Into the wild

- Titre Original : Into the wild
- Pays/Année de Production : USA, 2007
- Réalisation : Sean Penn
- Scénario : Sean Penn, Jon Krakauer
- Dir. Photo : Eric Gautier
- Musique : Michael Brook, Kaki King
- Production : Art Linson, Sean Penn, William Pohlad
- Interprétation : Emile Hirsch, Marcia Gay Harden, William Hurt, Jena Malone, Brian Dierker, Vince Vaughn, Kristen Stewart
- Durée : 140'
- Distribution : Pathé Distribution
- Sortie Originale : 21/09/2007
- Sortie en France : 09/01/2008
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Non content de jouir de la reconnaissance (méritée) de ses pairs en tant qu'acteur émérite, capable de transcender n'importe quel rôle borderline par un jeu à fleur de peau reflétant à merveille la corde raide sur laquelle évoluent la plupart de ses personnages, Sean Penn s'est également imposé comme un réalisateur hors-pair depuis son premier (et meilleur) film The Indian Runner en 1993, au bas-mot l'un des dix plus grands films américains de ces vingt dernières années. Par la suite, Crossing Guard et The Pledge n'ont jamais infirmé la trajectoire exemplaire du cinéaste tant qualitativement que thématiquement, puisque l'on retrouve inlassablement au fil de son oeuvre ces personnages engagés dans une fuite en avant obsessionnelle provoquant des dégâts irréversibles sur leur proches, le tout filmé par une caméra amoureuse du cadre de l'Amérique profonde dans lequel ses films se déroulent. Dès lors, l'histoire vraie de Christopher McCandless, fils de bonne famille d'Atlanta promis à un avenir souriant tracé depuis longtemps, décide de tout plaquer pour se lancer dans un voyage improbable vers l'Alaska. Ce scénario ne pouvait que trouver résonance dans l'oeuvre du réalisateur, tant par le parcours du personnage principal qui renvoie inévitablement aux figures marquantes de la filmographie de Penn que par le genre cinématographique dont elle se fait l'écho, le road-movie, dont les codes et la mythologie semblaient prédestinés à rencontrer un jour l'univers du réalisateur de The Pledge.

Genre fondamentalement américain, qui fut souvent réadapté à différentes sauces depuis le succès d'Easy Rider (horrifique avec Hitcher, policière-crépusculaire avec Apportez moi la tête d'Alfredo Garcia...), le road-movie est paradoxalement l'un des genre les plus ouvertement intimistes qui soit, dévoilant les grands espaces fantasmés de l'Amérique sur le rythme du parcours initiatique des personnages. Impossible de ne pas voir la connection directe du genre avec le cinéma de Penn, dont les personnages dédaignent les rapports humains stables au profit d'une longue marche vers l'inconnu semblent eux-mêmes engagés sur une route dont l'issue fataliste échappe malheureusement à leur contrôle. Si dans Crossing Guard et The Pledge, Penn investissait en apparence deux structures cinématographiques codifiées (le revenge flick et le film de serial-killer) pour des résultats n'entretenant finalement que peu de rapport avec le genre dans lequel ils s'inscrivaient, Into the Wild marie en revanche magnifiquement les obsessions de son auteur avec le road-movie, ici sublimé dans ses conventions par le réalisateur. A commencer par la découverte des trésors panoramiques que recèle l'Amérique par Christopher McCandless, dont les sensations résultant de ce contact retrouvé avec une nature sublime sont partagés avec le spectateur par le biais de la mise en scène des plus immersives de Sean Penn (bien aidé par son chef-opérateur Eric Gautier). Conscient qu'un lyrisme trop appuyé aurait tôt fait d'apparenter son film à une publicité Ushuaia, Penn évite l'écueil et préfère se reposer sur la valeur du cadre plutôt que de verser dans une surenchère stylistique qui aurait été assez malvenue pour le coup. Un véritable déluge de sensations exaltantes qui se meut en un brutal et amer retour sur Terre lorsque Chris, incarné par l'excellent Emile Hirsch, en vient à retrouver la civilisation urbaine lors d'une étape sur sa route et en vient à (re)découvrir l'aliénation ambiante et la misère sociale des bas-quartiers. Une manière pour Penn d'exprimer implicitement la profonde versatilité sentimentale qu'il éprouve pour son pays, entre amour de ses grands espaces et révolte contre ses inégalités sociales. Car comme dans tous ses films, Penn parle avant tout de l'Amérique et des gens qui la compose, ici les rencontres qui vont émailler le parcours de Chris. Des personnages qui loin de se cantonner à un quelconque stéréotype imposé par leur fonction (les parents obtus, les hippies, le vieux réac...) sont ici dotés d'une humanité à fleur de peau, explosant lors de scènes bouleversantes qui mettent à nu leur interaction avec Chris. Cette convention inhérente au road-movie nécessitant le côtoiement passager de personnages plus ou moins décalés par le héros se retrouve littéralement transcendée par Penn, qui retrace ici une vérité confondante dans les rapports humains, directement héritée du cinéma américain des 70's duquel il se réclame. Into The Wild en vient logiquement à partager avec les autres films du réalisateur cette saveur de ballade mélancolique, lyrique et émouvante mais empreinte de l'inéluctabilité tragique du destin en marche.



