PEUR SUR LA VILLE - MR 73 de Olivier Marchal

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PEUR SUR LA VILLE

MR 73 de Olivier Marchal

MR 73

  • Titre Original : MR 73
  • Pays/Année de Production : France, 2008
  • Réalisation : Olivier Marchal
  • Scénario : Olivier Marchal
  • Dir. Photo : Denis Rouden
  • Musique : Bruno Coulais
  • Production : Cyril Colbeau-Justin, Jean-Baptiste Dupont
  • Interprétation : Daniel Auteuil, Olivia Bonamy, Catherine Marchal , Francis Renaud, Gérald Laroche, Guy Lecluyse, Philippe Nahon, Moussa Maaskri
  • Durée : 124'
  • Distribution : Gaumont Distribution
  • Sortie Originale : 12/03/2008
  • Sortie en France : 12/03/2008

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« Dans quel monde tu vis ?
- Dans un monde parfaitement en ordre : les vivants au dessus, les morts en dessous et nous au milieu »

Cette phrase, extraite d'un dialogue de Gangsters, ne trouve guère d'équivoques pour définir MR 73. Inspiré d’une affaire traumatisante sur laquelle Marchal a enquêté quand il était jeune flic de la P.J en 1981, le film narre l'histoire de Louis Schneider (Daniel Auteuil), un flic efficace de la police marseillaise mais qui noie son chagrin dans l'alcool depuis qu'un accident de voiture a provoqué la mort de sa fille et réduit sa femme à l'état de légume. Alors qu'il enquête sur un serial-killer sévissant dans la cité phocéenne, Justine (Olivia Bonamy) se retrouve confrontée à ses démons alors que la libération conditionnelle de Subra (Philippe Nahon), le meurtrier de ses parents arrêté par Schneider vingt-cinq ans auparavant, approche... Deux personnages brisés par la vie, véritables morts-vivants en sursis, qui ne peuvent s'extirper du drame fondateur ayant conditionné leur vie. Un état d'esprit qui éclabousse la pellicule grâce au soin particulier apportée à la photographie, saturant les couleurs de jour jusqu'à les rendre d'une blancheur quasi-onirique, comme si les personnages évoluaient dans le tunnel reliant la Terre au monde de l'au-delà. Un véritable purgatoire en somme, étreignant jusqu'à les étouffer des protagonistes évoluant dans ce monde tel des âmes damnées. La phrase d'introduction de Daniel Auteuil (« Dieu est un fils de pute, et un jour je le tuerai ») annonce d'ailleurs clairement la couleur quant à l'univers déserté par l'espoir dépeint par Marchal, qui se fend ici d'une imagerie biblique accablant de remords Schneider et Justine (voir la place qu’occupent les symboles catholiques dans les cadres, qui semblent écraser toutes autres perspectives). L’état de détresse psychologique des personnages va se trouver encore renforcé par la description glauque des décors dans lesquels ils évoluent. Que ce soit un commissariat de police enlacé dans les bras du crime qu'il est censé combattre où une prison moyenâgeuse qui semble hantée par les actes de ses résidents, tout est là pour évoquer une anti-chambre de l'enfer qui ne ménage aucune issue de secours, sans parler d'un Marseille dont la typologie particulière faites de dédales de rues maisonnées se transforme sous la caméra de Marchal en un véritable coupe-gorge labyrinthique d'où le danger peut surgir à chaque instant (la vision hardcore de la ville n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle de John Frankenheimer dans French Connection 2). Marchal emmène son spectateur dans les tréfonds d'une humanité déliquescente dans laquelle les rares parcelles d’humanité ne suffisent pas à atténuer le désespoir ambiant. Le moins que l’on puisse dire, c’est que rarement le cinéma français aura assumé pareille vision du monde avec un tel jusqu'au boutisme dans la forme grâce à un Marchal qui préfère faire jouer sa réalisation dans l'interaction symbolique qu'elle exerce avec ses protagonistes plutôt que de la rattacher à un hypothétique credo naturaliste qui serait garant du réalisme du film. Mais non content de bousculer les habitudes de la production hexagonale, le réalisateur choisit de se compliquer encore un peu plus la tâche...

