Victor Salva

- Date de Naissance : 29/03/1958
- Lieu de Naissance : Martinez, Etats-UNis
- Activités : Acteur, Réalisateur, Scénariste, Producteur
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Le cas de Victor Salva est assez particulier dans le cadre du cinéma fantastique. Cinéaste ouvertement homosexuel (et militant) comme certains de ces prédécesseurs dans le genre (James Whale, Clive Barker, Philip Ridley), notre homme est attiré dès son plus jeune âge par le cinéma qui fait peur et se déclare lui-même être un « enfant des Dents de la mer », qu’il découvre à l’age de 17 ans. Enorme fan de films de monstres, et notamment de l’émission télé Creature Features, Salva réalise son premier moyen-métrage à l’âge de 28 ans, en 1986. Le titre est déjà évocateur : Something in the Basement (qu’on pourrait traduire par « Quelque chose dans la cave »). Il y traite évidemment de la peur enfantine et du croquemitaine sous une forme à la fois fantastique et ordinaire. Le petit film d’une demi-heure impressionne Francis Ford Coppola lui-même, qui décide d’aider Victor Salva à percer dans le cinéma. Ensembles, les deux hommes développent Clownhouse, que Salva écrit lui-même. Une fois de plus, la peur enfantine est au centre même du film, puisque Salva raconte l’histoire de trois jeunes adolescents, dont le cadet a une phobie des clowns, qui sont attaqués par trois évadés d’une asile psychiatrique, déguisés en… clowns. L’idée est simple et plutôt bonne, et le film entier se repose principalement sur son dernier acte cathartique, mais s’il reste encore dans les mémoires aujourd’hui, c’est pour le triste fait divers qui aura eu lieu en coulisses. Peu de temps avant la sortie du film, le jeune acteur Nathan Forrest Winters, qui incarne Casey le frère « clownophobe », déclare avoir été victime des avances sexuelles faîtes par Victor Salva durant le tournage du film. Lorsque l’affaire est présentée devant la justice, le réalisateur plaide coupable et purge 15 mois de prison sur une peine qui s’étend à trois ans. Le scandale est d’ailleurs à ce point prégnant dans la communauté cinématographique qu’il pose toujours problème, presque vingt ans après les faits et la réinsertion sociale de Salva. Cela s’en est ainsi ressenti lorsque l’éditeur MGM a décidé de sortir le DVD Zone 1 en juillet 2004, avant de le retirer brusquement des étalages le lendemain de la sortie (pour les fans, le film est d’ailleurs encore trouvable sur certains sites en ligne, et doté de sous-titres français), par crainte d’une nouvelle polémique.
Pour sa réinsertion, Salva revient au cinéma par la petite porte, avec un thriller horrifique d’honnête facture qui sortira directement en vidéo chez nous sous le titre Bad Company (le titre original, The Nature of the Beast est plus évocateur). Avec ce film, Salva trouve un alter ego en la personne de Lance Henriksen, avec lequel il partage une expérience traumatisante de l’enfance (Henriksen a avoué avoir été longtemps battu par son beau-père, qui lui sert régulièrement de modèle pour jouer des personnages violents), et les deux hommes collaborent de nouveau ensembles sur Powder, un drame fantastique très personnel (mais raté) produit par Disney. Le simple fait que la firme aux oreilles de Mickey produise le film d’un pédophile (qu’il ait payé sa dette envers la société ne semble pas peser dans la balance) suffit à hérisser le poil conservateur des organisations parentales et Victor Salva se trouve une fois de plus, malgré lui, au cœur d’une tourmente menée par le jeune Nathan Forrest Winters. Le jeune homme, désormais âgé de 20 ans, est le premier à appeler au boycott du film. Les doigts accusateurs pointés sur le réalisateur dressent clairement un parallèle entre la réalité et la fiction, et les destins de Salva et du personnage-titre de Powder, un albinos aux pouvoirs étranges rejeté par les habitants d’une petite ville des Etats-Unis, se croisent de façon troublante. D’une certaine manière, le réalisateur connaît une fois de plus la prison, puisqu’il lui faudra attendre quatre ans avant de pouvoir réaliser un autre film : l’inédit Rites of Passage, qui raconte les relations complexes entre un père adultère et ses deux fils, dont l’un est un homosexuel. Leur fragile cellule familiale est mise en danger quand ils rencontrent sur leur chemin deux dangereux criminels évadés de prison.
Tensions sexuelles et non-dits sont donc au centre de Rites of Passage, mais c’est en revenant directement vers le fantastique avec le superbe Jeepers Creepers que Victor Salva évoque le mieux son passif douloureux dans une symbolique larvée mais prégnante. Sous ces dehors de superbe film de monstre classieux, Jeepers Creepers transpire effectivement le malaise des plus grands films d’horreur, notamment en mettant en scène un croquemitaine (c’est un véritable retour aux sources pour le réalisateur) qui repère ses victimes (des jeunes ados) en sniffant leurs sous-vêtements. Le film connaît le succès et appelle une suite en forme de série B survoltée, qui perd en malsain ce qu’elle gagne en spectaculaire (une putain de scène d’ouverture, et un climax énorme). Salva s’amuse plus avec son monstre sans pour autant tomber dans l’excès de caricature façon Freddy Krueger. Déçue par les résultats pourtant honorables de Jeepers Creepers 2 au box-office, la MGM met la franchise en stand-by, et le troisième opus, qui devait à l’origine plonger le Creepers au Western (un pur fantasme de fantasticophile geek !) se fera sans son créateur (on parle désormais d’un DTV plus classique pour ce Jeepers Creepers 3), parti adapter le livre de Dan Millman Le Guerrier Pacifique. Son Peaceful Warrior flirte ouvertement avec le fantastique et évoque la renaissance métaphorique d’un athlète qui se débarrasse du regard des autres pour atteindre la pureté de son art. Une œuvre constamment sur la corde raide, mais Salva s’en tire avec les honneurs en assumant jusqu’au bout son propos et ses effets de mise en scène casse-gueule. La sortie plus que confidentielle du film aux Etats-Unis (malgré deux exploitations limités, en 2006 et 2007) est teintée d’amertume, d’autant que Victor Salva est censé enchaîner avec The Watch, un film d’horreur situé pendant la seconde guerre mondiale (avec Matt « Joey Tribbiani » LeBlanc dans le rôle principal – aïe !) pour New Line, mais le projet, annoncé depuis maintenant deux ans, ne semble pas évoluer dans le sens de la concrétisation. Coincé entre ce development hell et la destitution de sa propre créature, qui court le risque de devenir un vulgaire boogeyman comme tant d’autres, Victor Salva semble connaître une fois de plus connaître l’exil hollywoodien. Gageons qu’à la suite de cette énième mise au banc, le réalisateur saura une fois de plus renaître de ses cendres, en invoquant certainement le fantastique comme thérapie cathartique.



