LE CULTE DE LA RÉALISATION - Portrait de Kathryn Bigelow

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LE CULTE DE LA RÉALISATION

Portrait de Kathryn Bigelow

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Réalisatrice de choc, Kathryn Bigelow jongle avec la malchance cinématographique, puisque ses oeuvres sont systématiquement boudées au moment de leur sortie en salles, pour être revues à la hausse quelques années plus tard. Portrait d’une pure et dure, dont le talent ne faîblit pas avec l’âge.

On dit souvent de Kathryn Bigelow qu’il s’agit d’une réalisatrice avec des couilles, et c’est vrai. Il faut cependant repêcher ce cliché critique du contexte tortueux dans lequel il a fini par sombrer : non, Kathryn Bigelow n’est pas une réalisatrice qui en a parce qu’elle s’attaque à des genres qui favorisent la testostérone et les hormones mâles. Kathryn Bigelow est une réalisatrice couillue dans sa façon d’aborder ses sujets sans détourner le regard, en utilisant une méthode frontale, comme peu de réalisateurs osent encore le faire aujourd’hui. Elle n’est pas l’anti-Barbara Streisand ou le négatif de Penny Marshall en somme, puisqu’elle ne rentre pas dans la même catégorie. Interrogée sur son statut particulier de réalisatrice de films d’action, Bigelow se montre d’ailleurs très claire sur sa position : « Peut-être qu’il existe une quelconque résistance à l’idée qu’une femme puisse réaliser des films mais j’ai choisi de l’ignorer pour deux raisons : Je ne peux pas changer de sexe, et je refuse d’arrêter de faire des films. Selon moi, peu importe qui a réalisé tel ou tel film. Ce qui compte, c’est de savoir si les spectateurs sont intrigués ou pas. Il n’y a pas assez de réalisatrices de cinéma, mais je pense que c’est dû au fait que les femmes ne sont pas forcément consciente que ce métier leur est accessible. Pourtant, c’est le cas ». Il est certain que Nancy Meyers n’aurait pas eu à répondre à ce genre de questions...

Très vite intéressée par les arts plastiques, Kathryn Ann Bigelow s’impose dès son plus jeune âge dans le milieu très fermé de la peinture artistique californienne. C’est à l’âge de 27 ans qu’elle saute le pas et réalise The Set-Up (aucun rapport avec le chef d’oeuvre de Robert Wise), un court-métrage d’étudiant qui démontre déjà sa fascination pour la violence cinématographique, puisqu’elle filme ici deux hommes (dont Gary Busey, près de 15 ans avant Point Break) qui se ruent de coups dans une ruelle ombragée pendant 17 minutes, pour la beauté de l’art. Forcément intéressée par la contre-culture sous toutes ses formes du fait de son background artistique, Bigelow se lance en 1982 dans l’aventure du long-métrage en s’associant à Monty Montgomery (futur producteur de David Lynch) pour tourner The Loveless, un film de bikers dans lequel elle révèle le charisme de Willem Dafoe. Le peu de retentissement du film à sa sortie (il est inédit chez nous) ne laisse pas présager d’une carrière fulgurante, si ce n’est que la réalisatrice s’associe à un scénariste en vogue, Eric Red, qui vient de signer Hitcher, le célèbre thriller réalisé par Robert Harmon. Désireux de faire un western, genre passé de mode, les deux artistes optent plutôt pour un évident mélange des genres, en situant leur intrigue dans un contexte horrifique, plus susceptible d’attirer des financiers. C’est ainsi que nait Aux Frontières de l’aube (Near Dark, en vo), premier long-métrage en solo de Bigelow et véritable baffe artistique qui ne connaîtra à sa sortie que la renommée des fidèles, qui ne jurent que par ce film de vampires new wave au style visuel percutant et à la violence frontale. Au delà du bide au box-office, ce suivi suffit à conférer au film une aura « culte » (le terme est souvent usurpé, mais ce n’est pas le cas ici) qui va lui assurer une pérénitée telle qu’un remake est aujourd’hui envisagé par Platinum Dunes, la boite à horreurs de Michael Bay. En plus d’imposer Lance Henriksen comme une effrayante figure du mal cinématographique, de révéler le talent d’Adrian Pasdar (avec 15 ans d’avance sur les séries Profit et Heroes), de magnifier le minois de Jenny Wright (égérie fugace du cinéma d’horreur de la fin des 80’s) et de s’octroyer un casting habité hérité de James Cameron (l’idôle de Bigelow, qu’elle finira par épouser et divorcer de 1989 à 1991), Aux Frontières de l’aube impose un duo cinématographique, qui enfante une autre œuvre controversée : Blue Steel, un thriller urbain de haute volée, ne ravira pas les fans de la réalisatrice.

