Asif Kapadia

- Lieu de Naissance : Hackney, Grande-Bretagne
- Activités : Acteur, Réalisateur, Scénariste, Producteur
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Présenté à Gérardmer 2007, The Return est le second effort du jeune cinéaste britannique Asif Kapadia. Et aussi son premier film fantastique. Le résultat est une ghost story très « ancienne mode » et plutôt réussie, plus portée sur l’ambiance que sur les effets-chocs et sanglants, et qui renoue avec un certain style de cinéma d’épouvante. Pour en parler, Kapadia, venu présenter au Festival de Dinard du Film Britannique 2007 son nouveau long-métrage, Far North, a accepté de revenir quelques mois en arrière…
Votre première œuvre, The Warrior, était une sorte de film d’aventures réaliste. Pour votre second, vous partez à Hollywood, et vous tournez un film d’épouvante. Pourquoi ce choix ? Par goût du genre ?
Non, pas vraiment. Après The Warrior, on m’a proposé pas mal de projets plus ou moins intéressants, et assez proches de ce premier film. Je crois que je cherchais autre chose, quelque chose de vraiment différent. Quand The Return est arrivé, je lui ai immédiatement trouvé un ton original. Et certains éléments, plutôt rares dans le genre, m’interpellaient, comme tout ce qui touche à la famille, un thème assez récurrent dans mes trois longs-métrages.
Le choix du lieu est peu ordinaire. Habituellement, les ghost stories se déroulent dans une maison abandonnée en pleine forêt, isolée en haut d’une falaise, avec une architecture gothique. Ici, c’est le Texas…
Tout à fait. Toutefois, au départ, le Texas n’était pas le lieu où se situait l’action. Mais quand nous avons fait des repérages aux USA, nous avons traversé le Texas et je me suis dit : « Wow, c’est limite inquiétant ! ». Ces grandes étendues désertiques, ces villes sans vie ou presque... J’ai alors décidé que l’histoire de The Return prendrait place dans cet état. Ensuite, avec mon chef-op’, nous avons cherché la ville qui correspondrait le mieux à cette histoire. Et franchement, je peux le dire aujourd’hui : le Texas n’est pas le coin le plus attrayant des USA (rires) !
On s’en était déjà rendu compte avec Trois enterrements, réalisé par Tommy Lee Jones.
Oui, je l’ai vu. Je m’en suis souvenu pendant nos recherches. En plus, son film n’est pas fantastique (rires) ! Non, je ne sais pas vraiment d’où ça vient. Il y a la proximité du Mexique qui a laissé des traces très anciennes en termes d’architecture, mais ce n’est pas le même pays, ce qui crée un décalage... Vous savez, en Angleterre, il y a aussi de vieilles villes, mais on détruit pour reconstruit quelque chose de plus moderne. Là-bas, tout semble archaïque, figé dans le temps... C’est triste, et très inquiétant aussi, parfois. Quand nous cherchions les lieux de tournage, nous avions opté pour Toronto, mais je n’étais pas totalement satisfait. Et lorsque nous sommes arrivés au Texas, nous avons atterri à Austin. Il y a là une grande université, et la ville est très libérale, à l’opposé du Texas. Je me disais que ce n’était pas encore ça ; mais quand vous sortez d’Austin, ça vous fait un choc. Là, j’étais sûr de trouver. Il ne restait plus qu’à dénicher le meilleur endroit. J’avoue que le Texas est assez fascinant pour un cinéaste.
L’histoire de The Return a la particularité de faire naître la peur d’un passé volontairement occulté par ses protagonistes. Est-ce un élément qui vous a motivé, le fait de ne pas expliquer la terreur par les vieilles peurs habituelles liées à un fantôme, une vengeance…
Quand avez-vous vu le film ?
Il y a six mois, durant le Festival du Film Fantastique de Gérardmer…
Et vous aimez The Return ?
Oui, beaucoup, et je ne dis pas ça parce que vous êtes là. J’aime cette peur qui repose sur de vieux secrets personnels, psychologiquement dérangeants, qu’on a enfouis au plus profond de soi, avec pour résultat une terreur séculaire, qui n’a pas besoin d’effets gratuits…
Oh. Vraiment, merci beaucoup. Ce qui m’a surtout attiré dans cette histoire, c’est le fait de porter à l’écran cette structure scénaristique différente. Revenir vers son passé, le réveiller et l’affronter, tout ça non pas dans une vieille maison gothique, comme vous le disiez tout à l’heure, mais dans une ville, une communauté. Et je tenais à préserver cette tension, et à ne pas sombrer dans l’horreur pure, avec de violents effets-chocs toutes les dix minutes, comme on le voit dans bien des films actuels. Je peux vous l’avouer, cela a été très dur de conserver ce parti pris avec les producteurs. Ils voulaient plus de sang, plus de gore. Mais j’avais à mes côtés une équipe merveilleuse qui partageait avec moi cette volonté de privilégier l’histoire et l’ambiance du long-métrage. C’est pourquoi j’apprécie beaucoup votre attrait pour The Return. Je pense qu’un jour, avec le DVD, certains reverront le film et pourront l’aimer, une fois la mode horrifique actuelle révolue.
L’originalité vient aussi du lieu où se déroule l’histoire : au cœur des derricks de pétrole !
