Master of Latex - Interview de Greg Nicotero

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Interview

Master of Latex

Interview de Greg Nicotero

Gregory Nicotero

  • Date de Naissance : 15/03/1963
  • Lieu de Naissance : Pittsburgh, Etats-Unis
  • Activités : Acteur, Producteur, Concepteur SFX

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Véritable artiste chirurgien au parcours impressionnant, Greg Nicotero décrypte le processus de fabrication des corps, membres et autres têtes coupées du nouvel opus d’Eli Roth.

Comment s’est passée votre collaboration avec Eli Roth ?

J’adore travailler avec Eli. Il y a beaucoup de réalisateurs avec qui tu travailles qui vont te parler de ce qui est important pour eux. « Oh, je ne peux pas venir pour les essais parce que je dois… enfin, tu sais, je dois gérer les acteurs, répéter avec eux, et je dois aller… ». Avec Eli, notre contribution est vraiment importante et cela signifie beaucoup pour lui. Alors, il met un point d’honneur à venir au studio et travailler avec nous. Pour Eli, c’est comme aller faire un tour à « Bloody Disneyland ».

Comment l’équipe a-t-elle créé l’univers d’Hostel Chapitre II ? Quelle a été votre implication ?

Eli et moi avons une sensibilité très similaire donc je me sens toujours très impliqué dans tout ce qu’il fait. C’était déjà le cas sur Cabin Fever. Ça l’a été encore plus sur Hostel puisque la première scène que nous avons développée fut la séquence dans laquelle Paxton se fait torturer. Nous l’avons jouée Eli et moi, donc nous étions très impliqués émotionnellement. Et puis il fallait leur donner un aspect et un style nouveau et très réaliste. Dans ce film, il y a tellement de petits morceaux de choix comme, par exemple, la scène dans laquelle Miroslav se fait tuer. C’est un peu comme un reflet de ce que nous avions vu avec Josh dans le premier film, mais en allant bien plus loin. Il était très important de mettre en avant l’idée que ces gens paient pour tuer, qu’ils éprouvent une fascination morbide pour la dissection des corps.

Comment s’est faite la transition du scénario au tournage ?

Cela s’est fait très progressivement. Eli sait ce dont nous sommes capables et nos qualifications. Il sait que nous pouvons réaliser des choses qui vont lui correspondre et il nous voue une confiance quasi aveugle. Nous nous entretenons quand même avec lui à propos de ce qu’il désire voir puis il nous laisse poursuivre en fonction de ses instructions. Bien que la série des Hostel soit tournée à Prague, nous travaillons depuis Los Angeles, notre studio y étant basé. Nous fabriquons donc les effets ici puis nous faisons des tests et proposons plusieurs manières d’exécuter la scène. Nous tournons alors des séquences tests et nous les envoyons à Eli. Il les regarde et y ajoute éventuellement des annotations. Toutefois, il arrive qu’un effet soit conçu sur place, comme celui où la maquilleuse se fait arracher le nez, car la figurante a été recrutée sur place.

Pouvez-vous nous expliquer le processus de création des répliques des membres et des corps ?

De nouveaux matériaux ont été utilisés ainsi que différentes techniques de fabrication. Il y a un nouveau procédé qui a rencontré un grand succès l’an dernier. Nous avons en quelque sorte repensé la manière de fabriquer les faux corps : nous moulons puis scannons le corps de l’acteur. En collaboration avec la société Cyber Effects, nous avons placé les acteurs devant un laser qui nous permet de scanner leur corps. Cela prend trente secondes. Une machine de la société sculpte une réplique parfaite du corps, en taille réelle. Ensuite, nous greffons la tête de l’acteur sur le corps puis nous créons un moule de l’ensemble. Mais il y a une étape que nous avons réalisée différemment : nous avons façonné les armatures avec les articulations exactes du squelette humain. Nous avons donc les articulations des coudes, des chevilles, des doigts, des épaules et ainsi de suite… Enfin, nous en ressortons un corps en silicone, solide. Le corps pèse alors entre 35 et 40 kg mais il a cette parfaite armature articulée qui lui confère une existence propre. Il peut bouger. Si vous le saisissez et le faites bouger, c’est comme si vous teniez et bougiez un véritable corps. C’est vraiment génial ! Kevin Wasner a travaillé sur la Passion du Christ. Sur ce film, ils ont perfectionné un matériau pour la conception de toutes les cicatrices de la scène de torture de Jésus. Toutes les coupures et les entailles ont été réalisées avec cette nouvelle substance, très facile à appliquer et déjà colorée couleur chair. Tu peux poser des douzaines de coupures sur le corps de quelqu’un aisément et rapidement. Il ne reste plus qu’à appliquer du sang sur l’ensemble et le tour est joué ! Nous essayons constamment d’utiliser de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques parce que le public de nos jours regarde le film sur DVD, il fait des arrêts sur image et dissèque chaque scène. Il veut comprendre comment les effets sont fabriqués, exactement comme moi quand j’étais plus jeune.

