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L’année 2007 a marqué les 30 ans de la saga spatiale la plus connue au monde, Star Wars. Que dire de plus qui n'a pas été dit, analysé, décortiqué, critiqué, encensé, descendu par des légions de fans et par les cinéphiles en général ? Au final, maintenant que la "saga" telle que la voyait Lucas est finie (du moins sous sa forme filmique) il est peut-être tant de faire un bilan sur le statut de la franchise, ses innovations et influences qui sont toujours actuelles. Inutile de revenir sur la genèse, quasiment tout le monde la connaît (enfin sous sa forme plus ou moins officielle...) ; l'échec de THX 1138, le carton de American Graffiti et enfin le phénomène Star Wars. Lucas étant grand fan de serials et de romans SF, caressait l'idée d'adapter Flash Gordon (ce qui aura son importance plus tard dans la saga), mais ne pouvant s'offrir les droits, il crée sa propre épopée spatiale. Il y incorporera toutes ses influences (Tolkien, Herbert, Campbell, les comics de Flash Gordon, les films de samouraïs, le western, le film de guerre, etc, la liste pourrait continuer encore longtemps) pour accoucher d'un space-opera comme on en avait encore jamais vu. Si Lucas est l'initiateur et le créateur du projet, il ne faut pas non plus négliger le rôle de ses proches collaborateurs qui avec leur vision extérieure et leur recul on pu conseiller et aiguiller Lucas quand celui-ci se dispersait ou bloquait sur son scénario. Par exemple Gary Kurtz qui a su structurer, épurer et rationaliser le script ou Ralph McQuarrie qui s'est éloigné de l'esthétique de SF rococo "à la Flash Gordon" pour la tirer vers un univers aux textures industrielles "low tech" (cas qui fera école les années suivantes sur Alien, Outland, Blade Runner...).
Si la sortie de Star Wars, le 25 mai 1977 est un succès, la majorité des spectateurs ne savent pas par quelles épreuves sont passés Lucas et son équipe pour que le film puisse se faire; bataille pour le budget, création de la technologie nécessaire aux effets spéciaux (ILM), mauvaise ambiance de tournage avec les équipes anglaises, pression du studio et accueil plus que dubitatif par ses confrères (seul Spielberg était enthousiaste à la vue du film non terminé). Le succès phénoménal de Star Wars est du à plusieurs facteurs, d'abord il est clairement adressé à un public jeune que ne visait jamais les studios : les ados. Disney faisait des films pour enfants et les autres studios des films d'adultes, rien n'existait entre les deux. L'aventure de Star Wars tranche avec les films des 70's où le cynisme et le pessimisme dominent, même dans la SF (Soylent Green, Planet of the Apes, Logan's Run...) et enfin, il est l(un des premiers "blockbusters" aux côtés de Jaws, tels qu'on les connaît aujourd'hui; des films/spectacles qui en mettent plein la vue à leur public et explosent le box-office (ou pas...).
L'accueil de la critique face à Star Wars se passe relativement bien, malgré que ceux ci aient du mal à comprendre l'engouement que provoque le film; on lui reproche une histoire simpliste avec une basique opposition Bien/Mal camouflée par un déluge d'effets spéciaux. Force est de constater que le public est parfois bien plus perspicace que les critiques qui se placent au dessus lui en cerbères du bon goût. Ce que celui-ci a vu, comme probablement la plupart des fans, c'est un film/univers aux possibilités infinies, à l'imagerie instantanément séduisante, épique et tangible. Jamais un film de SF (2001 excepté) n'avais paru aussi "réel", il est amusant de voir le décalage avec les autres films de SF de l'époque; Logan's Run sorti l'année précédente était un des films à la "pointe", l'année d'après il n'avait guère plus d'ampleur et de charme visuel qu'un épisode de Star Trek ! C'est aussi à travers son histoire et ses personnages que les spectateurs se sont reconnus; Luke, Leia, Vader, Han, Obi Wan, les droïdes, etc. des personnages archétypaux mais à l'empathie immédiate dans un récit où l'action est partie intégrante et moteur de l'histoire, même quand elle n'arrive que bien plus tard (de l'atterrissage sur Tatooine à l'arrivée sur l'Etoile Noire, l'action "physique" est finalement peu présente). On pourrait ajouter aussi au succès de Star Wars le concept de la "Force", la puissance mystique et spirituelle inventée par Lucas et Kurtz pour justifier le pouvoir des Jedis, un concept hautement séduisant; une "croyance" qui permet à chacun de développer des pouvoirs télékinésiques, de prescience, de contrôler les esprits (comme dans Dune !) le tout teinté de philosophie zen asiatique. C'est tout ces éléments et beaucoup d'autres qui font le succès de Star Wars, cette faculté à titiller l'émerveillement et la fibre mystique / épique qui sommeille en chaque personne. Au milieu de ce maelström créatif surnage un personnage; Darth Vader, celui qui restera sûrement comme un des plus grands "bad guys" de l'histoire du cinéma, sera pour le public mondial "l'icône" la plus identifiable de Star Wars, de son apparition dans la scène d'ouverture au combat dans son chasseur en passant par le duel avec Obi Wan, cette figure du mal dévore l'écran à chaque apparition, son mutisme et son aspect monolithique le transformant en ombre vivante. Il y a encore trop d'aspects que l'on pourrait aborder concernant la richesse de Star Wars (Luke et la figure du héros, Leia, Han l'anti-héros, Obi Wan le mentor, etc.).
