L'HORRIBLE INVASION - Body Snatchers - Les différentes versions

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L'HORRIBLE INVASION

Body Snatchers - Les différentes versions

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Comme c’est souvent le cas à Hollywood, une seule et même idée peut aboutir à plusieurs projets différents, et surtout plusieurs interprétations différentes. Au début des années 50, la science-fiction en général est nourrie par le climat paranoïaque qui s’empare du pays : crainte de la menace soviétique, montée du maccarthysme, peur de la bombe...

C’est dans ce contexte de guerre froide que Robert A. Heinlein, futur auteur de Etoiles, garde à vous ! (le roman à l’origine du Starship Troopers de Paul Verhoeven), accouche de Marionnettes humaines en 1951. Plus connu sous le titre original The Puppet Masters, le roman de Heinlein (qui sera d’ailleurs porté à l’écran en 1995 avec Les Maîtres du monde de Stuart Orme) raconte une invasion terrestre orchestrée par des extra-terrestres qui prennent forme humaine. En 1953, Ray Bradbury pousse l’idée un peu plus loin, mais contre toute attente pour le cinéma, en écrivant un traitement qui servira de base scénaristique au film de Jack Arnold, Le Météore de la nuit (judicieusement titré It came from outer space en vo). Dans son intrigue, les extra-terrestres ne sont cependant pas animés des pires intentions, et il faudra attendre la sortie en 1956 de L’invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel, adaptation du roman de Jack Finney (The Body SnatchersL’invasion des profanateurs en vf) paru en 1955, pour que le public intègre les bases d’un nouveau monstre cinématographique qui fera date dans l’histoire du cinéma fantastique : le « Body Snatcher », soit le profanateur de sépulture en question (faute d’une meilleure traduction).


Le film de Don Siegel raconte comment le Dr. Miles Bennell (l’inusable Kevin McCarthy) s’échine à prévenir le monde entier qu’une invasion extra-terrestre est en cours, les malfaisants êtres venus d’ailleurs se servant de cosses géantes pour dupliquer et remplacer les humains pendant leur sommeil. Sommet de la série B des 50’s dans ce qu’elle pouvait offrir de mieux, L’invasion des profanateurs de sépultures exhibe un somptueux scope en noir et blanc pour retranscrire la paranoïa de ses personnages principaux. Mais déjà à l’époque, ce sujet en or, éminemment fantastique dans sa propension à confronter l’humain à sa propre perte, dérange, notamment à cause du fait que le monstre porte un visage humain. Les financiers du film, en premier lieu, exigent que le pessimisme du climax soit tempéré afin de ne pas froisser le public. Si la désormais célèbre séquence, dans laquelle Bennell tente vainement d’avertir les passants qu’ils seront les prochaines cibles des profanateurs n’est pas retouchée, un prologue et un épilogue, qui se déroulent dans un asile psychiatrique, sont rajoutés pour laisser le spectateur dans le doute. Ensuite, le film porte à la réflexion politique, puisque beaucoup de critiques soulignent son aspect subversif dans sa propension à critiquer à la fois le maccarthysme et l’uniformisation souhaitée par le gouvernement soviétique. Plus tard accusé de misogynie (à cause de son chef d’œuvre Les Proies) et de fascisme (avec L’inspecteur Harry), Don Siegel réfute toutes les hypothèses, précisant à chaque fois qu’il ne souhaitait rien d’autre que de raconter une bonne histoire. Mission accomplie avec brio, d’autant que le film devient rapidement un classique du cinéma américain, mais qui ne sera malheureusement pas aussi reconnu en France, si l’on excepte évidemment le milieu fantasticophile.

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  • Vos Réactions
  • Réaction de Tigelz
  • le 15/05/2008 à 21h11
  •  
  • Très bon article. Le seul problème c'est qu'il aurait peut-être été préférable de le publier en octobre dernier avec la critique accompagnant Invasion (critique contenant en substance les grandes lignes de l'article ici présent d'ailleurs). Et au risque d'être le seul, j'aime beaucoup Invasion, que je considère au niveau de la version de Kaufman (plus flippant, mais moins bien rythmée). Celle de Ferrera étant juste une merveille.
  • Réaction de Movieboy
  • le 15/05/2008 à 17h42
  •  
  • Excellentissime article, tout simplement.

    Qui soulève d'inquiétantes questions, par ailleurs : Mad prépare-t-il une mue prochaine vers le médium internet ? Va-t-il, à l'instar de Premiere (qui n'en finit pas de chuter au niveau commercial pour la version papier) se dissoudre dans les pixels d'un écran 19 pouces ?

    Car franchement, depuis un moment, on a l'impression que l'équipe réserve ses meilleurs papiers pour le Net, et bâcle à mort les sommaires du mag'... Non mais sérieusement !

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