DOCTOR WHO 2006 -

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DOCTOR WHO 2006

Doctor Who 2006

  • Titre Original : Doctor Who 2006
  • Pays/Année de Production : Angleterre, 2006
  • Réalisation : Euros Lyn, James Hawe, Joe Ahearnes
  • Idée Originale : Russell T. Davies
  • Musique : Murray Gold
  • Production : Phil Collinson, Julie Gardner, Russell T. Davies, Helen Vallis
  • Interprétation : David Tennant, Billie Piper, Paul Kasey, Freema Agyeman, Camille Coduri, Noel Clarke

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Le voici de retour, le Docteur, toujours accompagné de son inséparable Rose. Mais il y'a comme on dirait un problème. Il n'est plus le même. Il ressemble à David Tennant. La fin de l’épisode de Noël The Christmas Invasion pose immédiatement les jalons de ce que sera le « new new » Doctor : Un personnage tout aussi téméraire mais plus extraverti et aussi plus sombre, un jongleur capable de passer en peu de temps d’une émotion à l’autre. La jovialité de Christopher Eccleston sera regrettée mais au final il s’agit d’un changement dans la continuité. Le Docteur demeure fidèle à lui-même, ce personnage espiègle et ingénieux, souvent très imprévisible, autant que le sont ses aventures. La saison 2 de Doctor Who est en phase avec la personnalité du nouveau Docteur.

Là où la saison 1 nous mettait dans la position du gamin émerveillé qui découvre son jouet (à la manière de Rose) soit les possibilités immenses du voyage dans le temps, la saison 2 nous transporte au cœur de l’aventure des personnages. Cet aspect dramatique n’était pas éludé auparavant, mais il s’installe ici logiquement dans la construction de la saison, témoin parmi tant d’autres d’un passage réussi de la série vers quelque chose de plus grand. Le thème de Doctor Who devient épique, avec des montées John Williamesques qui vous filent des frissons. La série bénéficie aussi de plus de moyens, se qui se répercute sur la qualité des effets spéciaux. Les voyages dans le passé s’attachent toujours autant à faire revivre la grande Histoire dans la petite histoire, avec des reconstitutions toujours aussi soignées. On passera au cours de cette saison par l’Angleterre Victorienne, le Versailles de Louis XV et le Londres des années 50 avec la même déférence aussi bien historique que cinématographique des voyages de la première saison. Le présent sera toujours autant synonyme d’invasions burlesques par les créatures les plus improbables (gargouilles, E.T à sales gueules, robots…). Le futur se partagera entre cette fonction d’analyse du présent qu’il occupait jusqu’alors et une ouverture vers de nouveaux horizons.

Un pallier supplémentaire viendra s’ajouter à la fourmillante mythologie Whosienne : le monde parallèle. En quittant le vortex, le petit groupe d’aventuriers se retrouve dans un Londres similaire à celui de Rose mais ou un magnat mourrant contrôle la diffusion de l’information par des oreillettes distribuées à tous les anglais. L’intriguant s’apprête par ce biais à contrôler leur psychisme et à terme enlever les émotions aux humains et les rendre immortels en les conservant dans une boîte métallique (2-05 & 06). C’est le retour des Cybermen, de vieux ennemis du Docteur. La série ouvre une brèche qu’elle s’attache à refermer. Cette incursion dans le monde parallèle est avant tout un accident. De tels voyages étaient possibles à l’époque des Timelord mais ils risquent d’ouvrir un « voïd » qui peut l’équilibre de chacun des mondes. Néanmoins intégrée à la mythologie de la série, cet arc ressurgira le temps des derniers épisodes.