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  • Vos Réactions
  • Réaction de dansimsss
  • le 03/09/2008 à 03h55
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  • Elle est probablement la réalisatrice la plus brillante que je connaisse, Near Dark est Le meilleur film de vampire que j'ai vu, Point Break un des meilleurs films d'action de son époque, Strange Days est brillant d'imtelligence, et K-19, pour qui connais la vrai histoire, c'est fichument bien rendu question stress...Cette réalisatrice est une de mes préférée, et je me précipiterais dare-dare dans une sale onsure pour un de ses film en sachant qu'elle ne prend pas les gens pour des cons, et que je vais avoir droit a un film a part...On t'aime Kathryn...et un jour Hollywood va te rendre hommage, pas trop tard j'espere, au Oscar.
  • Réaction de Diane
  • le 01/09/2008 à 10h14
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  • C'est quand j'ai vu l'excellent Blue Steel que j'ai compris que je pouvais être forte, bien avant Bouffie contre les denrées, et que moi aussi je pouvais flinguer les hommes que j'aimais en toute impunité.

    I love Kathryn Bigelow . C'est un exemple à suivre.

    wub.gif
  • Réaction de ash1
  • le 01/09/2008 à 09h42
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  • Le truc qui m'a frappé en voyant ses films, c'est sa facon particulière de filmer les hommes: toujours élégants, et du point de vue du traitement en harmonie avec les protagonistes féminins (bien moins stéréotypés 'viril et sale'...).
    Elle les aime beau et bien sapés, elle est leur égal, et cela se voit dans ses films smile.gif
  • Réaction de Yannoche
  • le 30/08/2008 à 14h04
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  • Strange days film cultissime avec Juliette Lewis qui reprend "Hardly Wait" de PJ Harvey en version live bien destroy

    Qaund à Near Dark c'était la référence vampire. On a attendu le dvd trés longtemps...
  • Réaction de McClane
  • le 29/08/2008 à 15h39
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  • CITATION(JayMuz @ 29 8 2008 - 15:06) (source)
    Suis-je le seul a me pamer devant les films de Kathryn Bigelow, ou d'autres macho-men oseront-ils avouer leur faible pour les scenes sus-citees?

    Non, entièrement avec toi pour Strange Days, j'ajouterais que je considère ce baiser final comme le plus beau de l'histoire du ciné! Le travelling arrière unissant la reconstruction d'un homme avec celle d'une société ayant enfin pansé ses blessures, c'est juste à tomber par terre!
  • Réaction de JayMuz
  • le 29/08/2008 à 15h06
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  • C'est tellement sympa de nous parler de Karthyin Bigelow. Merci Mad!

    Sa filmo ne comporte peut-etre pas enormement de titres mais je pense que leur qualite et leur aura auraient de quoi rendre jaloux plus d'un(e) realisateur/trice plus productif!

    Lors d'une recente discussion cinephilique avec un ami, sur le theme des scenes les plus romantiques du cinema.

    Et de maniere totalement inconsciente, j'ai cite 3 films de Bigelow! Et si nous sommes tous d'accord sur l'etiquette de "realisatrice a couilles" qui lui va si bien, peut-etre parvient-elle, au-dela de cette appellation, a insuffler une sensibilite toute feminine justement au sein d'univers hyper-macho.

    Je vais revenir aux scenes romantiques en question, mais je voudrais noter au passage que les roles feminins sont plus importants et mieux diriges que quand dans la moyenne hollywoodienne: la vampirette de Near Dark (sans oublier la presence de Jenette Goldstein), Jamie Lee Curtis dans BlueSteel, Angela Basset (sublimissime) dans Strange Days, Liz Hurley et Catherine McCormack dans The Weight of Water. Dans une moindre mesure, la petillante Lori Petty de Point Break incarne une 'demoiselle en detresse' plus degourdie qu'a l'accotume dans Point Break.
    (evidemment, nous ne pouvons inclure K19 a cette liste..)
    Il faudra remarquer qu'a plusieurs reprises, hommes et femmes font jeu egal au niveau de leur presence et leur importance a l'ecran. Dans Strange Days, le Lenny Nero incarne par Ralph Fiennes est tour a tour physiquement et psychologiquement, sauve par Angela Basset. Dans The Weight of Water, malgre son ambiance de psycho-trhiller erotique, ne cantonne pas la femme a un simple objet de desir passif.
    Quant a Near Dark, c'est tout simplement la vampirette qui va initier le heros (mais est-il un heros ou le temoin passif, l'incarnation du spectateur, decouvrant le monde de la nuit et la vie des vampires?) a la vie nocturne de son groupe.

    Merci donc a Stephane Moissakis d'etre revenu sur cette etiquette de 'realisatrice a couilles', qui pourrait preter a confusion, quant au contenu ou a la finesse des films de Mme Bigelow.

    Alors, juste pour rire (encore que... certains partageront peut-etre mes impressions), voila les fameuses scenes que j'ai citees parmi les plus romantiques qu'il m'ait ete donne de voir:

    - Near Dark: lorsqu'au tout debut, la vampirette et le jeune heros (j'ai completement oublie leurs noms, sorry) se trouvent adosses au pick-up, a la sortie du bar. Ils echangent qqs mots puis regardent le ciel nocture. (la musique planante de Tangerine Dream berce la scene).. Et la, elle dit un truc du style: "as-tu deja ecoute/entendu la nuit?".
    C'est tout simple, mais la construction de la scene, la musique, parviennent a me plonger dans l'ambiance en moins de deux. Et je me souviens que ce moment m'a litteralement projete dans l'histoire la premiere fois que j'ai vu le film. Ca m'a simplement parle.
    Suis-je le seul?

