No country for old men

- Titre Original : No country for old men
- Pays/Année de Production : USA, 2006
- Réalisation : Joel et Ethan Coen
- Scénario : Joel et Ethan Coen
- Dir. Photo : Roger Deakins
- Musique : Carter Burwell
- Production : Joel et Ethan Coen, Scott Rudin
- Interprétation : Woody Harrelson, Stephen Root, Kelly MacDonald, Barry Corbin, Tommy Lee Jones, Josh Brolin, Javier Bardem,
- Durée : 122'
- Distribution : Paramount Pictures France
- Sortie Originale : 21/11/2007
- Sortie en France : 23/01/2008
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Le désert du Texas, s'étendant à perte de vue au point de nier toute présence de civilisation sur le territoire. Un paysage rugueux et sauvage, indompté par l'homme mais dont la simple évocation suffit à ressasser dans l'inconscient collectif une mythologie intarissable, dont le puit continue encore aujourd'hui à alimenter l'imagerie intemporelle d'une certaine Amérique. Mais dans ce cas précis, quelque chose dans l'image instaure un malaise à la vision de ce panorama pourtant bien connu. Peut-être est-ce cette empreinte laissée par l'homme que sont ces poteaux téléphoniques penchés comme la Tour de Pise, où alors cette voix-off désabusée nous informant qu'elle a fait connaissance avec le mal à l'état pur, dont l'existence ne s'accommode d'aucune explication rationnelle. Peut-être alors que le mal dont parle la voix est représenté dans cet homme à l'allure inquiétante qui vient de monter menottée à l'arrière d'une voiture de police. Toujours est-il que ces signes annoncent un dérèglement de l'ordre naturel des choses dont l'issue inéluctable viendra à tout jamais reléguer cette vision idéalisée de l'Ouest américain au rang d'une nostalgie dont la simple évocation vient, comme pour le shérif interprété par Tommy Lee Jones, rendre le monde encore plus désespérant et chaotique. De cette introduction claire et nette et précise, qui parviennent en quelques images à résumer la ligne conductrice empruntée par le film, les Coen tirent avec No Country For Old Men un diamant d'une noirceur tétanisante, dont la vision chaotique du devenir du monde trouve dans l’œuvre exemplaire des frangins une résonance d'un pessimisme sans fond. Adapté du livre éponyme de Cormarc McCarthy, auquel il est d'une fidélité exemplaire (tout juste peut-on noter le sacrifice de quelques sous intrigues nécessaires à la transposition sur grand-écran, et une légère modification de la fin), No Country For Old Men narre l'histoire de Llewelynn Moss, citoyen tout ce qu'il y a d'ordinaire qui tombe lors d'une partie de chasse sur une mallette contenant deux millions de dollars, provenant d'une scène de crime confinant à la boucherie, à l'évidence une affaire de drogue qui a mal tourner. En s'emparant de l'argent, Llewelynn va déclencher une tempête à laquelle il n'était pas préparé, se trouvant désormais au cœur d'une guerre entre clans impliquant un tueur aussi fou qu'indestructible lancé à ses trousses, le tout sous le regard impuissant du Shérif Bell, flic d'une autre époque pas préparé au déferlement de violence qui va suivre...

On devine ce qui a attiré les frères Coen dans le livre de Cormac McCarthy tant celui-ci renvoie à la filmographie des cinéastes. Que ce soit le Texas, cadre dans lequel se déroule l'action, ou les personnages qu'il dépeint, impossible de ne pas songer à quelques-unes des pièces maîtresses de l’œuvre des frangins. La façon qu'à McCarthy de décrire le sud des Etats-Unis évoque ainsi directement à Blood Simple ou Arizona Junior, quand le tueur psychotique s’inscrit comme l'enfant dégénéré du Peter Stormare de Fargo ou au John Goodman de Barton Fink (le premier pour sa froideur, le second pour la démesure de sa folie) et sa proie interprétée par le très bon Josh Brolin le descendant des losers patentés qu'affectionnent les Coen, dénué ici de la dimension pathétique inhérente aux précédents. Quant à l'histoire, que l'on pourrait résumer par la descente dans l'engrenage de la violence d'une cellule familiale provoquée par la tentative d'émancipation en son sein de l'un de ses membres, elle est aisément superposable avec quelques-un des plus célèbres "post-films noirs" des Coen, que ce soit Blood Simple ou The Barber, en passant par Fargo. C'est d'ailleurs avec ce dernier que No Country For Old Men entretient le plus de point communs, tant l'on retrouve des personnages jumeaux dans leur caractérisation (les shérifs Marge et Ed Tom, deux personnes intègres entourées par une violence insoutenable qu'ils ne comprennent pas, Jerry et Llewelyn les frustrés, qui croient maîtriser une situation incontrôlable, la froideur des tueurs Chigurh et Gear...) parfois jusque dans leur dynamique relationnelle, comme c'est le cas pour la relation très maître-élève Ed Tom et Marge avec leur adjoint. A ceci près que adaptation de McCarthy oblige, les Coen substituent à la tonalité tragi-comique de ce dernier une structure d'actionner crépusculaire que n'aurait pas renié le grand Sam Peckinpah. Impossible d'ailleurs de ne pas penser à Bloody Sam devant cette peinture désenchanté d'un monde sur le point de s'éteindre au sein de laquelle se débattent des personnages vestiges d'une époque révolue, métaphore du dilemme d'une Amérique tiraillée entre ces deux antagonistes que sont le shérif Bell, garant d'un idéalisme sur le point de s'éteindre, et Anton Chigurh le tueur symbolisant ces pulsions de violence inédite s’abattant sur le pays. Une dualité très bien mise en perspective par les Coen lorsque les deux protagonistes verront successivement leur reflet dans la télévision de Llewelyn, la petite lucarne étant une fois de plus désigné par les frangins comme le vecteur d'influence d'une mythologie cristallisée par les personnages. En revanche, les tétanisants accès de violence du film, froids et brutaux comme à l'accoutumée chez les Coen, n'ont absolument rien d'abstrait et s'imposent comme la résultante logique de l'inéluctabilité du dénouement promis aux personnages. Car pour Llewelynn Moss comme pour Jerry Lundegaard, le sort en fut jeté dés qu'il a mis la main sur cette valise, aucune force ne pouvant empêcher l'issue de cette haletante course-poursuite qui va l'opposer à Anton Chigurh, incarné par le terrifiant Javier Bardem (qui parvient à coller une trouille de tous les diables avec la coupe de cheveux la plus ridicule portée par un acteur depuis celle de Johnny Depp dans Charlie et la Chocolaterie), implacable matérialisation du mal rongeant l'Amérique, sorte de Lucifer vêtu en serpent dont la présence aurait pour but de définitivement asseoir sa domination sur un Eden déjà corrompu. Or, c'est dans cette description désespérée du monde que le film va trouver son identité propre au sein de la filmographie des frères Coen.



