, ils ne sont pas vraiment au courant de ce qu’il se passe dans le reste du monde : les carnages, la violence et l’horreur de la guerre. Et maintenant, c’est pire que jamais. Le Président ne veut même pas admettre qu’une guerre civile fait rage en Irak. Mais je suis plus optimiste aujourd’hui, car au moins, nous avons montré à la communauté internationale que nous ne sommes pas tous fous !

Concernant les Masters of Horror, pourquoi avez-vous choisi de réaliser La Guerre des sexes et comment avez-vous travaillé avec Sam Hamm pour l’adapter au petit écran ?

Je voulais déjà mettre en scène cette histoire lors de la première saison. Mais nous n’avions pas pu obtenir les droits. En fait, j’ai voulu adapter cette nouvelle dès que je l’ai lue, en 1977. J’y pensais déjà quand je travaillais avec Roger Corman, mais nous avons eu quelques problèmes. Car pour faire de ce récit un long-métrage, il fallait des moyens conséquents, afin de réussir à montrer ce qui se passe à travers le monde. Avec Masters of Horror, nous devions tout mettre en boîte dans le cadre d’un métrage d’une heure, avec un très faible budget. L’histoire originale se situe la plupart du temps en Colombie avec quelques scènes au Canada. Donc, lorsque Sam a commencé le travail d’adaptation, je lui ai dit : « Nous devons essayer de trouver un moyen de réduire le scénario afin de minimiser le nombre de décors. ». Et même avec ces précautions, ce fut l’épisode le plus cher de la saison, parce qu’il y a beaucoup de personnages et beaucoup de lieux de tournage. Mais nous l’avons filmé en dix jours. Il y a beaucoup de dialogues pour un programme de ce type. Je pense que le succès de Vote ou crève m’a poussé à être plus ambitieux avec La Guerre des sexes. La nouvelle originale est écrite comme une série de lettres d’un homme à son épouse. L’adaptation a donc été très compliquée. Sam a travaillé bien plus dur que sur Vote ou crève. Il y avait beaucoup de retours temporels et d’éléments que nous avons dû changer. Puis nous avons dû dramatiser les incidents décrits dans les lettres afin d’introduire des éléments horrifiques. Nous avons coupé une grande partie de l’histoire, car nous ne pouvions trouver de solution pour le faire au Canada. Nous nous sommes donc résolus à tourner en intérieur plutôt qu’en extérieur. Ça donne un peu ça : « Nous sommes à Washington, mais vous ne voyez rien du tout de la ville ! ».

Mick Garris dit que dans cette deuxième saison, les réalisateurs ont été plus ambitieux dans leurs choix de scénarii grâce au succès de Vote ou crève l’an dernier. Qu’en pensez-vous ?

Vous savez, j’ai assisté à beaucoup de projections de mes films, et je n’ai jamais vu ça. Être applaudi pendant dix minutes à Turin ! C’était surprenant. Et je suis presque sûr que ce n’était pas dû au seul mérite de l’épisode. Je pense que c’était aussi lié à son contenu politique. Le public a ressenti un tel soulagement en constatant que les Américains ne faisaient pas tous partie du même troupeau de fous ! Ils étaient reconnaissants de voir quelque chose en provenance d’Amérique qui véhiculait ce type de message. Et je suis heureux de voir que d’autres réalisateurs s’attèlent cette année à des projets plus ambitieux.

La Guerre des sexes aborde un grand nombre de problèmes sociaux comme le racisme, la misogynie ou le manque de communication…

Le manque de communication est un thème récurrent dans mes films. Le téléfilm La Deuxième guerre civile est entièrement consacré à ce sujet. Je me suis rendu compte que les femmes en particulier semblaient perturbées par cet épisode, ce qui n’est pas surprenant… mais c’était ça l’idée. Ce qui est bien avec Masters of Horror, c’est qu’on faire des choses que l’on ne pourrait faire nulle part ailleurs. Et je ne parle pas uniquement du degré de violence, mais aussi de l’histoire. La Guerre des sexes ne pourrait pas être un film commercial et populaire. Mais sur cette série, on peut se permettre d’être un peu différent, on n’est pas obligé de mettre en scène des zombies ou des loups-garous chaque semaine. J’ai toujours aimé cette histoire, et même si nous avons dû prendre des raccourcis, je suis vraiment content du résultat final.

Votre épisode présente les hommes comme de dangereux meurtriers religieux, Carpenter parle de l’avortement et des soi-disant Gardiens de la Vie, Landis associe la musique gospel aux meurtres... Ne pensez-vous pas que c’est une sorte de réaction contre votre Président, très porté sur l’évangélisme ?

Je pense que oui. Parmi les évangélistes, il y a des gens sincères. Et d’autres qui ne le sont pas, qui se servent de la foi pour leurs intérêts. Certains hommes politiques ont utilisé la religion d’une manière très cynique depuis sept ans. La religion évangéliste me donne la chair de poule, et je pense qu’on retrouve cette idée au début de La Guerre des sexes, comme s’il se produisait quelque chose de divin, de très sombre et torturé. L’auteur de la nouvelle, Alice Sheldon, est un personnage très intéressant. Ses histoires étaient très populaires dans les années 60 et 70. Le thème principal de bon nombre de ses écrits traitent du fait que les femmes n’ont pas besoin des hommes, et je pense que beaucoup de ses écrits seront adaptés dans l’avenir.

Dans La Guerre des sexes, pourquoi citez-vous La Maison des sévices de Takashi Miike ?

C’est l’une de mes private joke habituelles : La Maison des sévices est l’épisode qui n’a pas pu être diffusé aux États-Unis parce qu’il a été jugé trop choquant. J’ai donc pensé que ce serait un moyen d’en diffuser un petit bout à la télévision américaine ! (rires)

Quels sont vos prochains projets ?

Je continue de travailler sur mon film concernant Roger Corman et The Trip. J’essaie d’obtenir des fonds. Une partie de l’argent vient du Japon, et je multiplie les rencontres afin de trouver d’autres financements.

Laurence Mijoin


  • Vos Réactions
  • Réaction de Le Toursiveu
  • le 23/09/2007 à 17h54
  •  
  • Quel homme passionnant ce Joe! Alors si son épisode m'a cette fois assez déçu (comme pas mal de films de la saison 2 - sauf le Landis jouissif) on ne peut qu'admirer un mec qui a a passé toute sa vie à défendre le cinéma qu'on aime et ce, de fort belle manière. Si son prochian projet est un hommage à Roger Corman, je serai le premier dans la salle.

    Est-ce que quelqu'un chez Mad peut nous dire si une sortie salles est prévue pour Trapped Ashes, cette anathologie que Dante a aco-signée avec Sean S. Cunningham, John Gaeta, Ken Russell et Monte Hellman?

    Au fait, toutes les infos sur la saison 3 des Masters of Horror seraient les bienvenues!

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