    Je continue:
    - Point Break... oui, je sais, ca a fait rire tout le monde quand j'ai emis l'idee qu'il puisse y avoir un moment romantique dans Point Break mais j'assume (-:
    C'est cette scene ou Johny Utah (un putain de nom quand meme!!) et ses nouveaux amis passent la soiree sur la plage a jouer au foot et se font quelques vagues pour finir. Keanu et Lori Petty reste un peu a l'ecart du groupe... ben oui, ils sont en train de tomber amoureux, c'est evident! Et la, sur leurs surfs flottant tete-beche, ils se disent 2 ou 3 bricoles, et finissent par s'embrasser.
    Comme dans Near Dark, la musique se veut assez planante, voire onirique, et contribue a creer l'ambiance.
    On passe ensuite a un plan sous-marin en contre-plongee verticale, nous montrant les 2 planches en contre-jour a la surface, suggerant le baiser des 2 tourtereaux.
    Alors? encore une fois, suis-je le seul a avoir ete receptif a l'atmosphere cree par cette scene?

    Pour finir, il y a Strange Days, au centre duquel se cache un triangle amoureux entre Ralph, Angela et Julette Lewis.
    - Il y a d'abord un plan de tres courte duree, dans lequel Ralph Fiennes fixe Juliette Lewis avec un regard d'une rare intensite. Ce plan intervient quand Juliette Lewis chante dans le club. Lenny se tient sur une passerelle a l'etage et il la regarde chanter avec des yeux a lui arracher ses vetements (deja qu'elle ne doit pas avoir trop chaud avec sa robe a paillettes). La louma s'approche de Ralph dans un travelling ascensionnel du plus bel effet soutenu par la BO rock de PJ Harvey. C'est tres court mais c'est bon.
    - Ensuite, il y a le final. Et la, bien que ce soit cette fois une chanson et non un morceau instrumental, on retrouve le cote langoureux/onirique de Point Break et Near Dark. Il s'agit de la toute derniere scene, dans laquelle Ralph et Angela se retrouvent dans la foule en delire, a quelques secondes du debut du nouveau millenaire.
    La soudaine prise de conscience tant attendue de Lenny Nero, que le personnage d'angela est l'amour de sa vie...
    Et la camera de s'elever dans les airs pour mieux perdre nos 2 amoureux, couple interracial (assez rare pour etre note), au milieu de la liesse et d'une societe qui vient de froler l'implosion suite aux evenements narres dans le film.
    Quelle grace!

    Suis-je le seul a me pamer devant les films de Kathryn Bigelow, ou d'autres macho-men oseront-ils avouer leur faible pour les scenes sus-citees?

  • Réaction de stan corben
  • le 29/08/2008 à 14h14
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  • Tres bon article, mais attendons de voir son prochain film, avant de tirer des plans qur la comête...
  • Réaction de McClane
  • le 29/08/2008 à 13h47
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  • Très bon article qui pointe bien du doigt la guigne qui semble poursuivre Bigelow depuis ses débuts, ce qui est quand même une honte quand on pense son inestimable contribution au cinéma (parce que Strange Days, parce Near Dark, parce que Point Break...), travaillant sur l'implication sensorielle du spectateur jusqu'à quasiment revolutionner la notion (j'espére voir un jour Strange Days au cinéma). Quand à The Hurt Locker, on peut déjà le prévoir comme LA claque majeure de 2009, (photos ici http://www.cinempire.com/index.php/hurt-lo...ow-photos.html) son succès au Box Office reste effectivement sujet à caution, ne serait-ce que parce que les oeuvres abordant le conflit irakien n'ont pa sété franchement récompensé commercialement. Mais comme le buzz commence à monter, je suis quand même optimiste.
  • Réaction de skytyler
  • le 29/08/2008 à 13h40
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  • Oh oui,il en manques de bonnes real...Pour ce que j'ai vu de Bigelow, j'apprecie fort, surtout Near Dark. Mais vu le nombre de bides qu'elle se ramasse la pauvre, je me demande si elle repassera par la case Hollywood un jour. Dommage
  • Réaction de snoopymaclaine!
  • le 29/08/2008 à 13h19
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  • et encore un article merveilleux de la part de stephen moijtekiss!!!
    bon serieusement , katherine bigelow est une realisatrice de talent qui manque trop au cinema de genre...d'ailleurs pourquoi les femmes sont si rares dans le cinema de genre? sont elles condamnées indéfiniment aux comédies, drames, a la romance??? en dehors des aspects peut etre commerciaux (les prods qui font plus onfiance a un mec), il manque un vrai point de vue féminin envers le cinéma qu'on aime ( pff en plus j'ai fait recemment le reve d'un die hard par bigelow...j'aime bien DH4 mais sa aurait ete autre chose...)

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