MR 73

- Titre Original : MR 73
- Pays/Année de Production : France, 2008
- Réalisation : Olivier Marchal
- Scénario : Olivier Marchal
- Dir. Photo : Denis Rouden
- Musique : Bruno Coulais
- Production : Cyril Colbeau-Justin, Jean-Baptiste Dupont
- Interprétation : Daniel Auteuil, Olivia Bonamy, Catherine Marchal , Francis Renaud, Gérald Laroche, Guy Lecluyse, Philippe Nahon, Moussa Maaskri
- Durée : 124'
- Distribution : Gaumont Distribution
- Sortie Originale : 12/03/2008
- Sortie en France : 12/03/2008
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Alors que le cinéma de genre français continue de faire l'objet d'un grand point d'interrogation quant à son avenir, la communauté cinéphile (du moins dans sa majorité) continue d'attendre comme le Messie le film qui saura fédérer le public et la critique et, dans le sillage de son succès, déclencher un véritable engouement populaire qui ferait enfin sauter les blocages institutionnels, coupant l'élan d'un cinéma alternatif qui a bien du mal à s'imposer dans nos vertes contrées. Et le moins que l'on puisse dire est que dans cette optique, MR 73 ne risque pas d'être cette œuvre-là. Non pas que le nouveau film d'Olivier Marchal soit mauvais, on pourrait même affirmer que le réalisateur de Gangsters vient de poser une nouvelle pierre dans la mare du polar hexagonal; mais la teneur de l'hallucinante désapprobation critique dont le dernier né de l'ancien flic fait l'objet réaffirme le poids de diktats idéologiques que l'on croyait pourtant en perte d'influence. Attention, le propos ici n'est pas de remettre en cause le droit et le devoir de tout à chacun d'exercer sa subjectivité, mais de s'interroger sur le fondement de certains avis émis par les hauts tenants de la critique cinématographique de notre beau pays (voir le véritable lynchage subit par le film dans le Cercle, la très "distinguée" émission de Canal Plus). Car que reproche t-on à Olivier Marchal exactement ? De braconner inutilement sur les terres de prédilections des américains (dixit les mêmes qui passent leur temps à s'élever contre le prétendu impérialisme culturel du cinoche cainri), de noyer son film sous un trop plein de solennité (ce qui ne dérange personne quand il s'agit d'un film d'auteur relatant la crise existentielle d'un couple de bobos), et enfin d'insuffler une esthétisation à la forme qui ferait perdre toute crédibilité à sa démarche (parce que c'est bien connu, le naturalisme est la seule réponse esthétique apte pour raconter une histoire).

En résumé, on reproche à Marchal de prendre le genre au sérieux en essayant d'insuffler une identité visuelle à son film. Pour un peu, on le condamnerait pour avoir fait de la mise en scène ! Ironie du sort, c'est quasiment sur les mêmes arguments aujourd'hui en sa défaveur que le réalisateur fut porté aux nues voilà trois ans de cela avec l'excellent 36, Quai des Orfèvres, dans lequel Marchal démontrait sa capacité à s'abandonner à une élégance formelle opératique en totale harmonie avec l'univers empreint de tragédie antique dans lequel évoluent les personnages, tout en assumant pleinement ses influences d'Outre-Atlantique (de Mann à Cimino en passant par Lumet), sans oublier de s'en affranchir grâce à sa personnalité marquée du sceau d'une expérience tumultueuse. Mais c'est en regardant le milieu dans lequel il a longtemps évolué à travers un miroir déformé de la réalité que Marchal a conditionné en profondeur une conception du cinéma dans laquelle le meilleur moyen de traiter une histoire à la hauteur de ses enjeux thématiques complexes réside dans la puissance évocatrice de l'image comme vecteur d'une dramaturgie interne qui trouverait toute sa résonance dans cette sublimation de la forme. Et dans le cas de Marchal, cette idée du 7ème Art prend une dimension supplémentaire puisque l'angle de la déformation artistique des choses lui permet poser un regard lucide sur ses années passé dans la police, là où d'autres sont persuadés que la banalisation de la mise en scène est le meilleur moyen de relater un certain vécu (voir le très téléfilmesque Contre-Enquête). Ce qu'on appelle communément avoir un point de vue, et dès lors se doter d'une légitimité au poste de réalisateur qui dépasse de loin l’expérience personnelle. Or, Olivier Marchal choisit de regarder son passé de flic une dernière fois droit dans les yeux avec MR 73, qui clôt ainsi une trilogie policière entamée avec le très sympathique Gangsters (mais inabouti car sclérosé par un certain nombre de tics télévisuels) et continuée avec 36, Quai des Orfèvres. Quoi de plus logique dès lors que d'aborder frontalement le drame qui a changé sa vie ?



