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Le cinéma de Cronenberg est une somme d’obsessions quasi-maladives, qui semblent systématiquement s’emparer de l’argument de vente de départ. Grandissant en tant que metteur en scène dans le ghetto du cinéma Bis, réservé jusqu’à la fin des seventies aux légendaires salles de quartier, Cronenberg use d’un cahier des charges ouvertement populaire (en gros, du sexe et du sang) pour dresser un portrait inédit de la nature humaine, sous son angle le plus médical. Et la médecine, le bonhomme connaît bien. « Ironiquement, ce que j’avais inventé pour Rage a récemment été réalisé dans le cadre de la recherche sur les cellules souches, s’étonne Cronenberg. Je ne prétends pas être un prophète, mais j’ai avancé l’idée d’un tissu neutre qui pourrait fusionner avec n’importe quel tissu étranger avec lequel il entrerait en contact. C’est après tout la base de la recherche sur les cellules souches, une sorte de terreau organique universel. Je pense mériter un peu crédit là-dessus. » Si Cronenberg revient sur cette découverte sans se prendre trop au sérieux, il ne fait aucun doute que son cinéma s’appuie sur une connaissance encyclopédique de l’organisme humain. Connaissance qui rend ses séquences horrifiques d’autant plus terrifiantes, le traitement incroyablement réaliste de la dégénérescence charnelle appelant une réaction vive de la part du spectateur. C’est bien sûr le cas dans La Mouche, dont les débordements gore s’appuient tous sur concept terriblement intime, propre à susciter l’identification douloureuse du public. Des ongles se décollent, une oreille tombe, des dents sont rejetées de leurs gencives, une main et une cheville fondent au contact d’un vomi acide… Cronenberg ne fait pas dans la dentelle, et évite comme la peste l’épouvante fun (décapitations, gorges tranchées et démembrements divers) qui sévit pourtant dans les années 1970 et 1980.

Ce décalage entre le tout-venant de la production horrifique et le cinéma de Cronenberg restera une constante dans sa carrière, le metteur en scène s’intéressant à des sujets un tantinet plus profonds que la majorité de ses camarades. Des sujets qui se rejoignent tous à l’arrivée, transformant ses œuvres en chapitres spécifiques d’une seule et même histoire. A ce titre, on a d’ailleurs trop souvent tenté de catégoriser les films de Cronenberg par rapport au contexte de leur époque, alors qu’ils aspirent à un projet plus global. « Pour moi, le sous-texte de La Mouche allait plus loin que la seule idée du SIDA. Je veux dire, il y a eu des maladies sexuellement transmissibles avant le SIDA, et il y en aura d’autres quand le SIDA aura été vaincu. Il y en aura toujours plus, et c’est justement le sujet du film. Je ne prétends pas que ce virus n’a pas eu un impact incroyable sur tout le monde, je dis juste qu’on a eu tendance à voir partout des métaphores sur le SIDA. Je ne m’offense pas qu’on puisse voir cela dans mon film. Pour moi toutefois, le thème de La Mouche est plus universel : j’y évoque la vieillesse et la mort, des choses que nous devrons tous affronter un jour ou l’autre. » Quand Cronenberg aborde la contamination ou la sexualité, il s’attaque donc à leurs notions fondamentales, choix courageux qui le mène quasi-irrémédiablement sur le terrain de la science-fiction. Et ce parfois même de manière détournée, comme dans Crash ou A History of Violence. Car chez Cronenberg, les personnages sont un mariage d’esprit et de chair avant même d’être des caractères proprement dits. Mus par des instincts et des émotions primaux, ils suivent tous un processus de métamorphose, souvent lié à une condition spirituelle soudainement changeante. Chromosome 3 en est un exemple prégnant : par sa seule volonté de procréer, une femme dépressive y parvient à modifier sa condition génétique, donnant vie à une horde de gamins sanguinaires grâce à un utérus extérieur. Il est d’ailleurs important de noter à quel point l’enfantement est une figure essentielle du cinéma de Cronenberg, puisqu’il implique une approche viscérale de l’humain, le rapproche irrémédiablement du fonctionnement des autres espèces vivantes et est le théâtre d’une transformation organique totale.