- Vos Réactions
- Réaction de romanofs
- le 26/01/2008 à 09h26
- CITATION(Peav @ 24 1 2008 - 11:28) (source)Non content de jouir de la reconnaissance (méritée) de ses pairs en tant qu'acteur émérite, capable de transcender n'importe quel rôle borderline par un jeu à fleur de peau reflétant à merveille la corde raide sur laquelle évoluent la plupart de ses personnages, Sean Penn s'est également imposé comme un réalisateur hors-pair depuis son premier (et meilleur) film The Indian Runner en 1993, au bas-mot l'un des dix plus grands films américains de ces vingt dernières années. Par la su...
URL de l'article : http://www.mad-movies.com/mad/emag-actuali...to-be-wild.html
a tous les amoureux de ce superbe film, je conseille la bande originale composée par Eddie Vedder (chanteur de Pearl Jam). 30 min de bonheur mélancolique qui vous replongent instantanément aux côtés d'Emile Hirsch. snif, que d'émotions... - Réaction de Glen Runciter
- le 24/01/2008 à 11h56
- Encore bravo McClane, ça je le dis à chaque fois, je partage completement ton avis.
Vu hier, le film m'a conquis de bout en bout. A la fois attiré par son coté road trip solitaire ds la nature j'avais aussi peur que le film nous fasse une morale facile qui le rende au final antipathique. Or c'est pas du tout le cas.
Comme le dit McClane, on est loin du trip bobo et de la leçon de vie explicatoire, et Penn a l'intelligence de prendre regulierement du recul par rapport à son personnage.
Une experience de cinéma à vivre seul je pense, et sur grand ecran.
Quelques menus defauts facilement pardonnable (sur la durée, les sequences qui s'enchainent sont parfois inegales), mais pour moi déjà un des films de l'année.
5.5/6
Avec ce film, sweetney et no country, mazette que 2008 commence bien !!
Sinon coup de gueule gratuit et HS: avt into the wild j'ai vu la BA de PARIS....pouahhh.
J'aimerais aimer le cinéma français, j'essaie chaque nouvelle fois d'etre indulgent...alors peut etre qu'inconsciemment je suis conditionné pour pas aimer, mais là c'était vraiement trop.
Alors qu'on en a déjà eu cent mille, et des ratés, on se paye un nième film choral dans paris, avec la creme du cinoche français (...) ouai enfin tjrs les meme quoi, à base de dialogue surecrits (lucchini: "je lui ai envoyé un texto, je la kiffe grave") et de morale pesante parce que bcp trop explicite (romain duris: "je les envie d'etre en vie", "ils ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont"). Berk berk.
Sorry mcclane pour cette digression.
En meme tps c pas completment HS puisque je pense que into the wild est exactement l'exemple de ce que savent faire les americains. Du leger, du neuf avec du vieux, et pas ces clins d'oeil appuyés au spectateur et situations surecrites (le message d'into the wild est bien plus diffus et malin).
(R.I.P heath ledger, j'en ai eu des frissons.)
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