- Vos Réactions
- Réaction de evilhost26
- le 02/04/2008 à 13h30
- un grand film surment le meilleur des freres cohen et l'analyse est parfaite bravo!
- Réaction de Ice Cube
- le 04/02/2008 à 13h14
- Très jolie lecture du film. J'aurais aimé voir William Forsythe à la place de Josh Brolin (question de largeur de moustache !), mais à part ça, c'est un excellent BroCo.
Et Bardem est immense !!!! - Réaction de steph83
- le 02/02/2008 à 17h53
- Très belle critique et synthèse du film des frères Cohen, qui ont réalisés là leur meilleur film, somptueux de bout en bout.
Une vraie leçon de cinéma !

- Réaction de el G@b@L
- le 02/02/2008 à 13h28
- Vu !
Retour à une ambiance zen trés BLOOD SIMPLE (mon préféré des brothers avec RAISING ARIZONA).
En tout cas c'est cool que ca plaise au grand public cette fois, parce qu'on peut pas dire que Blood Simple soit un film vraiment populaire ... - Réaction de Peav'
- le 01/02/2008 à 22h31
- Corrigé

- Réaction de McClane
- le 01/02/2008 à 22h28
- CITATION(McClane @ 01 2 2008 - 22:23) (source)Aie, ah oui quand même , j'aurais du penser à verifier...Je sais pas pourquoi, j'ai toujours été persuadé qu'il venait du Texas. Désolé pour la bourde en tous cas.
ils venaient s'entend.
- Réaction de McClane
- le 01/02/2008 à 22h23
- Aie, ah oui quand même , j'aurais du penser à verifier...Je sais pas pourquoi, j'ai toujours été persuadé qu'il venait du Texas. Désolé pour la bourde en tous cas.
- Réaction de kitano
- le 01/02/2008 à 20h34
- Trés jolie critique, juste que les frangins sont originaires du Minnesota dont ils retranscrivent trés bien le climat rude dans Fargo, mais le Texas on pourrait dire que c'est leurs terre de naissance artistique puisque c'est le lieu de leurs premier film et premier chef d'oeuvre : Blood simple
Sinon romanofs dans leur prochain film qui est une comédie il y a devine qui... Georges Clooney, et puis c'est pas tout il y a même... Brad Pitt, et tu sais pas le meilleur, ça va être génial !
- Réaction de romanofs
- le 01/02/2008 à 18h25
- CITATION(Peav @ 01 2 2008 - 18:22) (source)Le désert du Texas, s'étendant à perte de vue au point de nier toute présence de civilisation sur le territoire. Un paysage rugueux et sauvage, indompté par l'homme mais dont la simple évocation suffit à ressasser dans l'inconscient collectif une mythologie intarissable, dont le puit continue encore aujourd'hui à alimenter l'imagerie intemporelle d'une certaine Amérique. Mais dans ce cas précis, quelque chose dans l'image instaure un malaise à la vision de ce panorama pourtant bien co...
URL de l'article : http://www.mad-movies.com/mad/emag-actuali...x-trousses.html
une superbe anlyse du film, pour lequel le mot chef-d'oeuvre n'est pour une fois pas usurpé. le meilleur film des frères Cohen, qui devraient définitivement arrêter les comédies avec Clooney, bordel.


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