LA JUNGLE ROUGE - John Rambo de Sylvester Stallone

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LA JUNGLE ROUGE

John Rambo de Sylvester Stallone

John Rambo

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Avant que Stallone n'annonce la mise en chantier d'un quatrième épisode, Rambo incarnait la saga malade par excellence puisque la qualité des épisodes diminua de manière proportionnelle à sa progressive réorientation idéologique symptomatique de l'hégémonie du reaganisme dans l'Amérique des années 80 . Une évolution qu'à également connu la série des Rocky mais que Stallone avait pu atténuer un tant soit peu par une tentative (certes inégale) de revenir aux sources du personnage avec Rocky V. Pas pour Rambo, qui plonge dans les abîmes de la nanardise la plus ringarde avec le totalement hors-propos Rambo 3, dont l'accusation de faire l'apologie du patriotisme le plus belliqueux est pour le coup justifiée quand elle se révélait largement exagérée à propos du deuxième opus. Pire encore, le personnage était totalement sacrifié sur l'autel de la banalisation par Stallone et Sheldon Lettich (réalisateur des inoubliables Double Impact et Only The Strong) qui osèrent mettre des punchlines dans la bouche du vétéran de guerre taciturne, instable et tourmentés par ses démons du premier et (dans une moindre mesure, certes) du deuxième opus ! Logique dés lors qu'après une telle trahison Sly se sente le besoin de lui substituer un nouvel épisode qui cette fois ferait de la dualité du personnage le moteur du film, contrairement au précédent qui se débarrassait de cette thématique pourtant passionnante au bout de dix minutes pour mieux envoyer Rambo casser du bolchevique. John Rambo reprend donc là où le dernier commençait, à savoir en Thaïlande, cette fois près de la frontière birmane où le personnage survit en capturant des serpents venimeux destinés à un spectacle pour touristes alors que de l'autre côté du fleuve Myanmar la junte birmane continue ses exactions barbares contre le peuple Karen. Solitaire et désabusé, toujours en conflit avec lui-même, il va être tiré de son empathie lorsque des missionnaires qu'il a escorté en Birmanie se font capturé par les militaires de la junte, et qu'il se sente le devoir d'aller les sauver...

Le choix de situer l'action prés de la frontière birmane n'est certainement pas innocent de la part de Stallone. D'une part, cela lui permet d'établir une continuité narrative avec la saga en reprenant là ou le troisième épisode commençait (et du même coup infirmer le happy-end triomphaliste de celui-ci en ramenant Rambo à son point de départ) et d'autre part de mettre en perspective la psyché profondément torturée d'un personnage réticent à assumer ses instincts meurtriers. La construction séquentielle pré-générique est à ce titre exemplaire dans la manière dont elle parvient à faire le pont entre l'introduction réaliste mais sans complaisance de la situation politique du pays à travers les atrocités commise par la junte birmane (d'abord avec d'éprouvantes images d'archives, puis avec une séquence montrant les militaires birmans déshumanisés n'existant qu'au travers la démesure de leur folie meurtrière) et la situation d'un John Rambo devenu ermite, dont le quotidien empreint d'une mélancolie passive exposé lors du générique contraste avec la violence précédemment exposée. Le conflit intérieur du personnage est ainsi brillamment introduit par Stallone qui se sert ainsi de l'intensité de la répression des militaires birmans pour illustrer métaphoriquement la dualité d'un Rambo éludant sa nature guerrière en s'abritant sous les apparences d'une vie à la tranquillité mensongère (propos renforcé par la reprise du thème de Jerry Goldsmith par Brian Tyler). Ainsi, plus encore que son cynisme désabusé, le refus préalable de Rambo de s'aventurer en zone birmane s'explique par son souci de ne pas réveiller ses démons qui l'ont trop souvent mené à tuer pour des causes qui ne lui ont apporté que l'opprobre d'une certaine bonne conscience publique, auquel il sera de nouveau confronté quand, après avoir cédé à la demande d’une des missionnaires (en laquelle il décèle l'idéalisme qui l'anima avant), il sera de nouveau obligé d'ôter des vies pour sauver les passagers de son bateau. Dès lors, pour sauver ces derniers d'une mort certaine, Rambo sera obligé d'accepter une fois pour toutes ce qu'il est dans une scène purement anthologique tant le parfum de mythologie guerrière qu'elle distille s'accorde parfaitement avec la cohérence formelle et thématique de la saga, puisque Stallone renvoie ici les fans de la franchise à First Blood quand pris au piège dans une grotte, le film de Ted Kotcheff représentait un personnage perdu dans ses traumatismes à travers un décors se muant en représentation allégorique de son état mental. Redevenu un être entier lucide mais serein sur ce qu'il est, Rambo va redevenir la bête de guerre qu'il a toujours été et déchaîner l'étendue de sa puissance dans un déluge de violence salvatrice.