Avec le succès grandissant du film, il est plus qu'évident qu'une suite qui était auparavant plus qu'hypothétique est désormais demandée de tous (le public et le studio). Le studio justement qui se mord bien les doigts quand même d'avoir sous-estimé le film et d'avoir laissé les droits de merchandising à Lucas en pensant y faire une économie ! Avec le carton monumental au box office associé aux droits des produits dérivés, Lucas se retrouve au sommet d'une montagne de dollars, et ne pense qu'a une chose : gagner son indépendance des studios. Mais s'il veut faire une suite à son film, il ne désire pas pour autant la réaliser (écriture laborieuse, tournage sans communication, Lucas n'est heureux que dans une salle de montage...). Pour cette suite, Lucas continue son histoire, c'est à dire qu'il prend ce qui suit dans son histoire originale qu'il avait du fractionner pour pouvoir en faire des films d'une durée raisonnable. Pour cela, il confie le film à Irvin Kershner, vieil habitué touche à tout, qui à l'image d'un Schaffner n'a aucun mal à naviguer entre les genres. Au scénario, la team Lucas/Kurtz utilise les talents d'un jeune scénariste; Lawrence Kasdan. Celui ci arrive en catastrophe suite au décès de la 1ère scénariste : Leigh Brackett. Il remanie grandement le script tout en se basant sur les notes et indications de Lucas. Evitant le piège de la "suite/redite" et suivant le direction générale de l'épopée envisagée par Lucas, le scénario choisi d'approfondir les personnages principaux et de les placer dans une position d'infériorité et d'échec, bref, une histoire plus sombre et plus adulte. Le tournage ne sera pas des plus faciles, entre les intempéries en Norvège, l'incendie d'un plateau en Angleterre et la pression que met Lucas depuis son ranch en construction en Californie. Très vite l'ambiance se dégrade entre Kurtz et Lucas, Lucas reprochant la vitesse du tournage trop lente à son goût, alors que Kurtz ne faisait que son boulot de producteur en protégeant le réal pour que celui ci puisse se focaliser sur le film. A la fin du tournage, la séparation Kurtz/Lucas sera définitive, ce qui aura son impact sur la suite de la franchise.
La sortie de cette suite (en fait le 5ème épisode d'une saga en 9 ou 6 parties ?) représentait un danger; déjà pour Lucas. Bien décidé à prendre son indépendance des studios, il s'était vu dans l'obligation d'aller demander une rallonge à la Fox suite au dépassement du budget. Puis pour la franchise en général; le public allait-t-il accepter un film foncièrement plus sombre et négatif que le 1er ? Le tout couronné par un twist qui remettrait beaucoup de choses en cause. Si aujourd'hui la révélation finale de L'Empire contre-attaque est citée comme un des coups de théâtre les plus célèbres du cinéma, à l'époque beaucoup s'inquiétaient de savoir si le public allait accepter ou bien rejeter en bloc cet élément scénaristique. Il est d'ailleurs difficile d'attribuer la paternité de cette idée. Le concept étant sous-jacent dans les diverses ébauches de Lucas, c'est probablement Kasdan qui a eu l'idée de combiner le personnage d'Anakin et de Vader en un seul, bien que certaines scènes de Star Wars peuvent se voir déjà sous cet angle rétrospectivement (cf Obi Wan parlant du père de Luke). De nouveaux personnages apparaissent, comme Yoda. Véritable représentation vivante de la Force et de sa philosophie, il devait dans un premier temps être un personnage immense plein de puissance. Mais Lucas choisi judicieusement le total opposé pour sa représentation physique; un être très petit, faible, vieux mais d'une extrême sagesse. On retrouve dans cette approche les influences asiatiques de Star Wars, Yoda étant une sorte de vieux sage formateur comme on en voit dans de nombreux films chinois ou japonais. Pour créer le personnage, la production fait appel à Jim Henson, créateur du Muppet Show. Trop occupé sur le show, il conseille un de ses marionnettistes : Frank Oz. La marionnette sera designée par le grand maquilleur Stuart Freeborn (2001). Grâce à la performance de Oz et au jeu de Hamill qui renforce encore plus la crédibilité du personnage, Yoda devient une nouvelle icône de l'univers Star Wars. Deux autres personnages font leur apparition. Tout d'abord Lando Calrissian, ancien ami de Han Solo et ancien propriétaire du Falcon (qu'il a perdu aux cartes contre Han), incarné par Billy Dee Williams qui le jouera encore plus cool et charmeur que Solo, certaines mauvaises langues disent que le personnage a été crée suite aux remarques disant qu'il n'y avait pas de personnages noirs dans Star Wars... Autre personnage marquant mais à la présence réduite : Boba Fett, le chasseur de prime n'est qu'un personnage secondaire mais à l'impact important sur le récit, de plus son look (designé de la tête aux pieds pas Joe Johnston et Ralph McQuarrie) et tout le mystère qui l'entoure (maximum 3-4 répliques dans toute la trilo), l'ont imposé définitivement comme un personnage culte auprès des fans.