L'un des reproches que l’on a fait à MR 73 est de ne pas justifier sa structure narrative suivant en parallèle les destins de Schneider et Juste avant une réunion de leur deux histoires que l'on a qualifié de superficielle. A tort, puisque le parti-pris de Marchal ne relève en aucun cas d'un souci d'efficacité scénaristique "classique" mais de sa volonté d'instaurer une connexion purement émotionnelle mettant en exergue les enjeux humains et symboliques du film. Les personnages évoluant dans les mêmes limbes de la douleur, le film va souligner leur promiscuité métaphorique par divers éléments (sans anamorphoser les détails pour autant) dont l'assemblage progressif symbolisera la gémellité de leur deuils respectifs. L'espace vital que semblent se ménager chacun des deux personnages (la maison coupée du monde du personnage de Bonamy, la chambre d'hôtel d'Auteuil) ne sont que des moyens pour eux d'entretenir leurs douleurs respectives en se repliant sur eux-mêmes. L’entretien de la mémoire de la tragédie fondatrice (la commémoration annuelle de la mort de ses parents par Justine, les visites à l’hôpital de sa femme chez Schneider) n'entraînant que la culture de leur culpabilités qui résulte de leur marginalisation progressive par leur entourage, la famille de l'une et les collègues de l'autre. Une structure risquée, qui aurait pu accoucher d'un film bancal si Marchal ne faisait pas preuve d'une efficacité redoutable dans l'agencement des scènes grâce à un sens du découpage ahurissant, qui instaure un rythme émotionnel allant crescendo jusqu'au point de rupture des deux histoires respectives à travers deux séquences d'une puissance magistrale, coupant pour ainsi dire les personnages des seuls supports moraux qui leur restaient, les laissant seuls et désarmés face à leur démons.

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  • Vos Réactions
  • Réaction de Colonel
  • le 22/04/2008 à 20h52
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  • Beaucoup trop de nihilisme à la fois sur la forme et le fond rend ce MR73 grotesque. On dirait une vision d'ado dépressif ! tout est noir et sombre, suicidons-nous tous... A oublier vite face au fabuleux 36... La seule question intéressante que soulève le film (en y répondant que partiellement) réside dans l'enjeu de la réhabilitation des criminels dangereux et récidivistes, ironiquement en symbiose avec l'actualité politique française récente. Rappelons à ce sujet que la Président de la République Nicolas Sarkozy souhaite une rétroactivité d'un emprisonnement de sureté (ou enfermement encadré de médecins compétants, appelez ça comme vous voulez) concernant ces gens-là, mais bute face à quelques scléroses dont le droit est si familier malheureusement, à instaurer cette loi.

    Or, quand on prend connaissance des nombreux cas véritablement nuisibles qui ont été relachés dans la nature, comme dans le film, incarné par l'excellent Philippe Nahon, je ne peux que souscrire à cette volonté de précaution. Le film ne s'attarde que sur la douleur, et l'éffondrement concomittant (l'accident de la route de la famille du flic, comme dans le Démon dans l'île), ce qui peut se comprendre dans un 1er temps; mais avec une telle complaisance nihiliste, à nouveau, que la frustration d'un ressort, d'un nouveau départ se fait cruellement attendre.

    La loi du talion, par analogie à son drame personnel, aurait été plus probante présenté comme le boulot normal d'un flic (à la manière d'un Harry).



  • Réaction de sexinpalavas
  • le 17/04/2008 à 17h57
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  • CITATION(FrankZito @ 09 4 2008 - 16:01) (source)
    Merci Mclane pour cette passionnante critique sur ce qui est, pour moi, le meilleur polar français depuis (trop) longtemps. Marchal s'impose définitivement comme le nouveau Melville!

    Désolé je ne vois dans cet article aucune critique/analyse du film en lui-même (à part de savoir qu'il est dans la veine des précédents mais c'est un peu faible quand même). On dirait encore un édito sur la crise du cinéma français et ses corolaires habituels (les bobos, l'anti-américanisme, les méchants critiques de l'establisment de la culture du bon goût et blah blah blah...).
  • Réaction de FrankZito
  • le 15/04/2008 à 16h23
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  • CITATION(The flying Frenchman @ 14 4 2008 - 19:45) (source)
    Sinon il sort quand en DVD le film?


    Oula! pas avant longtemps! (je sais, trés constructif comme commentaire rolleyes.gif )
  • Réaction de The flying Frenchman
  • le 14/04/2008 à 19h45
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  • Sauf quelques fautes d'orthographe et de grammaire wink.gif , elle tabasse ta critique.
    Bravo McClane (mis à part que mon faible intellect ne me permet pas toujours de saisir le sens de certaines phrases) icon_mrgreen.gif

    Sinon il sort quand en DVD le film?

  • Réaction de sigismund
  • le 11/04/2008 à 19h58
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  • kitanojackson sors de ce corps....
  • Réaction de FrankZito
  • le 09/04/2008 à 16h01
  •  
  • Merci Mclane pour cette passionnante critique sur ce qui est, pour moi, le meilleur polar français depuis (trop) longtemps. Marchal s'impose définitivement comme le nouveau Melville!
  • Réaction de Rockin' bones
  • le 09/04/2008 à 09h21
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  • Superbe analyse.

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