- Vos Réactions
- Réaction de Butcher Boy
- le 10/12/2007 à 20h27
- CITATION(Le Toursiveu @ 07 12 2007 - 20:14) (source)Victor Salva est un homme à qui je ne confierai pas ma petite soeur, même 20 ans après les faits
C'est plutot mon petit frère que je lui confierai pas

- Réaction de dullboy
- le 08/12/2007 à 05h04
- tout ça ne consolera pas ses victimes (comme ça c'est fait), mais jeepers creepers, quel putain de bon film...aprés le réalisateur , j'avoues volontiers que j'm'en bats les couilles
- Réaction de Le Toursiveu
- le 07/12/2007 à 20h14
- Depuis des années, le cas de Victor Salva divise les opinions et provoque des controverses souvent alimentées par des imbéciles furieux (voir les commentaires haineux sur sa fiche IMDB) et même dans la Mad Rubrik à l'époque de la sortie de Powder. On ne va certainement pas se lancer dans un débat sur les causes et les effets de la pédophilie, le mal étant fait.
Ce qui est indéniable c'est que comme réinsertion, le cas de Salva est exemplaire. Combien d'ex-taulards et d'autres child molesters ont ainsi l'occasion de "racheter leurs péchés" (faute de trouver une autre expression) à leur sortie de taule? Surtout pour des délits qui ont un taux de récidive très élevé? Au moins, Salva aura pu exorciser ses démons en faisant des films, des putains de bons films par dessus le marché, en projettant son côté monstrueux dans le personnage du Creeper notamment. Et je trouve ça admirable d'avoir su passer du statut de "Do you like movies with gladiators, Joey?" au statut de réalisateur (forcément) controversé (il n'échappera jamais à son passé aux yeux de la presse ni des spectateurs) mais très talentueux et parfois salué pour son talent. Moi j'attends son Jeepers Creepers 3 avec impatience, DTV ou pas!
Beaucoup de posts suivront pour dire que "tout ça ne consolera pas ses victimes" et je suis bien d'accord. Entièrement d'accord. Victor Salva est un homme à qui je ne confierai pas ma petite soeur, même 20 ans après les faits, même si il s'est complètement racheté une conduite. Par contre, sans la moindre hésitation, je lui confierais un bon scénario de film d'horreur...

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