- Vos Réactions
- Réaction de Dansims
- le 19/05/2008 à 02h58
- je viens d"écouter PPromesses de L'ombre...OUCH!...méchante claque....son meilleur film?..Tous ses films le sont finalement...franchement, il est quelqu'un le mec....
- Réaction de penikufesin
- le 18/05/2008 à 00h57
- CITATION(Dansims @ 17 5 2008 - 22:22) (source)On est tous d'accord pour dire qu'un Cronenberg mineur est nettement supérieur a ce l'on voit sur les écrans en général...
Je ne connais pas de cinéaste qui n'ai fait QUE des chefs-d'oeuvre...tout styles confondus. Par contre, on ne pourra jamais reprocher a Cronenberg de s'etre laissez acheter. The fly en est la preuve, il a réussis a garder sa personnalité sur un film de major...non mais faut le faire...je pense qu'il doit etre un des réalisateur les plus respecté du milieu. Il y a une chose qui me fascine de ce type, il n'as absolument aucune signature visuelle. Je m'explique, moi je suis tres visuel, je vois 2 minutes d'un film que j'ai jamais vu et souvent je peut dire qui l'a réalisé....la plupart des réalisateurs ont une maniere de mettre en scene assez facile a reconnaitre...mais Cronenberg lui, niet, on dirait des téléfims, genre champ contre champ, une seule caméra...lui c'est le contenu qui l'intéresse...et pourtant ses films sont, d'une curieuse facon, spectaculaire.....quelqu'un a une opinion a ce sujet?
Je suis à la fois d'accord et pas d'accord : évidemment qu'un Cronenberg mineur reste au-dessus du lot mais je trouve aussi qu'il a une signature, une patte qui n'appartient qu'à lui, surtout dans la "première" partie de sa carrière, jusqu'à Crash en fait, ne serait-ce que par les maquillages et prothèses identifiables entre mille, et cette façon de filmer les corps, je dirais presque les bustes en fait : cherchez bien : toutes les images marquantes de ses films concernent des bustes : la VHS de Vidéodrome, l'attache du cauchemar des jumeaux Mantle, la révélation de Chromosome 3, les expressions faciales et corporelles de Walken dans Dead Zone, les coïts de Crash, le torse couvert de plaques de Brundle-fly... Le cur et l'esprit ? - Réaction de guiyomus
- le 18/05/2008 à 00h18
- bizarrement je trouve que cronenberg a un style bien a lui niveau mise en scene, justement ce style "televisuel", meme si je suis pas trop d'accord sur le terme, je dirais plutot style assez epuré, sans trop de fioritures, avec des cadres toujours tres travaillés, de lents travellings,.... et aussi on reconnais souvent un film de cronenberg rien qu'a la musique! XD merci Howard quoi!
- Réaction de Dansims
- le 17/05/2008 à 22h22
- On est tous d'accord pour dire qu'un Cronenberg mineur est nettement supérieur a ce l'on voit sur les écrans en général...
Je ne connais pas de cinéaste qui n'ai fait QUE des chefs-d'oeuvre...tout styles confondus. Par contre, on ne pourra jamais reprocher a Cronenberg de s'etre laissez acheter. The fly en est la preuve, il a réussis a garder sa personnalité sur un film de major...non mais faut le faire...je pense qu'il doit etre un des réalisateur les plus respecté du milieu. Il y a une chose qui me fascine de ce type, il n'as absolument aucune signature visuelle. Je m'explique, moi je suis tres visuel, je vois 2 minutes d'un film que j'ai jamais vu et souvent je peut dire qui l'a réalisé....la plupart des réalisateurs ont une maniere de mettre en scene assez facile a reconnaitre...mais Cronenberg lui, niet, on dirait des téléfims, genre champ contre champ, une seule caméra...lui c'est le contenu qui l'intéresse...et pourtant ses films sont, d'une curieuse facon, spectaculaire.....quelqu'un a une opinion a ce sujet? - Réaction de guiyomus
- le 17/05/2008 à 21h04
- je me rappelle avoir eu d'ailleurs beaucoup de mal a regarder chromosome 3 pour la 1ere, je m'y suis repris a plusieurs fois sur plusieurs jours tellement la scene du 1er meurtre me terrifiait hahahaha
- Réaction de stan corben
- le 17/05/2008 à 18h42
- Un grand réal qui continue, encore à pondre des "putains de films"...
Vivement le prochain. - Réaction de Gustaf Meredith
- le 17/05/2008 à 10h37
- Ahhhh videodrome et la mouche... complètement d'accord, terribles...
- Réaction de Willow Argento
- le 16/05/2008 à 17h38
- eXistEnz n'est pas raté, loin de là. Cependant, il est indéniablement paresseux dans le sens où Cronenberg repasse des thèmes et même une imagerie qu'il a déjà exploitée, étudiée et mise en scène d'une bien meilleure façon auparavant. Et de manière plus subtile aussi, parce que les pods joujous sexuels et les prises "vaginales" se posent là en terme de subtilité évocatrice...
- Réaction de penikufesin
- le 16/05/2008 à 17h29
- CITATION(Gustaf Meredith @ 16 5 2008 - 15:17) (source)Penikufesin, Spider et Existenz seraient ratés? Je trouve au contraire que ce sont deux films formidables. On y trouve des pistes de réflexion ma foi très pertinentes sur ce qui se cache dans nos caboches, la manière dont nos affects nous poussent à réagir. On peut appeler ça de la prétention auteurisante mais il s'agit tout simplement de cinéma... et du lourd!!! Sur ce deuz

