LE TALENT DISCRET - Portrait de Bojan Bazelli

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Dossier

LE TALENT DISCRET

Portrait de Bojan Bazelli

Bojan Bazelli

  • Lieu de Naissance : Herceg Novi, Yougoslavie
  • Dir. Photo :
  • Activités : Acteur

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Aussi sous-employé que le Polonais Darius (The Crow) Wolski, Bojan Bazelli est pourtant l’un des plus grands directeurs de la photographie en activité. Retour sur une carrière sans faute.

On ne sait pas grand-chose de Bojan Bazelli. Né à Herceg-novi en ex-Yougoslavie, il est diplômé en 1985 de l’académie de Prague (section Cinéma et Télévision) pour laquelle il signe le court-métrage Ring Around the Roses. Lassé d’attendre que l’industrie locale daigne s’intéresser à lui, Bazelli décide de tenter tout seul sa chance aux Etats-Unis. Arrivé là-bas, il croise vite la route d’un certain Abel Ferrara, le réalisateur du trash The Driller Killer. « Abel Ferrara avait vu mon court-métrage de fin d’études et c’est ce qui l’a décidé à m’engager pour China Girl. Quand on débarque aux USA, il est vraiment capital de pouvoir montrer ce dont on est capable. Par chance, ce petit film qui avait pour héros un jeune enfant qui s’ouvre à l’art et à la culture dans la Tchécoslovaquie des années 80 a plu, et c’est ce un peu ce qui a tout déclenché. Sans oublier, bien sûr, la chance d’être découvert par quelqu’un comme Abel. » S’ensuit une collaboration fructueuse entre les deux hommes qui travailleront ensemble sur China Girl, King of New York et surtout le formidable Body Snatchers. Petit chef-d’œuvre de la série B, ce second remake de L’Invasion des Profanateurs de Sépultures de Don Siegel est considéré comme le film qui aura permis à Ferrara de s’affranchir de son image de cinéaste urbain. Pourtant, au vu de la qualité du travail accompli par Bazelli (utilisation renversante du scope, jeux de lumières proprement bluffants), certains ne manqueront pas de désigner celui-ci comme le véritable auteur de Body Snatchers, reléguant le pauvre Ferrara (parait-il ivre mort pendant le tournage et complètement dépassé) au rang de simple spectateur.

Loin de se limiter à l’univers glauque du cinéaste de Nos Funérailles, Bojan Bazelli élargira ensuite ses horizons en signant la lumière de Kalifornia, Deep Cover (où, une fois encore, il sera soupçonné d’avoir co-réalisé le film), Boxing Helena, The Rapture. Inactif après le Dangerous Beauty de Marshall Herkowitz, Bazelli collaborera en 2001 au RingLe Cercle de son ami Gore Verbinski (les deux hommes ayant déjà bossé ensemble sur de nombreuses pubs), remake américain du terrifiant Ringu d’Hideo Nakata. Si la relecture de Verbinski suit à la lettre son modèle dans sa narration et sa thématique, il s’en éloigne formellement avec sa photo froide et monochromatique, aux antipodes du look neutre de l’original : « Gore m’a d’abord présenté le projet comme un film froid, presque hivernal. Ce qui était intéressant comme idée, c’était d’en faire un film d’horreur au premier degré, sans tomber dans des effets de lumières grand guignolesques ou excentriques. Tout devait être travaillé dans la subtilité, avec une lumière douce, presque sans ombre, comme en hiver où on ne voit pas le soleil de la journée. » Thriller, drame psychologique, polar ou film d’action (le Mr & Mrs Smith de Doug Liman), Bazelli ne se donne aucune limite et c’est dans cette optique d’ouverture qu’il accepte de contribuer au remake du Hairspray de John Waters (mis en boite par Adam Shankman), qui lui permet de s’attaquer à un genre qu’il ne connaît pas : la comédie musicale. « Le premier jour de tournage, quand les acteurs se mettent à ouvrir la bouche et qu’on entend des chansons à la place des dialogues, vous vous dites qu’il va falloir s’adapter car une approche traditionnelle ne marcherait pas. Mais comme Adam m’a donné une latitude et une liberté énormes pour créer le look du film, j’ai trouvé le courage de croire en mon intuition et mon expérience pour réussir dans un genre si nouveau. » Le résultat est à la hauteur du défi : colorée et bigger-than-life, la photographie d’Hairspray est une vraie merveille. Et quand on lui demande de quel chef opérateur il se sent le plus proche, Bazelli ne doute pas une seconde : « J’aime le travail de Vittorio Storaro (Apocalypse Now) qui, je pense, est tout de même le modèle du genre en terme de rigueur et d’acuité visuelle en fonction du propos du film. Non content de produire des images d’une beauté souvent incroyable, il réussit également à faire passer un maximum d’émotions cachées en utilisant les couleurs notamment. » Qu’il se rassure, son travail est bel et bien à la hauteur du maestro italien...

Jean-Baptiste Herment


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