Comment un expert en effets spéciaux parvient à faire naître la peur dans un film ?

Honnêtement, c’est bien plus présent dans le montage et dans le jeu des acteurs. Dans le premier Hostel, il y a trois mecs : Oli, une sorte de Don Juan, Paxton, le beau mec et Josh, celui auquel tout le monde dans le public peut se référer parce que c’est le plus humain. Et bien sûr, c’est celui qui est tué en premier. C’est un peu le syndrome Janet Leigh dans Psychose : un effet réussi n’est vraiment réussi que si le public s’identifie au personnage et croit en lui. C’est sur ce point précis que tant de films d’horreur échouent aujourd’hui. Si on se fout des acteurs ou des personnages, on s’en fichera s’ils se font tuer.

Comment les aspects dramatiques et les effets spéciaux sont équilibrés ?

En fait, c’est vraiment inhérent au scénario et à la réalisation. Ils tournent tout à notre intention. Puis on débarque. On déballe nos tubes de sang, nos coupures, nos blessures et tout le reste. C’est assez intense. Mis à part le réalisateur, nous sommes ceux qui sommes le plus en interaction avec les acteurs. Nous arrivons le matin et nous leur faisons subir des séances de maquillage interminables dans nos caravanes puis ils partent sur le tournage. Entre les prises, nous devons être présents, arranger le sang et les remaquiller. Quand vous vous occupez de quelqu’un qui joue une scène de mort tragique, la dernière chose que vous souhaitez est de le déranger. Mais vous devez y aller, vous devez rafraîchir le sang, faire ci ou ça. Donc, pour nous, une partie de notre travail est de laisser les acteurs concentrés sur leur jeu et rester discrets.

Quelle est la part d’effets spéciaux numériques dans le film ?

Très peu. Autant que je sache, il n’y a pas beaucoup de CGI. Tous les effets que nous avons réalisés sont tous des effets plastiques. Il y a peut-être quelques matte paintings ou quelques scènes tournées sur fond vert mais selon moi on a beaucoup plus utilisé des effets spéciaux de maquillage que des effets numériques.

Pour vous, quel a été l’aspect le plus difficile du projet ?

J’essaie de penser au plus compliqué. Je pense que la fabrication des têtes est toujours un challenge. Surtout lorsque l’on voit la tête de Paxton. Obtenir quelque chose de très ressemblant est toujours un exercice éprouvant. Nous avons réalisé la tête du producteur, Mike Fleiss, et celle du frère d’Eli, puis celle d’Eli. Alors, tous ces mecs ont voulu avoir leur tête sur le mur en arrière-plan ! Et je sais que c’est drôle. Mais obtenir des ressemblances parfaites est vraiment, vraiment très difficile.

Laurence Mijoin


  • Vos Réactions
  • Réaction de horseloverfat
  • le 22/09/2007 à 02h51
  •  
  • CITATION
    Véritable artiste chirurgien au parcours impressionnant, Greg Nicotero décrypte le processus de fabrication des corps, membres et autres têtes coupées du nouvel opus d'Eli Roth.Comment s'est passée votre collaboration avec Eli Roth ?J'adore travailler avec Eli. Il y a beaucoup de réalisateurs avec qui tu travailles qui vont te parler de ce qui est important pour eux. « Oh, je ne peux pas venir pour les essais parce que je dois... enfin, tu sais, je dois gérer les acteurs, répâ />


    Et ben alors, ils mettent du pastis pour faire pousser l'eucalyptus maintenant ou quoi ?

    Sinon ce serait cool d'avoir une interview de David Scherer pour le site de mad. parce qu'il en fait du taf, et franchement, pour l'avoir vu travailler en live, il peut être impressionant par son apparente facilité et sa rapidité (même si sur un plateau il peut être âpre à gérer).
    Il fait quand même un boulot incroyable, comme un magicien, mais pour le ciné, et en france !

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