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Nouveaux venus dans la musique de films, Alex et Willie Cortes se sont imprégnés avec succès du futur dystopique imaginé par Franck Vestiel, leur composition contribuant à établir l’atmosphère si particulière d’Eden Log. Cette première incursion leur a valu d’être remarqué depuis cette interview par Pascal Laugier qui leur a proposé de composer la musique de Martyrs. Mad a rencontré les intéressés dont la musique évolue entre la dark ambient, le post rock à la Mogwai et la drum’n’bass vénère. Question originale, d’où vient votre nom ? C’est une référence à l’écrivain Yukio Mishima (auteur japonais qui s’est fait suicidé en s’ouvrant le ventre après une tentative de prise de pouvoir ratée, ndlr). Ca sonne bien. Merci. Beaucoup de monde pense le contraire. (rires). Quels sont vos parcours musicaux respectifs ? Willie : On est originaires de Perpignan. Je suis parti pour Londres à l’âge de 19 ans et mon frère m’a suivi peu de temps après. Pour bosser dans la musique, ça nous semblait être une bonne destination. J’ai sorti un premier disque, Farsuct chez Delabel en 2004 qui est passé un peu voir beaucoup inaperçu. Ca a été une bonne expérience, ça m’a permis de faires mes premières armes à la production. A la fin de la même année, j’ai quitté le label et j’ai fondé Seppuku Paradigm avec mon frère vu qu’on était tout le temps ensemble pour faire de la musique. On a auto produit un EP ce qui était difficile vu le manque de moyens même si on avait plus de liberté. On a rencontré Cédric Jimenez le producteur d’Imperia Films et on a fait trois morceaux de fond sonore pour Scorpion dont le générique de fin. Alex : J’ai fait partie d’un collectif electro, c’était une manière de travailler un peu particulière. Il y a avait des DJs qui habitaient Paris, Barcelone, Londres… On s’envoyait nos fichiers par Internet. C’était une collaboration à distance. Downliner Sekt, c’était un collectif electro/drum’n’bass. Comment vous vous répartissez le travail ? Willie : On brode ensemble, c’est une synthèse de plusieurs idées. Pour Eden Log, Alex a plutôt bossé sur la première partie du film et moi sur la seconde pour se rejoindre sur le dernier acte. On travaille beaucoup en soft vu qu’on a pas mal gamé et programmé. Dans la B.O., il y a que des sons synthétiques. De toute manière, même si y’a des instruments live, on essaye de triturer le son. Les mecs poussaient leurs amplis au début du rock électrique, ça faisait mal. Vous écoutez quel style de musique ? Quelles ont été vos influences pour la B.O. ? Willie : Un peu de tout. On aime bien My Bloody Valentine, Sonic Youth. Aphex Twin, Autechre, la plupart des choses qui viennent de chez Warp... Mais en fait, j’ai tellement la tête dans la musique que quand je rentre chez moi, j’ai du mal à écouter quelque chose d’autre. Alex, c’est différent, il a besoin de ça. Tout le côté sombre, on l’a tiré de notre expérience Drum’n’bass mais on a retiré les beats. On a viré tout ce qui était percussif à la demande de Franck. Il voulait que la musique soit un personnage à part entière, je ne sais absolument pas si on a réussi vu que c’est très frais, mais c’était une intention. Alex : Les ambiances lourdes, c’est quelque chose qui nous attire de toute manière. Sinon pour voir comment fonctionne le son à l’image, j’ai visionné plusieurs fois Akira vu qu’Eden Log ressemble à un manga live sous bien des aspects et il y a quelques sonorités issues de Battlestar Galactica, une série que j’adore. Ce n’était pas trop intimidant de bosser sur des images ? Alex : On a été très tôt attaché au projet. Dès la première lecture du scénario, on a commencé à proposer des textures à Franck. Il voulait vraiment une musique intemporelle, loin des effets de modes. Willie : Vu qu’on est des nouveaux venus, il nous semblait important de se rendre sur les lieux de tournage pour s’imprégner de l’atmosphère et de fil en aiguille, on a tenté de conférer une identité musicale au film. Ca nous a rassuré d’être attaché autant en amont à Eden Log, d’avoir un peu de temps pour tout mettre en place. Alex : Tu dois être très rigoureux, vu que tu colles à l’image. Mais encore une fois, la B.O. devait être harmonieuse, et c’est vrai qu’on a eu le temps d’expérimenter et sélectionner nos