Le tour de force de la saison 2 reste ce double épisode du futur (2-08 & 09) où Rose et le Docteur se retrouvent sur un vaisseau à des centaines d'années lumières de la Terre. En son sein, un groupe d'explorateurs accompagnés de dizaines de spécimen d'une race d'esclaves télépathes, les oods. Le vaisseau est arrimé à une étrange planète, elle-même suspendue en orbite à un trou noir. Bien que le trou noir avale tout sur son passage (ce qui est son boulot normalement), le vaisseau persiste à rester hors de sa portée. Le Tardis est vite balayé par une tempête ainsi qu'une partie du vaisseau en question. Rose et le Docteur se retrouvent donc perdus au milieu de nulle part sans possibilité de retour. Voilà que d'étranges phénomènes laissent à penser que l'énergie incroyable qui retient le bloc hors du trou noir vient d'une entité démoniaque prisonnière au sein de la planète. Il se pourrait même que ce soit le Diable en personne. Le Docteur et Ida, une des scientifiques, descendent pour découvrir ce qui se trouve au fond du trou tandis que Rose et le reste de l'équipage doit survivre à l'esprit de la bête qui a pris possession d'un d'entre eux, puis de l'esprit des Oods.

L'humour est quasi absent de l’épisode. Tout ce qui en ressort est l'horreur, un suspens à couper au couteau et un splendide panorama visuel. Exit les vaisseaux et petites friandises CGI qu'on nous avait servi pour éprouver les effets de la saison 2, la meilleure utilisations des effets spéciaux se trouve ici, à travers cette roche perdue au milieu de nulle part, cette vue magnifique sur le trou noir qui domine les passagers, cette civilisation que découvrent le Docteur et l’exploratrice ou bien cette représentation physique du mal absolu à laquelle le Docteur devra faire face. Du pur bonheur visuel qu'on retrouve aussi dans l'aspect industriel du vaisseau avec ses couloirs interminables et ces conduits par lesquels le groupe devra s'échapper pour son salut. On se retrouve devant une véritable plongée vers le cauchemar, organisée par petites touches par les différentes menaces: le trou noir, la Bête puis les Oods qui deviennent les légions de cette force inconnue. L’épisode nous met face à une des meilleures représentations du Mal de l’histoire de la télévision et il place le Docteur dans une position d’incertitude vis à vis de ses croyances, un explorateur certes plus chevronné mais qui avance vers l’inconnu autant que les autres membres de l’équipage.

Ce double épisode est certainement le plus typique de la série, le plus à mi chemin entre diverses influences (Event Horizon, Alien, L’exorciste…) mais aussi le plus original. Il y’a pourtant une forte concurrence face à cette saison 2 qui fait retomber la maxime selon laquelle les moyens sont inversement proportionnels à la créativité dans le domaine des vieux préjugés. Doctor Who continue à adapter son univers à la meilleure manière de conter l’histoire. Le meilleur exemple en est l’épisode de la rencontre entre le Docteur et madame de Pompadour (2-05). Les portes d’un vaisseau du futur ouvrent littéralement sur différentes partie de sa vie. Cette utilisation du décor comme passage intermédiaire entre deux époques et les aller retour incessants donnent un ton irréel à l’épisode. Ce ton sert mieux que n’importe quel effet tape à l’œil la poésie romantique qui découle des brèves rencontres entre cette courtisane rentrée dans l’histoire et le Docteur. Il donne à l’épisode un cachet unique. La majorité des épisodes de cette saison 2 éprouvent cet éternel renouvellement et cet humour décalé qui a fait les beaux jours de la saison 1.

La série se trouve néanmoins à un point où les personnages prennent de l’épaisseur et où les enjeux doivent devenir plus grands pour qu’ils puissent se remettre en question et éviter de tomber dans la banalité du pur show à formule. Les personnages comiques s’émanciperont. Mickey Smith, l’ex petit copain de Rose, alors relégué au rôle du trouillard comique, part à l‘action dès le début de la saison. Il découvre au fur et à mesure des voyages qu’il n’est qu’un comparse de Rose et du Docteur et qu’il ne pourra jamais être autre chose. L’incursion dans le monde parallèle le fait rencontrer son autre lui et lui permet de se dépasser. Il décidera de rester dans cet autre univers, au risque de ne plus jamais revoir Rose. La saison rend aussi hommage à Jackie Tyler, la mère de Rose, seule à attendre sa fille au gré de ses voyages, mais néanmoins fidèle à la cause du Docteur. Le monde parallèle fait aussi intervenir un nouveau Pete Tyler beaucoup plus sûr de lui. Le départ de Mickey poursuit la légende de Rose, du Docteur et du TARDIS. Les deux personnages sont désormais complémentaires, les deux faces d’une même pièce, et les aventures qu’ils vivront jusqu’à la fin de la saison ne feront que les rapprocher. La légende est matérialisée dans un sympathique épisode où un petit groupe d’anglais forment le LINDA, un club dédié au Docteur (2-10). On y suit le chemin d’Elton, un type comme les autres, qui raconte face caméra comment le Docteur et les invasions successives qui se sont déroulées à Londres ont changé sa vie. L’épisode se déroule dans l’ombre des deux personnages, Rose étant aussi impalpable et lointaine que ne l’est son compagnon.