Pour Spider, y'a pas photo. Je ne me suis pas intéressé au perso de Fiennes, j'avais deviné l'origine de sa névrose dès le début et du coup je me suis fait grave chier, j'ai eu l'impression que Cronenberg faisait le malin avec le spectateur, et oui j'ai trouvé sa mise en scène prétentieuse. Quant à ExistenZ, je ne l'ai pas revu depuis sa sortie ciné mais j'étais vraiment énervé ce soir-là, j'ai eu l'impression que Cronenberg recyclait son Vidéodrome pour en faire un truc directement-assimilable-par-l'organisme ! Je l'ai trouvé raté car je pensais que Cronenberg (qui en a écrit le scénario, me semble-t-il) parlait d'un truc qu'il ne connaissait que de loin et qu'il avait voulu juger et assimiler à son style "charnel". Peut-être faudrait-il que je le revoie mais je n'en ai pas du tout envie !
Je préfère nettement Videodrome, Dead Ringers (le choc ciné de ma vie), la Mouche ou Dead Zone. - Réaction de guiyomus
- le 16/05/2008 à 17h00
- ahhhhhhh Cronenberg, un de mes créateurs preférés, et d'une certaine maniere mon preferé, c'est incroyable quand meme ca fait 40 ans qu'il est la et il réussi a construire tout au long de sa carriere, certainement l'oeuvre la plus passionante dans l'histoire du cinema, tant ses films se connectent d'une maniere ou d'une autre pour former un tout, un tres grand Monsieur!
sinon pas d'accord, j'adore ExistenZ, un peu moins spider, que je ne considere pas comme raté, mais j'ai eu du mal a rentrer dedans. Sinon pour moi le top du top de cronenberg ca reste Videodrome!!!
vivement cet opera! - Réaction de Gustaf Meredith
- le 16/05/2008 à 15h17
- Penikufesin, Spider et Existenz seraient ratés? Je trouve au contraire que ce sont deux films formidables. On y trouve des pistes de réflexion ma foi très pertinentes sur ce qui se cache dans nos caboches, la manière dont nos affects nous poussent à réagir. On peut appeler ça de la prétention auteurisante mais il s'agit tout simplement de cinéma... et du lourd!!! Sur ce deuz

- Réaction de penikufesin
- le 16/05/2008 à 13h48
- Excellente analyse de la carrière d'un cinéaste essentiel, mais je regrette tout de même qu'elle fasse un tant soit peu l'impasse sur les prétentions auteurisantes de ce dernier et son désir de sortir du "carcan" fantastique et qui ont donné des films sinon ratés, du moins vains : M Butterfly et Spider, auxquels j'ajouterai ExistenZ qui, bein que fantastique, s'avère raté...
Et sinon, preum's



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