Oiseau de proie
21/11/2014

Oiseau de proie

Hunger Games - La Révolte, partie 1

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Après un deuxième volet nettement supérieur à l'original, la franchise Hunger Games prend des risques avec un épisode de transition qui fait honneur au genre souvent trop prévisible du film pour ados.

On avait laissé Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence) totalement désemparée à l'issue de Hunger Games : L'Embrasement, on la retrouve ici en proie à une colère froide, rongée par la disparition de son bien-aimé Peeta (Josh Hutcherson) et manipulée par la rébellion. Après avoir découvert que son chéri semble avoir été retourné par l'ennemi, Katniss accepte bon gré mal gré de devenir le geai moqueur, symbole de l'insurrection. La franchise continue donc de s'intéresser à la manipulation des masses et de l'individu : envoyée au feu sans y être préparée, Katniss ne devient pas une amazone belliqueuse mais l'héroïne pas très motivée de vidéos de propagande destinées à galvaniser la population. Plus inquiète du sort de Peeta que de celui de ses compatriotes, jadis instrument du Capitole, elle est désormais une arme du gouvernement militaire formé par le District 13, qui compte renverser le pouvoir en place pour installer le sien sous couvert de libérer Panem. De Spartacus (le soulèvement des opprimés) à Starship Troopers (les "propaclips" martiaux) en passant par Zero Dark Thirty dans une scène d'infiltration nocturne, les références du film font plaisir à voir, même si elles ne prétendent pas rivaliser avec la résonance politique de Kubrick, a férocité de Verhoeven ou la virtuosité technique de Bigelow. Cela n'interdit pourtant pas l'audace : la mise en scène fait le choix d'une narration lente à l'atmosphère cafardeuse (l'essentiel du récit se déroule dans un abri souterrain), tel un ciel orageux traversé par de brefs éclairs lumineux (les oiseaux qui reprennent le sifflement du geai moqueur) et de formidables coups de tonnerre (le raid aérien sur le District 8), jusqu'à une scène carrément lyrique où les troupes se mettent en marche en reprenant The Hanging Tree, la chanson de ralliement entonnée par Katniss, ici portée par de magnifiques arrangements de James Newton Howard.

 

A cet instant, Hunger Games : La Révolte, 1ère partie se métamorphose en bien autre chose qu'une simple dystopie pour ados mais en authentique drame guerrier. Cette évolution se ressent également dans le jeu de Jennifer Lawrence, plus impliquée que d'habitude, ce qui n'est pas plus mal puisque le récit n'épouse que son point de vue, nous montrant non seulement les choses telles qu'elle les voit mais aussi des scènes auxquelles elle n'assiste pas se dérouler telles qu'elle les imagine. Sans aller jusqu'à provoquer l'immersion, la réalisation de Francis Lawrence est donc très sensitive, alternant de facto angles serrés et amples mouvements d'appareil, comme ce superbe travelling menant au cliffhanger qui clôture le récit, ou du moins qui le suspend puisu'il s'agit d'un film transitif. On sait à quel point l'exercice est périlleux tant il présente le risque de faire acte d'exposition, de calme avant la tempête : en esquivant ces pièges et en imposant un rythme fragmenté apte à bousculer les habitudes de son public, ce début de troisième opus prend des risques payants et promet une charge finale incendiaire.

Cédric Delelée