Rose a bien perdu le contact avec sa Terre et plus la saison avance, plus on perçoit qu’une séparation du Docteur la rendrait plus inconsolable qu’une séparation à jamais de ses proches et de son monde. Cette menace se matérialise par l’apparition de Sarah Jane, une ex-compagne du Timelord qui renvoie Rose à ce qu’elle pourrait devenir : Une parmi tant d’autres dans la vie millénariste du Docteur (2-03). Le poids de cette séparation resurgira dans les épisodes suivants, lorsque la Bête omnisciente prédira que la vaillante enfant périra bientôt dans la bataille (2-09) ou quand Elton déclarera face à sa caméra qu’à force de voler si près du Docteur et d’oublier sa condition d’humaine, Rose risque de se brûler les ailes. Cette menace rencontre l’arc de Torchwood, qui est à la saison 2 ce que le Bad Wolf était à la première. L’institut Torchwood a été crée par la Reine Victoria suite à sa mésaventure en Ecosse avec Rose, le Docteur et un loup-garou (2-02). Il est chargé d’avoir à en découdre avec les aliens au cas où l’occasion se présenterait, comprenant le Docteur. La piste de Torchwood mène aux derniers épisodes où la rencontre avec Rose et le Docteur aura lieu, quelque part en 2006 suite à une bourde de l’institut. Ce final est le point de convergence des différents arcs et la conclusion de beaucoup d’entre eux. Mais aussi un peu l'avènement de la série. Il se produit une véritable osmose entre le show qui se nourrit de sa propre mythologie et le spectateur qui parle son langage (revers de la médaille, ça doit être un gros bordel pour le néophyte). L'affrontement entre des "DELETE" et des "EXTERMINATE" complètement nawak devient un grand moment de télévision. On frémit en comprenant que les fantômes sont des cybermen et lorsque l'arche de Genesis s'ouvre sur des centaines de Dalek, on se réjouit de la coïncidence (?) scénaristique qui réunit Peter Tyler et Jackie. On est aussi bienheureux de revoir un Mickey Smith en sauveur de l’humanité.

Ce double épisode joue également très bien de l'ironie du destin de Torchwood et du non sens de cette institution personnalisée par son chef, un véritable soldat au service de l'Empire (!) anglais. Il traite encore une fois des superstitions débiles des terriens toujours prompts précipiter leur perte pour n’importe quel prétexte. Le gros de l’épisode reste malgré tout un final intimiste et terrassant sur une plage à l’autre bout de la Terre qui voit se finir à jamais une magnifique histoire. La Team Doctor Who a su faire évoluer la série tout en conservant ce qui faisait son charme, en y ajoutant une touche épique et un peu plus de poésie. Si le ton léger de la première saison la rend toujours aussi unique, il n’y a vraiment pas à se plaindre de la bouffée d’air frais et d‘inventivité du crû 2006. C'est une nouvelle époque qui va commencer avec Martha, qui a une tête pas si inconnue que ça (Freema Aygeman, qui interprète la nouvelle compagne du Doc dès la saison 3 joue une employée de Torchwood dans l’épisode 2-11). Avec celle de Rose, c'est aussi l'histoire d'un bon paquet de réguliers qui se clôt. La saison 3 verra donc un renouvellement complet des second rôles, donc un nouveau défi pour la team de Russell T. Davies et Julie Gardner attendus au tournant comme pour la saison dernière. Avec un univers pareil, il y’a de quoi être optimiste !

Simidor
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