A la sortie, le film est un succès, transcendant et approfondissant l'univers et les personnages, L'Empire contre-attaque deviendra la référence en matière de "suite meilleure que l'original", depuis toute bonne suite se doit d'être "plus sombre et plus adulte". Et comme d'habitude, John Williams se surpasse au score, créant un thème impérial implacable. Ne désirant pas renouveler l'expérience, Kershner refuse la réalisation de l'épisode 6. Le choix de Lucas se portera sur Richard Marquand (Psychose 3, Eye of a Needle), à la production Kurtz est remplacé par Howard Kazanjian. Kasdan, lui, rempile au scénario, toujours d'après les indications de Lucas. Alors qu'il avait annoncé 9 épisodes, Lucas décide de faire de ce 6ème volet le dernier chapitre de la saga. L'épisode reprend là où les intrigues de L'Empire contre-attaque étaient laissées en suspend, autre point principal, l'Empereur qui n'était qu'évoqué ou entre-aperçu dans les épisodes précédents apparaît en chair et en os (alors qu'il n'était prévu à l'origine que pour l'épisode 9); Ian McDiarmid livrera dans le rôle un méchant radicalement différent de Vader mais pas moins impressionnant, une sorte de pendant maléfique de Yoda.
Si le film est un succès encore une fois, des avis mitigés émergent de la part de certains fans. La subtilité et la noirceur de L'Empire contre-attaque sont oubliées ou grandement atténuées, les personnages principaux n'évoluent plus comme dans le volet précèdent; ils restent figés dans leurs archétypes, à croire que tous les problèmes et les intrigues ont été résolues entre les deux épisodes. De plus, Lucas décide de remplacer les Wookies de la bataille finale par des Ewoks, gentils nounours à l'intention des spectateurs les plus jeunes. Ceci et le manque d'action et de développement dans la partie centrale en fait généralement l'opus le moins apprécié de la trilogie par les fans. Il ne faut cependant pas diminuer l'apport de Marquand qui offre quand même un film satisfaisant à défaut d'être exceptionnel. On retiendra plusieurs scènes réussies comme le palais de Jabba et son bestiaire délirant, trop peut-être au goût de certains (« A bunch of muppets... » - Clerks). Mais c'est surtout dans le dernier tiers du film qu'il remporte le morceau; le face à face Luke / Vader / L'Empereur associé aux deux batailles en parallèle permet de retrouver le cote épique propre à Star Wars (grandement aidé par le score de Williams qui fait encore des merveilles : le thème de L'Empereur). De même techniquement, le film est le plus abouti de la saga; plus de 20 ans après, difficile d'imaginer une bataille spatiale plus spectaculaire. Poussant la technique du motion control et des maquettes dans ses derniers retranchements, ILM se surpasse (parmi l'armée de techniciens, on remarquera un certain David Fincher...). Après la sortie de ce dernier volet, l'univers Star Wars se développe (comics, jeux, romans, téléfilms, cartoons...) mais perd en vitesse et en présence.
Durant les années 80, le phénomène Star Wars se tasse, mais "La Trilogie" comme on la nomme désormais reste dans les mémoires de toute une génération qui empêchera Star Wars de tomber dans l'oubli.
A suivre...
- Vos Réactions
- Réaction de stan corben
- le 18/02/2008 à 13h05
- Excellent papier, bien documenté, qui remet tout en place...
vivement la suite... - Réaction de grifter
- le 15/02/2008 à 18h33
- CITATION(darklinux @ 13 2 2008 - 10:27) (source)Très bonne article sur ce qu 'est devennue le buissness Star Wars , un retour critique sur l ' échec de la Prélogie ?
Oui, c'est Prof' qui s'en est charge.
En tt cas c'est cool d'avoir du retour sur l'article...
(qui pourtant etait pret depuis Mai 2007) Hein Peav' ?
- Réaction de darklinux
- le 13/02/2008 à 10h27
- Très bonne article sur ce qu 'est devennue le buissness Star Wars , un retour critique sur l ' échec de la Prélogie ?


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