Ma sorcière bien-aimée
24/12/2014

Ma sorcière bien-aimée

Le Septième Fils

3

Malgré une absence de script qui tient du cas d'école, Le Septième Fils, son preux chevalier bourru et ses métamorphes arrivent pourtant à divertir et à avoir de la gueule.

Tourné il y a presque trois ans, Le Septième Fils aura vu sa sortie reportée trois fois de suite pour des raisons allant de la finalisation des effets spéciaux à la revente des droits de distribution. Allez savoir pourquoi, il débarque en France deux mois avant les Etats-Unis, sans doute histoire de tester le potentiel commercial de la chose. Tiré du premier tome d'une saga de fantasy pour ados, le projet sentait donc le roussi (pour ne pas dire le moisi) mais restait intéressant égard à la présence du cinéaste russe Sergey Bodrov derrière la caméra, l'homme ayant fait ses preuves dans le grand spectacle guerrier avec Nomad et Mongol, consacré à la jeunesse de Genghis Khan. L'histoire se résume en peu de phrases : un vieux chevalier spécialisé dans la lutte contre les puissances des ténèbres (on appelle ça un Epouvanteur) recrute un jeune apprenti (Ben Barnes) pour l'aider à neutraliser la reine des sorcières (Julianne Moore), qu'il avait enfermée dans un puits mais qui s'est échappée. Son élève s'éprend d'une jolie sorcière (Alicia Vikander), ignorant qu'elle est à la solde de l'ennemi.

L'intrigue, simplifiée à l'extrême, n'a plus grand chose à voir avec celle du roman. En Gandalf alcoolique parlant la bouche pleine, Jeff Bridges joue exactement le même personnage que dans True Grit (avec les quelques répliques bien senties qui s'imposent) et traverse le film avec un air si goguenard qu'on croirait voir Rutger Hauer en train de battre la campagne. Sérieusement handicapé par sa narration prévisible et schématique (on a l'impression qu'il manque vingt bonnes minutes de film), le spectacle possède néanmoins quelques louables qualités : la réalisation solide de Bodrov enquille les scènes d'action à un rythme infernal, la musique enflammée de Marco Beltrami tonitrue dans les enceintes, les dragons sont de toute beauté et Jason Scott Lee se transforme en grizzly, un peu comme Chuck Norris dans Forest Warrior. Bref, à l'instar de Dracula Untold, cette dark fantasy sommaire mais sympathique se consomme sans déplaisir pour peu qu'on soit bien disposé.

Cédric Delelée