sons. Ca fait beaucoup penser à de la Dark Ambient, à ce qu’a fait Trent Reznor sur Quake. C’est possible vu qu’on aime beaucoup Nine Inch Nails et les jeux vidéos. L’univers d’Eden Log se rapproche de ce que vous aimez au cinéma ? Willie : Pas seulement au cinéma mais aussi en littérature et en musique. Mon album parlait de ça, des mondes qui ressemblent aux nôtres au futur incertain. Les couleurs d’Eden Log, le monde souterrain et le côté low tech, ça nous a énormément parlé. Alex : Ca va être original mais on adore Blade Runner, c’est un film tellement énorme qui est plus que jamais d’actualité en ce moment. Akira, Blade Runner, Ghost in the shell, c’est ce qu’on préfère en matière de S.F. Une fois que vous aviez les images, comment avez-vous travaillé ? Willie : Surtout au feeling. On a travaillé à l’image, capter une expression, être à l’affût de tout ce qui pouvait nous évoquer une ambiance. On Quand j’ai vu le boulot de Mansell sur Requiem for a Dream, c’est dans ce sens qu’on voulait aller. Alex : On a tout de suite gagné en précision, il fallait suivre le mouvement de l’image. Dans ces contraintes, on a trouvé beaucoup de liberté, c’était un nouveau terrain de jeu, une expérience sublime vu que Franck nous sollicitait, nous donnait des consignes précises. Bizarrement ça nous a libéré. C’était vraiment jouissif, c’est difficile de l’expliquer avec des mots, je m’excuse. (rires) Willie : Ca nous a donné envie de bosser à nouveau avec des graphistes et des clippeurs, de voir à l’inverse comment certains réalisateurs pourraient mettre en image notre son ! C’est super ce qui nous est arrivé, même si on doit bosser sur des films encore plus expérimentaux, on est prêt à essayer. Votre perception concernant la musique au cinéma a-t-elle été modifiée ? On a beaucoup plus tendance à écouter les films. Vu qu’on a découvert cette manière de travailler, on essaye de voir comment bosse les autres, c’est passionnant. Où avez-vous enregistré la B.O. ? Willie : Dans le studio de Muse Production à Paris qui appartient à Nourredine Si Mohammed. Ca fait 10 ans qu’on se connaît. C’est lui qui avait produit la B.O. rap de Scorpion, le film de Julien Seri. C’est un collectif, c’est cool, ça nous permet de faire un peu de prod’ de temps en temps, on s’entraide. Et avec quels outils ? Alex : Essentiellement Logic Audio . Parce que c’est un outil super développé pour les créations musicales. Sinon on a enregistré les voix avec Pro Tools. Merci au passage à Melissa Mars qui a gracieusement prêté sa voix sur deux thèmes. Votre passage préféré dans le film avec votre musique ? Alex : Le plus difficile, celui du deuxième combat avec les mutants. Travailler sur une scène d’action, ça été terrible. C’est très gratifiant de renforcer avec la musique la dynamique des images. Willie. : La scène du viol et le générique d’intro avec les grosses basses. Ca n’a pas été difficile de mettre de côté certains de vos morceaux ? On en a retenu 18 sur 48. Dès que les images ont afflué, ça nous a permis de voir si qui fonctionnait ou pas. Franck avait plus de recul par rapport à nous d’ailleurs, pour s’apercevoir si ça fonctionnait dans l’image. Et encore une fois, on voulait coller à sa vision. Mais encore une fois, hormis quelques indications, il nous a laissé tranquille. Si on pouvait bénéficier de la même liberté sur un autre film, ce serait cool ! En tout cas, on ne pourrait jamais faire de la musique pour Camping puisque ça nous évoque rien du tout. Justement, vos projets ? Plusieurs concerts et puis sortir un nouvel album,en autoprod. En tout cas signer sur un gros label, tu as l’impression de devenir un esclave… Je pense qu’on aurait jamais eu cette liberté si on avait fait la B.O. en étant signés sur une major. Ca peut devenir très compliqué, mon expérience passé m’a un peu refroidi. On a notre matos, l’argent qu’on gagne à droite et à gauche, on le réinvestit complètement dedans. Notre page Myspace nous permet de nous faire connaître, c’est une vitrine même si on touche que dalle en exposant notre son. Si jamais une Major remarque notre musique et nous laisse vraiment faire ce qu’on veut, pourquoi pas ?! Mais ce dont on a réellement besoin maintenant c'est une distrib’ et un tourneur... David Doukhan |
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