- Vos Réactions
- Réaction de Colonel
- le 22/04/2008 à 20h52
Beaucoup trop de nihilisme à la fois sur la forme et le fond rend ce MR73 grotesque. On dirait une vision d'ado dépressif ! tout est noir et sombre, suicidons-nous tous... A oublier vite face au fabuleux 36... La seule question intéressante que soulève le film (en y répondant que partiellement) réside dans l'enjeu de la réhabilitation des criminels dangereux et récidivistes, ironiquement en symbiose avec l'actualité politique française récente. Rappelons à ce sujet que la Président de la République Nicolas Sarkozy souhaite une rétroactivité d'un emprisonnement de sureté (ou enfermement encadré de médecins compétants, appelez ça comme vous voulez) concernant ces gens-là, mais bute face à quelques scléroses dont le droit est si familier malheureusement, à instaurer cette loi.
Or, quand on prend connaissance des nombreux cas véritablement nuisibles qui ont été relachés dans la nature, comme dans le film, incarné par l'excellent Philippe Nahon, je ne peux que souscrire à cette volonté de précaution. Le film ne s'attarde que sur la douleur, et l'éffondrement concomittant (l'accident de la route de la famille du flic, comme dans le Démon dans l'île), ce qui peut se comprendre dans un 1er temps; mais avec une telle complaisance nihiliste, à nouveau, que la frustration d'un ressort, d'un nouveau départ se fait cruellement attendre.
La loi du talion, par analogie à son drame personnel, aurait été plus probante présenté comme le boulot normal d'un flic (à la manière d'un Harry).

- Réaction de sexinpalavas
- le 17/04/2008 à 17h57
- CITATION(FrankZito @ 09 4 2008 - 16:01) (source)Merci Mclane pour cette passionnante critique sur ce qui est, pour moi, le meilleur polar français depuis (trop) longtemps. Marchal s'impose définitivement comme le nouveau Melville!
Désolé je ne vois dans cet article aucune critique/analyse du film en lui-même (à part de savoir qu'il est dans la veine des précédents mais c'est un peu faible quand même). On dirait encore un édito sur la crise du cinéma français et ses corolaires habituels (les bobos, l'anti-américanisme, les méchants critiques de l'establisment de la culture du bon goût et blah blah blah...). - Réaction de FrankZito
- le 15/04/2008 à 16h23
- CITATION(The flying Frenchman @ 14 4 2008 - 19:45) (source)Sinon il sort quand en DVD le film?
Oula! pas avant longtemps! (je sais, trés constructif comme commentaire
) - Réaction de The flying Frenchman
- le 14/04/2008 à 19h45
- Sauf quelques fautes d'orthographe et de grammaire
, elle tabasse ta critique.
Bravo McClane (mis à part que mon faible intellect ne me permet pas toujours de saisir le sens de certaines phrases)
Sinon il sort quand en DVD le film? - Réaction de sigismund
- le 11/04/2008 à 19h58
- kitanojackson sors de ce corps....
- Réaction de FrankZito
- le 09/04/2008 à 16h01
- Merci Mclane pour cette passionnante critique sur ce qui est, pour moi, le meilleur polar français depuis (trop) longtemps. Marchal s'impose définitivement comme le nouveau Melville!
- Réaction de Rockin' bones
- le 09/04/2008 à 09h21
- Superbe analyse.
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