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Présent depuis un bon moment sur nos écrans, le cinéma de genre espagnol fut paradoxalement reconnu très tard par la critique et par une certaine partie du public. En ces temps de débarquement massif des prods ibériques, un point s’imposait. Les sorties de L’Orphelinat de Juan Antonio Bayona (vendu comme « le plus grand succès du cinéma espagnol »), de [Rec] de Jaume Balaguero et Paco Plaza (en avril prochain) et, dans une moindre mesure, de Crimes à Oxford d’Alex de la Iglesia (à la fin du mois) semblent marquer un tournant dans la façon dont le cinéma espagnol est désormais perçu chez nous. Comme si la presse découvrait enfin qu’il existait un cinéma bouillonnant derrière les façades érigées (malgré elles) par les œuvres de Pedro Almodovar (le seul cinéaste ibérique contemporain à connaître une distribution constante et une véritable couverture médiatique chez nous). Comme par hasard, ce cinéma, semble-t-il reconnu, repose principalement sur des préceptes de genre, ceux-là mêmes que les garants de la haute culture mettent un temps fou à intégrer et à digérer. S’il est un peu tôt pour savoir si la grande distribution va continuer à suivre le buzz, il est toutefois pertinent de revenir sur ce qui fait la force du cinéma espagnol de genre, qui ne s’est pas construit en un jour comme semblent le croire certains…
En effet, les plus anciens lecteurs risquent de prendre un coup de vieux en se rappelant que cela fait déjà 15 ans que Mad Movies a parlé pour la première fois d’Alex de la Iglesia , lors de la présentation de son fabuleux Action mutante (au dernier Festival d’Avoriaz, en 1993), et que JPP s’émerveillait sur L’Ecureuil rouge et les autres œuvres surréalistes de Julio Medem. Quelque temps plus tard, le sémillant Julien Carbon prenait le temps de parler, dans feu Impact (le cousin pétaradant de Mad Movies, pour les deux du fond), de Personne ne parlera de nous quand nous serons mortes d’Agustin Diaz Yanes et de La Madre muerta de Juanma Bajo Ulloa, deux thrillers âpres qui ne doivent leur sortie chez nous qu’en raison des présences respectives de Victoria Abril et de la chanteuse Lio (ce qui ne les empêchera pas, d’ailleurs, de faire un four). Rebelote pour les intéressants Entre les jambes de Manuel Gomez Pereira et Asfalto de Daniel Calparsoro qui passent totalement inaperçus. Même l’énorme succès local de la drôlissime comédie Torrente, qui relève totalement du genre dans sa description outrancière d’un irrécupérable « Bad Lieutenant » raciste, machiste et franquiste, ne connaît aucune répercussion à sa sortie chez nous en avril 1999 (pourtant, le film devrait bientôt être refait deux fois, aux États-Unis mais aussi en France, par Thomas Langmann). Seule l’œuvre d’Alejandro Amenabar, d’abord Tesis puis Ouvre les yeux, séduit suffisamment de monde pour permettre au réalisateur de se faire timidement un nom en France avant la sortie de Les Autres, son film américain, en 2001. Si tous ses films ont eu le mérite de sortir ici sans avoir forcément connu une sortie triomphante dans leur pays d’origine, ils ont malheureusement contribué à fermer les portes de la distribution aux véritables succès ibériques de ces dernières années (où sont les Torrente 2 et 3, El Milagro de P. Tinto de Javier Fesser et autres Airbag de Juanma Bajo Ulloa ?). Et, plus grave, ils ont surtout faussé l’image du cinéma de genre espagnol en France, puisque ses véritables représentants, ceux qui l’ont influencé dans le bon sens, ne connaissent parfois qu’une distribution tardive ou quasi inexistante chez nous (comme c’est le cas d’Alex de la Iglesia dont les géniaux Perdita Durango et Mort de rire n’ont eu droit qu’à une sortie vidéo suite au bide injustifié de son féroce Le Jour de la bête dans nos salles obscures). Dans ces conditions, et au fur et à mesure que les différents distributeurs accumulent les échecs cinglants avec des œuvres tantôt sympathiques, tantôt anecdotiques (Jeu de rôles de Mateo Gil, Souvenirs mortels d’Alvaro Fernandez Armero, Sans nouvelles de Dieu d’Agustin Diaz Yanes), il devient difficile de se concentrer sur ce qui fait la véritable force du cinéma espagnol, faute d’une actualité soutenue. On peut même affirmer qu’il vaut mieux se tourner vers l’import pour se tenir informé, plutôt que d’attendre une quelconque grâce de la part des distributeurs échaudés. ![]() |
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