| Jaume Balaguero, Paco Plaza, J.A. Bayona, Juan Carlos Fresnadillo… La liste des jeunes talents ayant émergé du cinéma fantastique espagnol ne cesse de croître. Nouveau maillon d’une chaîne en titane laminé, Nacho Vigalondo secoue pour son premier long-métrage les règles du voyage dans le temps. Mieux, il double son thriller de S.F. d’une dissection passionnante du slasher et d’une love story remuante. Véritable petit prodige scénaristique, injustement réduit à une exploitation DTV en France, Timecrimes (critique in Mad Movies 220) valait bien que l’on pose quelques questions à son auteur… Comment avez-vous imaginé le concept de Timecrimes ? Vous aviez envie de mélanger des éléments de Vendredi 13, Un jour sans fin et Retour vers le futur 2 ? Aujourd’hui, avec tous les films que l’on peut voir, tous les romans et les comic-books que l’on peut lire, je crois qu’on est condamné à mélanger pas mal de choses, sans même en être conscient. C’est impossible de ne pas penser aux films que vous mentionnez quand on utilise des éléments de slasher et qu’on traite de voyage temporel. Mais je dois dire que mes références vont plus vers des films comme Psychose, Body Double ou L’Armée des douze singes. Le cinéma a proposé plusieurs théories à propos des voyages dans le temps. Dans Retour vers le futur, rien n’est écrit. Dans Terminator, ce qui a changé doit arriver au bout du compte, dans un contexte différent. Votre film prétend que tout est écrit depuis le début ! Vous le croyez vraiment, ou était-ce selon vous une bonne manière de structurer votre intrigue ? D’un point de vue dramatique, en tant que scénariste, j’aime la résonance et la puissance dans le fait de dire que le passé vers lequel vous vous dirigez est exactement le même que celui d’où vous venez. C’est aussi plus difficile et plus stimulant de construire son histoire en suivant cette règle. Mais Je suis profondément convaincu que le fait de résoudre une énigme sans donner aux personnages le pouvoir de créer des réalités alternatives est la solution la plus juste. Ce film ne traite pas d’un incroyable voyage dans l’inconnu, c’est au contraire l’histoire d’un homme qui s’explore lui-même, encore et encore. Timecrimes est si cohérent, si logique, si mathématique qu’on peine à croire que vous ayez coupé quoique ce soit au montage. En effet, il n’y a aucune scène coupée. On a seulement enlevé quelques plans pour des questions de rythme, des plans si brefs qu’ils n’ont pas été inclus dans le DVD espagnol. Ces images ne contiennent aucune nouvelle situation, ni aucun nouveau dialogue. En revanche pour cette édition spéciale ibérique, on a produit un nouveau montage complètement fou du film, en replaçant tous les événements dans la chronologie, et non du point de vue de Hector. C’est presque un tout nouveau film, encore plus barré qu’auparavant. 
J’ai l’impression que votre but avec Timecrimes était de décrire comment un homme terne et passif est amené à devenir l’architecte de son propre destin. À la fin du film, il savoure la plus petite seconde comme s’il s’agissait de la dernière… C’est exactement ça ! Il devient ce petit dieu capable de prédire où il va pleuvoir. Il se transforme presque en mini super-héros, avec de tout petits pouvoirs. Et ses pouvoirs ne vont pas durer très longtemps non plus. Mais dans l’ensemble, oui, vous avez compris ce que je voulais faire. C’était important pour moi de créer ce personnage stupide avec Karra Elejalde, et d’ensuite le regarder se transformer en tueur bouddhiste inspiré du giallo et du slasher. Le second acte du film, avec le tueur répétant des gestes théâtraux pour effrayer ses proies, puis hésitant au moment de frapper une victime, est assez incroyable. Vous vouliez disséquer les mécanismes du slasher ? Totalement ! C’était un peu : « Comment se comporter comme un bon méchant de slasher !? ». C’est mon segment favori du film, bien que je comprenne que certaines personnes soient frustrées à l’idée de devoir encore regarder les mêmes événements. Mais c’est clairement le chapitre que j’ai préféré écrire et tourner, puisque l’intérêt n’est pas ce qui arrive, mais comment ça arrive. Certaines choses ont été très claires dès le départ. Par exemple, je savais que je n’allais pas remontrer de nichons. C’est devenu une règle inviolable. Parce que nous regardions certes les mêmes choses, mais depuis l’extérieur du genre, et non depuis l’intérieur ! lire la suite |