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  • Vos Réactions
  • Réaction de BMWC
  • le 26/07/2008 à 15h17
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  • Moi, je n'ai pas eu la même surprise car j'avais déjà vu la bande-annonce qui annonçait clairement que ça allait charcler ! C'est dommage, car quand j'ai vu un de mes potes qui n'en savait rien, il était vraiment stupéfait et estomaqué ! Donc si vous voulez voir John Rambo, regardez-le en en sachant le moins possible !
  • Réaction de Ben999
  • le 25/07/2008 à 16h57
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  • Bien d'accord avec McLane même si je n'ai pas autant creusé que ça mes réflexions sur la psychologie du personnage.
    Mais ce film est une énorme claque dans la figure, et un retournement des viscères. J'en espérais pas autant. Je m'attendais plus a un bon film bien grobill et fun, et au final j'en suis sortie bousculé au point de ne plus savoir quoi en penser. Ce film m'a marqué pour longtemps, jamais un film ne m'a autant retourné.
    La violence sans concession, la brutalité, l'immoralité des Soldats Birmans, toutes cette violence crue ça m'a vraiment pris aux tripes.
    ça me laisse sans voix, il n'y a pas de mots pour ça.
    Je dirais juste qu'il n'y a que l'humain qui soit capable de démontrer l'inhumain.
  • Réaction de BMWC
  • le 22/07/2008 à 16h26
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  • Rocky Balboa l'avait annoncé, John Rambo le confirme : Sylvester Stallone est l'un des acteurs les plus honnêtes avec son public, reprenant ses personnages les plus acclamés pour leur donner un salut mémorable et émouvant, préférant revenir à la source psychologique du personnage plutôt que de l'élever au simple statut de puissance légendaire. Je le remercie bien évidemment d'avoir donné avec John Rambo un bon film d'action bien old school d'une durée à l'époque normale d'1h30 (aujourd'hui, tous les Pirates des Caraïbes durent plus de deux heures alors évidemment, le film de Stallone semble vachement court !), film néanmoins habité par une âme très mélancolique. Avec mes potes fans du vétéran du Vietnam, nous avons passé une soirée absolument mémorable...
  • Réaction de incuriasui666
  • le 03/06/2008 à 13h46
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  • Ben depuis le temps que je l attendais!!! yes enfin vu!

    J ai adoré et retrouvé l ambiance que j aimais tant dans le premier (le 2 et 3 étant pour moi des purges...)
    Maintenant, c est sûr j irai jamais en Birmanie!
    seul bémol, il est vachement court et l'histoire tient sur une page, mais niveau mise en scène et violence pur et réaliste, ainsi que les messages sous-jacents, ben c est la claque...Mr Stallone est un grand monsieur.
  • Réaction de tromric
  • le 29/02/2008 à 15h35
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  • Je n'ai qu'une chose à dire: un film aussi sévèrement burné, par les temps qui courent, ça fait vraiment du bien !!! Merci Sly !!!

    ps: McLane, tu fais des phrases un peu longues mais ton papier est très bien…


    "il n'y a pas de théorie de l'évolution… juste une liste de créatures que John Rambo laisse vivre !"

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