LES PLAISIRS DE LA CHAIR - Portrait de Paul Verhoeven

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Dossier

LES PLAISIRS DE LA CHAIR

Portrait de Paul Verhoeven

Paul Verhoeven

  • Date de Naissance : 18/07/1938
  • Lieu de Naissance : Amsterdam, Hollande
  • Activités : Réalisateur, Scénariste, Producteur

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Si les insectes de Cronenberg ne font pas de politique (remember La Mouche), ceux de Verhoeven, eux, ne s’en privent pas. Déjà joliment engagé dans son pays d’origine (cf. Soldier of Orange et sa vision de l’occupation néerlandaise), le cinéaste semble s’être fait une joie, une fois exilé aux Etats-Unis, de rentrer dans le lard de la Grande Puissance de l’Oncle Sam, épinglant des tares qu’Hollywood tentait jusqu’alors d’exporter dans le monde entier comme autant de valeurs idéologiques nobles. En cela, chaque film américain de Paul Verhoeven représente tristement son époque. Tourné au milieu des années 1980, Robocop dénonce la tyrannie du capitalisme et dresse un portrait peu flatteur de l’empire des yuppies (« la loi de la jungle », comme le décrit Bob Morton après le massacre d’un de ses collègues par l’ED-209). Distribué en 1990, alors que le grand public n’a d’yeux que pour les jolis petits riches de la série Beverly Hills, Total Recall prend le parti des laissés-pour-compte, ici sous les traits de mutants difformes condamnés à payer une rançon pour absorber de maigres rations d’air. Lâché au début des nineties, le fauve Basic Instinct plonge l’iconographie du top model et du luxe arrogant dans un bain de sang bouillonnant ; une iconographie encore plus mise à mal avec Showgirls, le cinéaste préférant se ranger du côté des vulgaires qui s’assument (le personnage campé par Robert Davi, notamment) plutôt que des esthètes hypocrites, véritables proxénètes derrière leurs oripeaux « chic ». Comme un ver dévorant le fruit de l’intérieur, le pamphlet global de Verhoeven progresse ainsi à un rythme métronomique, jusqu’à atteindre des cimes impensables avec Starship Troopers, parabole sur le gouvernement de Bush Senior qui, avec le recul annoncera étape par étape, et avec une précision glaçante, les évènements du 11 septembre 2001. Le commentaire audio, pourtant enregistré en 1997, est à ce titre éloquent : « ce film parle des Etats-Unis, il n’y a aucun doute là-dessus. La politique américaine a eu tendance, ces vingt ou trente dernières années, à utiliser la force dès que quelqu’un exprimait son désaccord. Cette utilisation de la violence est très claire dans les conflits récents au Moyen Orient, mais aussi au Panama, au Vietnam… C’est un constat général : la violence rend les choses faciles, et un moyen démocratique prendrait trop de temps pour résoudre un problème à l’échelle internationale ». Pour l’anecdote, cette piste analogue a tellement embarrassé les éditeurs en son temps qu’elle est à l’origine du fameux carton qui ouvre désormais le moindre DVD collector : « les propos tenus lors des commentaires ou des interviews ne sont en aucun cas représentatifs des opinions du studio ». Disney a même trouvé l’ultime parade au discours de Verhoeven dans sa récente édition Blu-Ray de Starship Troopers, en évinçant purement et simplement le fameux bonus ! Si c’est pas du courage…

A l’instar d’un William Friedkin ou d’un John Carpenter, Paul Verhoeven a sans doute passé autant de temps à développer des projets sans lendemain qu’à concrétiser ses visions sur grand écran. Son écueil le plus célèbre, outre une biographie de Houdini qu’il traînera vainement quinze années durant, reste Les Croisades, épopée sanglante qui entendait confronter au milieu des nineties le public aux origines mêmes des religions modernes. Un brûlot éreintant traversé de viols dans la boue, de massacres d’innocents et de batailles homériques qui devait s’imposer comme l’un des plus gros budgets de l’histoire du cinéma. Trop colossal sans doute pour les investisseurs qui, apeurés par l’ultraviolence et la charge politique du sujet (sans compter le bide encore retentissant de Waterworld), préfèrent déserter le projet, bientôt suivis par la star Arnold Schwarzenegger puis par le réalisateur lui-même. En dépit d’un script achevé, d’une préproduction très largement entamée et d’un score partiellement écrit qui mêle envolées arabisantes et chœurs guerriers à la Conan, Les Croisades s’enlise dans le gouffre du Development Hell, et n’en ressortira qu’au terme d’une décennie via Kingdom of Heaven, version épurée et plus « noble » confiée aux bons soins de Ridley Scott.

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  • Vos Réactions
  • Réaction de __Chainsaw__
  • le 20/04/2008 à 09h19
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  • Paul Verhoeven se fait attendre... C'est un des seuls cinéastes ( avec je pense les Big Guillermo del Toro et Jackson ) à ne pas m'avoir déçu au visionnage d'un de ses films...
    En plus de son talent de réalisateur et son sens de la provoc ( jamais gratuite ), le Hollandais Violent rajoute à ses oeuvres une acuité politique et sociale évidente qui transcende de très bons films à la base en objet filmique puissant et captivant !
    Allez Paulo reviens nous vite, que ça soit dans ta période néerlandaise ( spetters ou le 4ème homme... ) ou américaine ( Robocop et starship troopers ), tu nous manques cruellement.
    @ très bientôt donc.

    PS.
    Le site Mad Movies est vraiment de plus en plus attractif !
    Bravo à la mad Team pour ses reportages TV et ses articles complémentaires de l'excellente revue que l'on apprécies tous ici ( j'espère !!! )
  • Réaction de Dragon
  • le 20/04/2008 à 01h08
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  • Crusades, la plus grande desillusion de ma vie parce que verhoeven+schwarzenegger+un script de walon green= LE chef d'oeuvre absolu,un moment de barbarie inoui, une fresque epique, un tableau vivant! rajoutez a cela une musique qu'aurait composé le defunt Basil Poledouris, franchement,qu'aurait on pu esperer de mieux?!
  • Réaction de francky
  • le 19/04/2008 à 15h08
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  • Excellent article qui donne envie de voir ou revoir les films de Verhoeven.
  • Réaction de penikufesin
  • le 18/04/2008 à 23h48
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  • Azazel serait-il l'adaptation du bouquin homonyme de Boris Akounine ? Si c'est le cas je piaffe d'autant plus devant ce que peut en faire le Hollandais Violent !
  • Réaction de DreamProphet
  • le 18/04/2008 à 13h07
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  • Excellent dossier. Merci bien mr Poncet !

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