Oui, tout à fait. Vous savez, tous mes longs-métrages sont ainsi. J’aime placer mes personnages dans des environnements qui ne sont pas en phase avec leurs problèmes. Ici, on voit bien que tout est caché dans la tête de Sarah Michelle Gellar, et que le reste n’y est pour rien, n’explique rien. J’apprécie les films « old fashion » mais, en même temps, il ne faut pas hésiter à moderniser certains éléments.
On a lu dans la presse que vous auriez fait The Return pour l’argent, pour travailler à Hollywood. Je suis surpris par ce que vous énoncez…
En fait, ce fut réellement une expérience très difficile. J’aimais le sujet, mais encore une fois, les producteurs me demandaient de faire « leur » film, et pas « mon » film. Même la promotion a été un cauchemar, ils l’ont vendu comme un film d’horreur et de terreur dans la veine de The Grudge, et bien entendu, The Return n’a pas marché. Mais je suis content du résultat.
C’est aussi pour cela que je tenais à vous rencontrer : The Return sort bientôt en France, et il était important de savoir ce que vous pensez de votre œuvre, à l’aune de ce qui a été lu et entendu. Revenons à l’échec du film en salles. Avec la présence de Sarah Michelle Gellar, le public pensait peut-être voir un nouveau Buffy contre les vampires ?
Oui, et là aussi, ce fut un dur combat, et un autre défi pour montrer que Sarah pouvait faire autre chose, dans un registre certes voisin, mais également différent, plus adulte...
Un autre point commun à tous vos longs-métrages, c’est l’enfance. Cela semble très important pour vous, même dans The Return.
Complètement, jusque dans mon dernier film, Far North. Vous savez, quand vous lisez dans les journaux les crimes qui sont perpétrés autour de vous, et plus particulièrement au sein d’une même famille et sur les enfants… Le passé explique le présent, l’enfance encore plus.
Cela a-t-il été difficile de conjuguer ces éléments propres à un drame à ceux d’un film d’épouvante, une ghost story ?
Je reconnais que c’était parfois un peu ardu. Tenter de maintenir une tension palpable dans deux genres, deux registres bien distincts – le drame lié au passé de Sarah Michelle Gellar et tout le contexte épouvante –, c’était quelque chose de nouveau pour moi. Le côté épouvante dépendait plus de l’ambiance, de l’isolement et du jeu sur les ombres.
L’explication de ces terreurs s’amorce avec d’excellents fondus liant un personnage adulte à un enfant. Était-ce votre idée, ou cela était-il écrit dès le départ dans le scénario ?
C’était en partie dans le scénario, mais il a fallu retravailler le concept pour le mettre en images. Cette réussite résulte surtout de la collaboration avec les acteurs, qui ont dû faire coïncider très précisément leurs expressions, leurs souvenirs.
Êtes-vous satisfait quand on vous dit que The Return fait peur, ce qui signifie que tous les éléments fantastiques fonctionnent, alors qu’il s’agit de votre premier film de ce genre ?
Oui, bien sûr. Mais mon plus gros défi était que de contenter le public habitué à ces films-là. Et pas uniquement par rapport aux codes liés au genre. Je souhaitais que The Return les fasse réfléchir, leur apporte plus qu’une simple succession de scènes-chocs.
Et au final, les producteurs sont contents du résultat ?
Content, c’est quand le film rapporte beaucoup d’argent. Il a très bien marché en DVD et sur le câble. Maintenant, oui, ils sont contents. Mais encore une fois, c’était un combat quotidien, très difficile à gérer, et le plus important pour moi est d’avoir réussi à réaliser le film que je voulais voir.
- Vos Réactions
- Réaction de DreamProphet
- le 12/12/2007 à 16h48
- Pas d'accord avec vous. S'il n'est pas révolutionnaire, loin de là !, The Return reste un agréable petit film à l'ancienne. Pas un film d'horreur mais une honnête série B atmosphérique, élégante et à la photo tout simplement sublime. 4/6
- Réaction de Diane
- le 12/12/2007 à 01h11
- The Return a plus l'allure d'un honnête téléfilm qu'on regarde le soir par ennui. Sinon, les critiques positives de Mad sur ce film sont à se décrocher la mâchoire.
- Réaction de Le Toursiveu
- le 11/12/2007 à 20h18
- J'ai vu The Return au BIFFF 2007 et n'en garde qu'un très vague souvenir. Je me rappelle surtout avoir failli m'endormir tant ce film manquait de rythme, tant le scénario me semblait terne et les rebondissements téléphonés. Et j'ai trouvé la performance de Sarah Michelle Gellar catastrophique. Tout juste pourra-t-on sauver la relation père-fille Gellar - Sam Shepard. Mais même visuellement j'ai trouvé le film extrêmement fade...
Peut-être que je suis passé à côté d'un bon film, c'est vrai qu'au BIFFF j'enquille toujours 4 ou 5 films dans la journée mais il me semble vraiment que The Return était juste soporifique. Mais voir des avis aussi positifs est intéressant...
Juste une anecdote marrante : à la fin de la séance (une vision de presse en fait), William "Maniac" Lustig (membre du jury) s'était endormi à quelques sièges de moi!

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