Jens Lien
- Date de Naissance : 14/09/1967
- Activités : Réalisateur, Scénariste, Producteur
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Bizarrerie philosophico-gore tout droit issue de la culture nordique, Norway of Life pose un regard acerbe sur notre bonne vieille société de consommation. A l’occasion de la sortie DVD de cet objet filmique étonnant, couvert de prix au dernier festival de Gérardmer, le réalisateur Jens Lien a bien voulu répondre à nos questions.
Il est rare de voir un film fantastique norvégien. Avez-vous eu du mal à trouver un financement pour un projet tel que Norway of Life ?
Oui. Dans mon pays le système de financement est assez spécial : il y a trois personnes qui détiennent tous les fonds liés au cinéma, et il faut en convaincre au moins une pour valider son projet. J'ai réussi à attraper un des trois investisseurs, mais le persuader m’a demandé trois années entières.
Vous avez continué de travailler sur le script pendant ce temps ?
Oui, on n'a pas arrêté de retoucher l'histoire. D’autant que quelque temps après nous avoir donné son accord, l’investisseur s'est rétracté en disant qu'il préférait financer un autre film. Il faut dire que 50% des professionnels qui avaient lu notre scenario l'aimaient beaucoup, et les autres 50% le détestaient.
Vous n'avez pas essayé de trouver des investisseurs étrangers ?
Si, mais notre projet les a laissés de marbre. C'est toujours dur de trouver de l'argent, Norway of Life n'est pas une exception.
Vous aviez déjà réalisé des courts métrages fantastiques avant ce premier long. A-t-il été facile pour Norway of Life de gérer l'élément fantastique sur une plus longue durée ?
C'était un peu plus dur que pour mes courts, je dois bien l'admettre. D'autant que le script n'est pas du genre à avancer en ligne droite pendant quatre-vingt dix minutes. Nous avons abandonné très tôt l'idée d'une structure linéaire à l'américaine. Intégrer de manière cohérente tous les éléments fantastiques a été un processus laborieux, mais je crois que le résultat est à la hauteur. Au final, si le spectateur n'accepte pas l'atmosphère bizarre de Norway of Life, il sera incapable d'en tirer quoique ce soit d’intéressant.
Avez-vous travaillé directement avec le scénariste Per Schreiner ?
Oui. A l'origine il est venu me voir avec une pièce pour radio, et on l'a transformée en scenario de film. Il a tout écrit, mais nous avons choisi à deux les directions à prendre.
Votre film est truffé de références à des œuvres télévisuelles cultes : La Quatrieme Dimension, Le Prisonnier...
Ce n'était pas conscient. J'avais en revanche des références en tête lorsque je tournais certaines scènes. Par exemple l'ouverture renvoie clairement aux westerns de Sergio Leone, ou même à Paris, Texas de Wim Wenders. Quant au film lui-même, je le rapprocherais plus du cinéma de David Lynch. J'ai toujours adoré Lynch, surtout Eraserhead.
Comme David Lynch justement, vous semblez obsédé par l'idée de perversion de la normalité...
Oui. On peut le dire comme ca. Je ne sais pas comment l'expliquer, mais j'aime cette absurdité... Comment disiez-vous ? Perversion de la réalité ? J'aime bien. Je la ressortirai.
Pensez-vous, comme on peut le déceler dans chaque scène du film, que le grand fléau de notre siècle est la glorification de la superficialité ?
Disons qu'on a joué avec cette idée. Je pense que c'est une notion qui concerne tout le monde, et chaque spectateur peut se sentir visé par cette menace. Le fait que tout le monde est constamment gentil, aimable jusqu'à l'excès avec le personnage principal participe a mon avis également au cauchemar du film.
Votre mise en scène est très symétrique, presque claustrophobique.
C'est en tout cas ce qu'on recherchait, mon chef opérateur et moi. Les compositions symétriques font partie de mon style. J'adore ca, je n'y peux rien. Heureusement, ce film se prêtait formidablement bien à cet exercice. Je ne suis pas une personne très structurée sur le fond. J'ai tendance à partir dans tous les sens. C'est sans doute pour cela que j'essaie d'être le plus graphique, le plus symétrique possible : ça me permet de bâtir mon édifice sur des bases solides et de lui insuffler l'énergie dont il a besoin. Ca explique aussi pourquoi mes plans sont le plus souvent fixes, contrastant avec le style Dogme tout à l'épaule que Lars Von Trier a essayé d'imposer il y a quelques années aux pays nordiques.
Vous vouliez donc clairement raconter l'histoire à travers la composition de l'image...
Tout à fait. Il faut savoir que la pièce radio d'origine avait une voix off, et nous avons décidé très tôt de la supprimer. Elle expliquait les sentiments du personnage principal et s'étendait sur sa vision du monde. Une fois qu'on l'avait enlevée, le scenario semblait vide, et j'ai dû recréer sa substance à travers mes images.
J'imagine que vous travaillez avec des storyboards...
Je suis très préparé quand j'arrive sur un tournage. J'essaie de résoudre tous les problèmes en amont. Je n'improvise quasiment jamais, et je n'en ai d'ailleurs pas le temps sur une production de ce genre. Je ne storyboarde pas pour autant l'ensemble du film, seulement les scènes les plus difficiles à réaliser ou tout simplement les plus chères. Cette préparation reste un travail d'équipe. Je collabore avec le directeur artistique, le directeur de la photographie et bien sûr le producteur.
Le film contient des moments d'horreur crue, mêlés à une ironie assez glaciale.
Il en va de même pour toutes les scènes de sexe. Le truc, c'est qu'on ne passe pas poliment à autre chose quand un tel évènement survient. Quand le héros se coupe le doigt, le montage ne coupe pas. Quand il se suicide sous le train, on reste plusieurs minutes sur sa carcasse. Je pense que tout ça est assez nordique…
- Vos Réactions
- Réaction de sigismond
- le 16/10/2007 à 16h22
- adoré ce film,
esthètiquement on peut se demander si le monsieur vient pas de la pub - voir les échantillons connus sur Culture Pub-,
on a l'impression que le film appelle une suite qui pourrait être déclinée dans un style visuel tout autre, après ce style glacé, clinique et lent de l'Enfer, peut-être aurons-nous une vision du Purgatoire puis du Paradis. - Réaction de kea
- le 16/10/2007 à 15h51
- 1) Chouette interview.
2) Meilleur titre du mois.
3) Un mec qui dit du mal de Lars ne peut pas être entièrement mauvais.
4) Tu lui a lu la critique DVD de Sévéon ?
5) Films certes un peu long, mais avec quelques grands moments. Vivement ses prochains.


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